Alors que la recherche n’a jamais été aussi intense pour trouver de nouvelles technologies de stockage de l’électricité, les spécialiste des batteries Lithium-Ion multiplient les initiatives et les projets pharaoniques, au gigantisme assumé, comme une démonstration de force de cette technologie. Au-delà du duel de milliardaires entre Elon Musk et Sanjeev Gupta, cette course au gigantisme est une excellente nouvelle pour l’avenir de la transition énergétique.

La réponse du berger à la bergère – ou un concours de qui aura la plus grosse batterie. La presse généraliste analyse ainsi l’annonce du milliardaire britannique Sanjeev Gupta : il veut construire la nouvelle « plus grande batterie du monde » en Australie, quelques semaines après l’achèvement de la batterie qui détient actuellement le record, dans la même région, par le Tesla d’Elon Musk.

Tesla tire le premier : record du monde fin 2017

Petit rappel des faits : fin 2017, à Jameston, au nord d’Adélaïde, dans l’Etat d’Australie Méridionale, les ouvriers de Tesla achèvent ce qui est, à cet instant, la plus grande batterie Lithium-Ion du monde.

Construite en moins de 100 jours, selon le pari lancé par Elon Musk, PDG créateur de Tesla, cette batterie de 100 MW a été raccordée dans la foulée au réseau électrique d’Australie Méridionale. Disposant d’une capacité de stockage de 129 MWh, elle vient soutenir un parc éolien à proximité, construit par Neoen, le leader français des énergies renouvelables.

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L’Australie Méridionale, un Etat au cœur de la transition énergétique

L’Australie Méridionale est l’une des régions du monde qui investit le plus massivement dans les énergies renouvelables, par choix politique d’accélérer sa transition énergétique, et aussi pour approcher l’autonomie : en 2016, l’Etat avait été privé d’électricité suite à un orage l’ayant coupé du réseau national. L’Australie est d’ailleurs lancée dans un vaste plan de développement des énergies renouvelables : sur le photovoltaïque seul, le pays à installé 1 250 MW supplémentaire en 2017, et envisage de pulvériser ce record en 2018 avec un prévisionnel à 3 500 MW installés !

Symboliquement, Tesla a annoncé, en février, vouloir installer des panneaux solaires reliés à des batteries Lithium-Ion sur les toits de 50 000 foyers, toujours en Australie Méridionale. Le but est que ces foyers utilisent l’électricité produite pour leur consommation, et réinjectent ensuite le surplus sur le réseau. Tesla compte financer le projet avec la vente de cette électricité.

Février 2018 : SIMEC ZEN Energy annonce une batterie encore plus grande !

Et c’est justement dans le nord de cet Etat, à Port Augusta, qu’un autre médiatique milliardaire, le britannique Sanjeev Gupta, PDG du groupe GFC Alliance, veut battre ce récent record. SIMEC ZEN Energy, filiale de GFC Alliance, va y installer une batterie Lithium-Ion d’une puissance de 120 MW, pour une capacité de stockage de 140 MWh, subventionnée à hauteur de 10 millions de dollars canadiens (6,3 millions d’euros).

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Elle sera reliée à une ferme solaire qui alimentera l’aciérie Whyalla Steelworks, rachetée justement par GFC Alliance. « Cette annonce est une autre illustration de la manière dont l’Australie-Méridionale est un leader mondial en matière d’énergies renouvelables. En plus d’être la plus puissante du monde, la batterie de SIMEC ZEN Energy contribuera à la viabilité à long terme de l’aciérie Whyalla, tout en bénéficiant au réseau de l’Australie-Méridionale », a déclaré le Premier ministre de l’Etat, Jay Weatherill, dans un communiqué.

Une technologie mature, qui domine aujourd’hui le stockage d’électricité

Il serait grandement réducteur de voir dans ces annonces une pure volonté d’occuper le terrain médiatique et de battre des records pour le plaisir. Ces projets se comprennent dans un contexte mondial où les unités de stockage par batteries Lithium-Ion se multiplient, dans un gigantisme assumé. Mais ce gigantisme est nécessaire à la réalisation de la transition énergétique.

Les besoins en stockage sont en effet considérables, au niveau mondial, pour augmenter la part d’énergies renouvelables intermittentes (éolien et solaire) dans le mix énergétique. Et comme les batteries Lithium-Ion sont, avec les stations de pompage-turbinage type STEP, la solution de stockage de l’électricité la plus mature, les projets les intégrant sont logiquement en augmentation exponentielle.

La Corée du Sud vient par exemple de battre, elle aussi, son record en terme de système de stockage d’énergie, pour soutenir la centrale solaire photovoltaïque de Samcheonpo, à 454 kilomètres au sud-est de Séoul. Korea South-East Power Co. vient de construire une unité de stockage à base de batteries Lithium-Ion d’une capacité totale de 42 MWh.

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Une concurrence en pleine effervescence

Cette débauche d’installations se comprend également dans une logique de concurrence accrue : si le stockage de l’électricité est un des enjeux industriels majeurs des décennies à venir, de nombreux chercheurs se sont lancés dans la course à la solution idéale, notamment pour le stockage de forte capacité.

Car si les batteries Lithium-Ion sont parfaitement adaptées pour le stockage de faible capacité nécessitant une forte puissance électrique (typiquement pour les batteries de véhicules électriques), elles souffrent de la comparaison avec de nombreuses technologies, pas encore matures mais plus que prometteuses, pour le stockage de forte capacité, notamment associé à des unités de production d’énergies renouvelables.

De nombreuses solutions de stockage semblent plus prometteuse que les batteries Lithium-Ion

Sur le front des batteries, les batteries à flux semblent la solution d’avenir, tout particulièrement la technologie dite « Flow », qu’il s’agisse de la solution Vanadium-Redox Flow ou, plus probablement, de la solution Quinones-Redox Flow. D’autant que la recherche, intense, sur ces technologies, ne cesse de proposer des améliorations ou des promesses de rendement et de temps de charge optimisés, comme la batterie « qui respire » développée par le MIT.

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Mais de nombreuses autres technologies sont développées ou testées en ce moment, stockage par hydrogène, remise au goût du jour du CAES, station STEP améliorées, batteries à sel et antigel, volants d’inertie 2.0, utilisation de la pression de l’eau, etc. La liste est très longue !

Le gigantisme, une façon de marquer son territoire pour les constructeurs

Cette effervescence inquiètent forcément les constructeurs de batteries Lithium-Ion, qui espéraient détenir la solution de stockage pour l’énergie. Profitant de la maturité de leur technologie, ils multiplient, logiquement, les projets et les effets d’annonce, pour s’imposer comme la solution incontournable, en nouant un maximum de partenariat avec des énergéticiens ou des Etats.

Cette course au gigantisme est aussi une course à la notoriété, à l’image de marque, et à la défense d’une technologie aujourd’hui dominante, mais qui se sait attaquée. Cette concurrence va, quoiqu’il en soit, permettre d’améliorer les procédés de stockage de l’électricité, développer des filières industrielles – et ne peut, in fine, que profiter aux tenants d’une transition énergétique accélérée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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