Début octobre, EDF a présenté un ambitieux plan de développement de la mobilité électrique en Europe, puisque l’électricien veut devenir leader des bornes de recharge en France, Belgique, Royaume-Uni et Italie dès 2022. Objectif : gérer à cette date 75 000 bornes de recharge, dont 4 000 bornes intelligentes.

Il a pu être reproché à EDF, notamment par l’ancien ministre de la Transition Ecologique Nicolas Hulot, un engagement trop timide dans les nouvelles énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque). Des reproches que l’électricien a voulu combattre, notamment en dévoilant un plan de développement de l’énergie solaire, fin 2017, tablant sur 30 GW supplémentaires en France, puis un plan de stockage de 10 GW dans le monde, en mars 2018.

Mobilité électrique : EDF de la timidité aux hautes ambitions

Du coté de la mobilité électrique, EDF gère déjà, via sa filiale Sodetrel, un réseau de 5 000 bornes de recharge, dont 200 à recharge rapide sur les autoroutes de France. Mais la prudence a également longtemps été de mise : EDF jugeait notamment, jusqu’à un passé assez récent, trop optimistes les prévisions de la RTE tablant sur 5 millions de véhicules rechargeables en France en 2030.

Mais, pour son troisième plan orienté « transition énergétique » en moins d’un an, l’électricien rehausse ses ambitions en la matière. Le plan « Mobilité électrique » présenté le 10 octobre annonce en effet un véritable « changement de braquet », selon les mots de son PDG Jean-Bernard Lévy. Les temps ont en effet changé, et l’avènement de la voiture électrique semble une simple question de temps.

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Changement d’ère en vue pour la mobilité

Les transports contribuent en effet fortement aux émissions de gaz à effet de serre, ce qui en fait l’un des secteurs sur lequel les efforts de transition énergétique doivent être les plus forts. D’autant plus que les législations nationales et européennes incitent à investir massivement dans ces technologies (plafonds d’émissions des véhicules neufs, interdiction des véhicules les plus polluants dans certains centres-villes et élimination progressive des moteurs thermiques dans plusieurs pays, dont, pour la France, à l’horizon 2040).

De leur coté, les citoyens semblent attendre avec impatience cette révolution et sont prêts à s’y convertir massivement dès qu’elle sera économiquement rentable.

Devenir leader des bornes de recharge sur ses 4 marchés européens principaux

C’est donc naturellement qu’EDF souhaite s’engager dans cette mutation déjà en route. L’électricien s’est donné, avec ce plan, des objectifs élevés : il entend devenir, à l’horizon 2022, leader de la mobilité électrique dans ses quatre marchés européens principaux (France, Belgique, Royaume-Uni et Italie). Pour ce faire, il vient de créer une division ad hoc, “EDF Mobilité électrique”, qu’intégrera Sodetrel, rebaptisée pour l’occasion IZIVIA, et qui comptera en tout 500 salariés.

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D’ici quatre ans, EDF veut installer 70 000 bornes de recharges supplémentaires, dont 4 000 bornes intelligentes, pour atteindre une offre de 75 000 bornes, lui permettant d’alimenter en électricité environ 600 000 véhicules, soit 30% du marché des quatre pays visés. Par un système de partenariats, le pass Sodetrel permettra à cette date d’accéder à 250 000 bornes de recharges en Europe, contre 60 000 aujourd’hui.

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Pour cela, EDF s’est engagé aux cotés de plusieurs industriels, constructeurs automobiles (Toyota, le groupe Renault-Nissan), équipementiers automobiles (Valéo), mais aussi des start-ups comme l’allemande Ubricity qui fabrique des lampadaires publics équipés de panneaux photovoltaïques, faisant également office de bornes de recharge.

L’augmentation de la consommation et les pics de charge en questions

Restent les problèmes centraux de la mobilité électrique, ceux de l’augmentation de la consommation et des pics de charge. En la matière, EDF ne fait, logiquement, pas preuve du même optimisme que la RTE. Si le responsable du réseau de transport estime que l’efficacité énergétique permettra de réduire la consommation électrique dans suffisamment de secteurs pour que le développement de la mobilité électrique ne produise pas de hausse globale, EDF se montre plus prudent, et estime raisonnable de tabler sur une légère augmentation. C’est de bonne guerre, car une consommation qui augmente signifie plus d’électricité à produire, et donc plus de chiffre d’affaire pour l’électricien.

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EDF est également dans son rôle quand il affirme que, pour éviter les pointes, le réseau électrique français aura besoin entre 1 et 2 GW de puissance disponible supplémentaire. EDF convertit ces besoins en « un ou deux réacteurs nucléaires supplémentaires », alors qu’évoquer des centrales éoliennes ou photovoltaïques avec du stockage aurait tout autant de sens. Mais, sentant son parc nucléaire attaqué, EDF le défend bec et ongle.

Charge intelligente et vehicle-to-greed

La solution pour répondre aux pointes, notamment du soir, existe pourtant – et EDF investit justement dedans. Il s’agit de la charge intelligente, qui pilote la charge des véhicules électriques en fonction des besoins du réseau électrique, favorisant les périodes où l’électricité est produite en surplus (en milieu de journée ou la nuit, soit des périodes où les véhicules sont le plus souvent stationnés).

Autre technologie d’avenir permettant de lisser la demande de puissance : le vehicle-to-greed, qui consiste à utiliser une borne de recharge intelligente fonctionnant dans les deux sens (du réseau vers la batterie du véhicule, mais aussi de la batterie vers le réseau), afin d’utiliser les batteries pleines de véhicules à l’arrêt comme une réserve de puissance pour le réseau.

Défense des acquis contre engagement dans la modernité énergétique

EDF Renewables North America détient justement des parts dans la start-up californienne Nuvve et envisage à court terme de créer une coentreprise avec cette dernière pour déployer ses solutions « vehicle-to-greed » en France. Nuvve expérimente avec succès ces technologies au Danemark : les propriétaires de véhicules électriques qui acceptent ainsi de soutenir le réseau peuvent gagner jusqu’à 1 400 euros par an.

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EDF est donc pleinement impliquées dans ces technologies qui permettraient d’éviter cette pointe de puissance supplémentaire. Le groupe ambitionne même de devenir leader européen de la charge intelligente.

Mais EDF défend ses acquis et ses centrales actuelles, comme l’électricien l’a toujours fait, en dépit des politiques et orientations gouvernementales. Il ne veut pour autant pas rater le train de la mobilité électrique, ce qui demeure l’excellente nouvelle de ce plan dévoilé début octobre.

 

 

 

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