Forcé de renforcer ses actions en faveur des renouvelables, l’Union Européenne dispose d’un nouveau Parlement et d’un nouvel exécutif, notamment une présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, qui a fait de la transition énergétique une priorité de son mandat. Défendre les renouvelables et limiter l’usage des combustibles fossiles : une double volonté, qui se concrétise dans les premières mesures annoncées en juillet 2019.

Nous avons vu, dans la première partie de notre étude, comment la Cour des Comptes Européenne a pointé les retards de plusieurs pays de l’UE dans leurs objectifs de renouvelables, ainsi que les prises de position très « vertes » de la nouvelle présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen.

Ursula von der Leyen : pour un pilotage vert de la Commission Européenne

Parmi ses engagements pris avant son élection, figurait la volonté de faire de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) un véritable instrument de transition énergétique, en avançant le chiffre de 1 000 milliards d’euros d’investissements verts sur 10 ans. Autre déclaration : la création d’un fonds de transition pour les régions dépendantes des combustibles fossiles.

Ces deux engagements se sont concrétisés peu de temps après la nomination d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission Européene (le 16 juillet 2019, elle prendra ses fonctions en novembre).

Nouvelle stratégie pour l’énergie de la BEI : bye-bye le soutien aux énergies fossiles

Ainsi, dès le 26 juillet, la BEI présentait sa nouvelle stratégie pour l’énergie. Elle ne découle pas directement de la volonté de la nouvelle présidente, puisqu’elle est le fruit d’une concertation entre ONG, citoyens et entreprises lancée en 2019 – et qu’elle correspond à l’idée défendue de longue date par le président français Emmanuel Macron d’en faire une « banque du climat ».

renouvelables fossiles ue 2 2 - Les Smart Grids

Début juillet, les Amis de la Terre signalaient ainsi qu’entre 2015 et 2018 la BEI a prêté 7,9 milliards d’euros à des projets impliquant l’utilisation de combustibles fossiles (avec les émissions de CO2 qui vont avec) – 21% du total des fonds prêtés par la banque. Une situation jugée inacceptable par ces défenseurs de l’environnement.

Investir dans le secteur de l’énergie dans une vision sur le long terme

La BEI a donc proposé de cesser de financer ce type de projet : “Bien qu’elle comprenne totalement le rôle que les énergies fossiles continueront de jouer dans les systèmes énergétiques européens pour au moins la prochaine décennie, la banque fournit une plus grande additionnalité en se concentrant sur les défis et les besoins d’investissement de plus long terme du secteur de l’énergie”, précisent les dirigeants de la banque dans le rapport.

La nouvelle orientation prévoit quatre axes d’investissements prioritaires pour la BEI :

    • l’efficacité énergétique, avec un gros effort sur le secteur immobilier résidentiel, véritable gouffre énergétique de l’Union (lutte contre les « passoires thermiques »)
    • le soutien au déploiement des énergies renouvelables dans les pays de l’UE
    • l’investissement dans les nouvelles technologies orientées « bas carbone »
    • le développement des infrastructures énergétiques (lignes à haute et moyenne tension, outils d’interconnexion, poste-source, raccordements, capteurs, outils de pilotage et autres briques smart grids…)

Risque de blocage des pays dépendant des combustibles fossiles

En clair : l’UE veut amorcer la fin des combustibles fossiles. Mais, pour que cette stratégie soit gravée dans le marbre, elle doit être validée par les Etats membres de l’UE, tous actionnaires de la banque. Ils vont se réunir pour statuer sur cette question à partir du 10 septembre prochain.

Il s’agira alors pour les différents gouvernements de défendre (ou attaquer) cette stratégie ambitieuse. Certains pays, particulièrement dépendant des combustibles fossiles, charbon en tête, risquent de faire pression pour en limiter la portée – en premier chef la Pologne. En juin 2019, ce pays avait pris la tête des Etats qui ont voté contre l’objectif pour l’UE d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

Un fond de soutien pour les régions dépendantes des énergies fossiles, charbon en tête

Mais, pour éviter ces blocages, Ursula von der Leyen a annoncé, lors de sa première visite officielle de présidente élue, la création d’un fonds de transition énergétique dont le but sera d’assister les régions dépendantes des combustibles fossiles et souhaitant s’en détacher.

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Ce fonds de soutien, baptisé « Just Transition Fund », aidera des régions européennes à réaliser un « énorme investissement » pour « accroître la part des nouvelles technologies et des nouveaux emplois dans la transition énergétique », a précisé Ursula von der Leyen.

La Pologne : 900 milliards pour sortir du charbon !

Symboliquement, cette annonce a été faite en Pologne, à Varsovie, devant le chef du gouvernement polonais Mateusz Morawiecki. La Pologne utilise encore le charbon pour produire 82% de son électricité, suscitant de vives tensions entre les autorités et les activistes écologistes.

Mais l’importance du charbon dans l’économie polonaise est considérable : dans la seule Silésie, 500 000 foyers vivent de l’industrie du charbon. Le gouvernement polonais a récemment chiffré les investissements nécessaires à une transition énergétique totale à 900 milliards d’euros ! Le fonds de soutien européen sera donc plus que bienvenu…

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Accélérer la marche de l’UE vers la neutralité carbone

Autre pays pour qui une sortie du charbon risque de s’avérer délicate : l’Allemagne, qui produit 38% de son électricité grâce à ce combustible fossile. Au niveau européen, la part du charbon est tombée à 20% du mix électrique (contre 30% en 2000).

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La France, de son coté, devrait abandonner le charbon dans les années qui viennent, même si la fermeture des dernières centrales ne se fera pas en un claquement de doigt.

Reste que l’ensemble de ces annonces, associées au plan finance durable de mars 2018, à la stratégie climat et au nouveau paquet « Energie propre » de début 2019, et à la publication d’une classification des activités favorables à la transition écologique en juin 2019, donne le ton d’une Union Européenne déterminée à accélérer sa marche vers la neutralité carbone. Reste à souhaiter que les Etats (et, par contrecoup le Conseil Européen) se mettent tous au diapason de cette belle ambition.

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