Alors qu’une étude détaille les gains environnementaux, considérables, que provoquerait une électrification généralisée des véhicules dans l’Union Européenne, la législation locale avance, progressivement, pour faire reculer le diesel, et favoriser la mobilité propre.

Le 20 février dernier, le European Climate Foundation (ECF) a publié une étude consacrée aux bénéfices environnementaux de la conversion de l’Union Européenne aux véhicules à zéro émission. Réalisé en collaboration avec des industriels (dont, en France, Air Liquide, Enedis, Michelin, Renault et Valeo), sa publication intervient alors que l’Union finalise son paquet « mobilité propre ».

Une réduction des émissions de CO2 de 88% en 2050

L’ECF est parti du principe que les véhicules dits « à zéro émission » (voitures électriques, hybrides rechargeables et voitures à pile à combustible) atteindront en 2030 un quart des ventes de véhicules neufs dans l’Union Européenne, et 100% en 2040. Parallèlement, la fondation a estimé que la production électrique allait suivre les scénarios prévus par l’Union en matière d’énergies renouvelables, afin de déterminer la production de CO2 de l’électricité nécessaire à recharger les véhicules électriques, hybrides et à pile à hydrogène.

Les conclusions de l’étude sont plus qu’encourageante : en suivant ce prévisionnel, à l’horizon 2050, les émissions de CO2 des voitures seraient réduites de 88% par rapport à aujourd’hui. Plus impressionnant encore, les émissions d’oxydes d’azote (NOx) passeraient de 1,3 million de tonnes par an actuellement à 70 000 tonnes, et celles de particules fines de 28 000 à 750 tonnes par an – soit une réduction de 95% et 97% !

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Une révolution économiquement viable

Autre enseignement, plus surprenant mais tout aussi encourageant : les gains économiques d’une telle révolution serait réels, en admettant que l’industrie automobile européenne ait fait l’effort de se convertir massivement, et à temps, au véhicule zéro émission. En ce cas, ce plan permettrait de créer 206 000 emplois net dans l’ensemble de l’Union Européenne, avec une augmentation du PIB de 0,5%. Par ailleurs, près de 50 milliards d’euros d’importation de pétrole seraient ainsi évité.

Reste à savoir si ce scénario se réalisera. D’un point de vue législatif, la plupart des pays de l’Union Européenne développent des cadres pour planifier la sortie des véhicules à combustible. Si aucun n’est aussi ambitieux que celui de la Norvège (qui ne fait partie de l’Union Européenne), championne du monde de la ventre de véhicules électriques (plus de 50% des ventes de voitures neuves en 2017), qui ambitionne d’abandonner la vente du diesel et de l’essence dès 2025, ils avancent tous dans la bonne direction.

Législation : la France dans le peloton de tête de la mobilité propre

Plusieurs pays ont ainsi fixé une date à laquelle toutes les voitures neuves vendues seront « zéro émission », assortis parfois d’une politique d’interdiction des véhicules les plus polluants dans certaines villes. C’est le cas de la France, où Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique, a annoncé en juillet 2017 que la vente de voitures à essence ou diesel sera interdite dès 2040 – une « véritable révolution » a-t-il précisé.

La ville de Paris est également à la pointe de la conversion à la mobilité propre, puisque les voitures diesel d’avant 2005 seront interdites dès 2019, et celles d’avant 2011 en 2022. Ce printemps, les Parisiens seront appelés à se prononcer, dans une votation, sur une ligne encore plus dure : la Mairie propose en effet d’interdire tous les moteurs diesel en 2024, et tous les moteurs thermiques en 2030.

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Pays-Bas et Irlande, les champions de l’Union Européenne

Plus ambitieux encore, les Pays-Bas et l’Irlande ont annoncé l’horizon 2030 pour interdire la vente des véhicules à combustibles fossiles. Le ministre des Transports irlandais a posé cet objectif l’année dernière, en précisant que le parc de véhicules électriques devraient avoir atteint, en 2030, les 500 000, et que le pays se fixait l’année 2050 pour atteindre à un trafic totalement « décarboné » – donc en phase avec le scenario proposé par l’ECF.

Amsterdam s’est lancé dans une politique encore plus propre : alors qu’une zone « faible émission » existe depuis 2008 dans la ville, Amsterdam vient de lancer son plan « Clean Air For Amsterdam », qui prévoit d’atteindre le « zéro émission » dès 2025. Une évidence dans l’une des capitales mondiale du vélo !

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Dans les autres pays de l’Union Européenne, les gouvernements n’ont pas (encore?) fixé d’objectif de sortie de la mobilité thermique, seules des municipalités se sont engagées dans cette révolution, mais avec des objectifs souvent forts.

Les municipalités s’engagent : Athènes, Rome, Milan, Bruxelles, Copenhague, Madrid…

C’est le cas d’Athènes, en Grèce, dont le maire, à l’image d’Anne Hidalgo à Paris, a signé un engagement visant à bannir les véhicules diesel dès 2025, « afin d’améliorer la qualité de l’air pour les citoyens », ou de Rome, dont la maire Virginia Raggi a annoncé début mars 2018 vouloir interdire le diesel à l’horizon 2024. Toujours en Italie, Milan compte progressivement transformer son plan interdisant le centre historique aux véhicules les plus polluants à un bannissement du diesel en 2030.

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Bruxelles a déjà interdit l’accès à la capitale belge aux voitures diesel (ainsi qu’aux camionnettes, aux bus et aux cars les plus polluants), et ce depuis le 1er janvier 2018. La municipalité compte ajouter, chaque année, une nouvelle catégorie de véhicules, jusque 2025. L’ensemble de la Wallonie devrait imiter la capitale belge à l’horizon 2030.

Copenhague va interdire l’accès à la ville aux nouveaux véhicules diesel au 1er janvier 2019, Madrid a prévu de bannir les véhicules les plus anciens (diesel et essence) au stationnement dans le centre en 2020, à la circulation dans l’ensemble de la ville en 2025.

Le cas particulier de l’Allemagne

En Allemagne, un des pays où les industries automobiles ont le plus de poids sur les décisions politiques, un arrêté du tribunal de Leipzig vient d’ouvrir la voie à des choix en faveur de la mobilité propre par les municipalités. Les villes de Stuttgart et Düsseldorf ont en effet été autorisées à interdire progressivement la circulation des voitures diesel, en commençant par les plus anciennes – une décision que les lobbys automobiles et les associations d’automobilistes jugeaient illégale.

Cette décision judiciaire permet ainsi la mise en place d’autres plans anti-diesel, dans d’autres villes de plus grande importance ; Hambourg et Munich, deux des plus grandes métropoles d’Allemagne, devraient être les premières à les adopter.

Cet exemple allemand prouve que, si la législation évolue, l’ensemble de l’Union Européenne n’est pas encore prête à rentrer dans les clous du plan proposé par l’ECF. Pour autant ces derniers mois ont vu se multiplier les annonces de plans visant à faire reculer les véhicules thermiques, au moins en centre-ville, parfois à l’échelle d’un pays. Reste à convertir le secteur de l’industrie automobile, qui reste, dans l’Union Européenne, à la traîne pour ce qui est de la mobilité propre.

Pour autant, la volonté politique semble se renforcer de semaine en semaine. De quoi enclencher vraiment cette révolution ?

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