Souvent pointée du doigts pour ses faibles efforts dans le développement des énergies renouvelables, forte de son important parc nucléaire, la France devrait inverser la tendance dans les années à venir, portée par une opinion publique favorable. Poussé par Nicolas Hulot, EDF vient d’annoncer la mise en place d’un très ambitieux plan solaire, alors qu’un sondage révèle que la population française est massivement favorable aux énergies renouvelables.

Moins de nucléaire, plus de renouvelables : c’est, en résumé, le chemin que devrait suivre la France dans les années à venir. Bon élève européen en matière d’émission de gaz à effet de serre grâce à son parc nucléaire, la France s’est peut-être endormie sur ses lauriers, en ne développant pas assez vite les énergies renouvelables sur son territoire.

Retard français sur l’éolien et le photovoltaïque

Si le pays est clairement à la pointe mondiale de la technologie pour ce qui est des réseaux intelligents, permettant une intégration facilitée aux énergies renouvelables intermittentes (éolien et photovoltaïque) sur le réseau électrique, la France reste à la traîne en matière de déploiement de ces dites énergies.

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Au point de se faire tirer les oreilles par l’Union Européenne, qui pointe le retard français en la matière, et même par son ministre de tutelle, celui de la Transition Ecologique : Nicolas Hulot a exprimé son mécontentement devant le manque d’enthousiasme d’EDF à développer éolien et photovoltaïque sur le territoire français, au profit du nucléaire – alors même que sa filiale dédiée, EDF Energies nouvelles (EDF EN), est particulièrement active dans le reste de monde. « EDF EN est très présente à l’international, mais on les attend encore en France » notait un observateur durant les assises de l’éolien, en novembre.

Trois Français sur quatre privilégient les renouvelables au nucléaire !

D’autant que, signe des temps qui changent, les Français semblent résolument attirés par les renouvelables, et veulent que le pays se détourne du nucléaire. Un sondage commandé par la Fondation Henrich Böll, une association allemande proche des Verts, montre un infléchissement de leur opinion.

A la question «à quoi les investissements dans le secteur de l’électricité en France dans les années à venir devraient-ils être principalement affectés ?», 75% des sondés réclament un investissement « prioritaire » dans les énergies renouvelables, contre 23% seulement qui estiment que le nucléaire doit être privilégié.

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«Nous avons été agréablement surpris: ces résultats vont à l’encontre de ce que pensent les Allemands, qui voient globalement la France comme un pays toujours pro-nucléaire. (…) Mais ce qui est plus intéressant encore, c’est le fait que les Français s’engagent fortement pour un développement des énergies renouvelables dans leur pays» explique Jens Althoff, le représentant de la Fondation Heinrich Böll à Paris.

Pas de sortie immédiate du nucléaire, mais une bascule des investissements

En effet, 63% des sondés jugent que la transition énergétique est une opportunité plutôt qu’un risque. Certes, la sortie du nucléaire est loin d’être une priorité, notamment d’un point de vue social, puisque la filière emploie toujours directement 120 000 personnes, et 400 000 indirectement, soit 2% de l’emploi en France – les crispations autour de la possible fermeture de la centrale de Fessenheim l’ont largement prouvé.

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Mais l’opinion semble prête à accepter une bascule des investissements et des emplois de l’atome vers l’éolien et le photovoltaïque : Jens Althoff pense que les Français «préféreront désormais investir 100 milliards d’euros dans le développement d’une industrie des énergies renouvelables qui créera de la richesse et de l’emploi, plutôt que 100 milliards dans la continuation d’une énergie du passé».

Vers un Airbus des énergies renouvelables ?

Le dirigeant de la Fondation Böll appelle d’ailleurs de ses vœux « une plus grande coopération franco-allemande dans le domaine de la transition énergétique, avec la perspective de développer une politique européenne de l’énergie » : mettre sur pied un Airbus des énergies renouvelables ?

L’idée est un vieux serpent de mer de l’Union Européenne, qui a toujours buté sur les politiques énergétiques variables des différents pays membres, mais la prise de conscience citoyenne de la nécessité de changer de modèle énergétique peut être un levier pour dépasser ces clivages.

Bien entendu, la France ne va pas renoncer du jour au lendemain à une énergie qui assure son indépendance énergétique et des émissions de gaz à effet de serre très faibles, le pays n’a aucunement l’intention de relancer, comme l’Allemagne, des centrales au charbon pour fermer plus vite ses centrales nucléaires. Mais l’idée d’une transition douce fait largement son chemin.

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Pour Nicolas Hulot, la norme « doit être les énergies renouvelables »

Et le Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, Nicolas Hulot, semble clairement sur cette longueur d’onde. Après avoir été le premier, en France, à déclarer publiquement que la loi de Transition Energétique de 2015 signifiait, à terme, la fermeture de nombreuses centrales nucléaires, il a imposé une pression constante à EDF pour que l’énergéticien change significativement sa stratégie, trop centrée sur le nucléaire au goût du ministre.

Nicolas Hulot a ainsi demandé à l’électricien un « plan précis » dans ce domaine, et a souligné, dans une interview au Financial Time, que «demain, la norme ne doit plus être l’énergie nucléaire, mais les énergies renouvelables».

Un plan d’investissement massif pour le photovoltaïque

L’énergéticien l’a clairement entendu, et EDF a présenté, le 11 décembre, un plan d’investissement massif dans le photovoltaïque, le domaine où les progrès peuvent être les plus visibles et rapides. Rendez-vous demain pour étudier le détail de ce plan d’investissement.

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