En France, le photovoltaïque semble être la filière renouvelable sur laquelle misent le plus les énergéticiens publics et le gouvernement – point d’orgue de cette dynamique : la publication, fin 2018, d’une PPE ambitieuse pour le photovoltaïque. Mais la réalité est plus nuancé : malgré de bonnes mesures, le plan solaire, annoncé l’année dernière, reste bien timides et clairement insuffisant pour relancer à grande échelle le photovoltaïque. Certains appels d’offre ont été décevants – voire catastrophiques. Le problème du foncier, malgré des surfaces disponibles importantes, continue de bloquer les projets de grande taille. Et les objectifs de la PPE semblent à la fois difficiles à tenir dans ce contexte, et, malheureusement, presque trop limités face à l’urgence climatique.

Vue de loin, l’année 2018 a été idyllique pour la filière photovoltaïque en France, comme nous l’avons vu dans la première partie de notre étude : des installations qui repartent à la hausse, EDF et le gouvernement qui annoncent des grands plans solaires, et, pour finir, une PPE qui fixe à la filière les objectifs élevés. Le sentiment dominant est celui d’une prise de conscience, par les autorités, du potentiel du photovoltaïque en France, et d’une volonté de le valoriser.

Le gouvernement refuse de régionaliser les aides et les appels d’offre

Pour autant, l’année 2018 a également charrié son lot de déconvenues, qui peuvent rendre méfiants pour les années à venir. Le plan solaire proposé par le gouvernement, par exemple, a fait l’impasse sur la principale revendication des acteurs de la filière. Les professionnels du photovoltaïque militent en effet pour une régionalisation des aides.

Pour l’heure, le système de prime et de complément de rémunération est le même, quel que soit le point du territoire. Cela signifie que l’Etat soutient autant un projet situé sur les hauteurs de l’Occitanie ou sur le littoral méditerranéen, avec un des ensoleillement les plus élevés de France, qu’un projet au cœur des Ardennes ou de l’Alsace, avec les ensoleillements les plus faibles de France. Ce système favorise les projets situés dans le sud de la France, limitant de fait les possibilités d’appel d’offre dans le Nord du pays. Les acteurs du photovoltaïque réclamaient que les projets situés dans les zones moins ensoleillées disposent d’un soutien financier plus élevés, puisqu’ils sont “naturellement” moins rentables.

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Un plan solaire qui ne convainc qu’à moitié la filière

Le ministère a refusé de suivre cette piste. Le gouvernement estime qu’avec la baisse des coûts, les projets photovoltaïques « remonteront naturellement » vers le Nord avec le temps. Le délai de cette hypothétique remontée n’est pas précisée. La France est l’un des pays au monde où les disparités d’ensoleillement sont les plus fortes par rapport à sa superficie. Miser vraiment sur les renouvelables imposerait de viser un déploiement uniforme sur tout le pays, même s’il faut subventionner davantage les projets au Nord – et peut-être moins subventionner ceux du Sud. Une belle occasion ratée.

Au-delà, ce plan solaire a laissé une impression mitigée à la filière. Toutes les propositions sont positives et vont dans le bon sens. Mais elles manquent singulièrement d’ambition. Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), espérait des propositions qui auraient pu « révolutionner le marché ». Ce n’a pas été le cas. « Il sera difficile d’atteindre nos objectifs uniquement avec cela », pointait un spécialiste de la filière après l’annonce du plan.

La libération du foncier : une question toujours en suspens

La question du foncier est, elle aussi, loin d’être réglée. Des promesses ont été faites. Mais rien qui donne le sentiment de répondre à une urgence. D’autant que les prix de l’immobilier pour le foncier sont déjà très élevés : des installations photovoltaïques eà très grande échelle risquent d’accroitre la pression sur les prix – ce qui peut faire reculer certains décisionnaires. Sans volonté publique forte (et probablement des mesures de régulation des prix des terrains à bâtir), difficile de libérer des espaces pour construire des fermes de grande ampleur.

Au-delà, les installations en toiture se heurtent aux règles imposées par les Bâtiments de France, qui empêchent dans de nombreux cas la modification visuelle d’une toiture. L’Allemagne, beaucoup plus souple sur cette question, a pu développer beaucoup plus largement le photovoltaïque en toiture.

Par ailleurs, une étude de l’Ademe publiée fin 2018 pointe un potentiel de 53 GW photovoltaïques dans des « zones délaissées » en France, essentiellement des anciens sites industriels ou parking. Certains sont endommagés ou pollués, mais ils existent, et pourraient être valorisés, après des travaux de remise en conformité, en centrales photovoltaïques. Mais là encore, les pouvoirs publics semblent se précipiter avec lenteur.

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Appels d’offre pour l’autoconsommation : des échecs cinglants

Sur le front de l’autoconsommation, les voyants sont globalement au vert pour les projets individuels, de petite ampleur (inférieur à 9 kW). Fin septembre 2018, 33 000 sites en autoconsommation était raccordés au réseau Enedis, contre 14 000 en 2017. Aujourd’hui, une demande de raccordement au réseau sur deux concerne l’autoconsommation, qui a clairement le vent en poupe. Une dynamique est en train de se (re)mettre en place (après l’éphémère boom de 2011-2012).

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Mais pour les sites passant par des appels d’offre, d’un puissance plus élevée (entre 100 et 500 kW), concernant des immeubles, des quartiers ou des sites industriels, les objectifs gouvernementaux sont à des années-lumière d’être atteints. En témoigne le résultat des deux appels d’offre de 2018 : en mai, seulement 2,2 MW ont été attribués sur un objectif de 50 MW ; en septembre 19 MW sur 50 MW. Raison de cet échec, selon les professionnels : un cahier des charges trop complexe, une fiscalité peu avantageuse, un manque de visibilité sur l’évolution du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité, rendant les calculs de retour sur investissement trop aléatoire.

La nouvelle PPE : à la fois trop et pas assez ambitieuse…

Pour finir, évoquons les chiffres de la PPE. Les objectifs pour le photovoltaïque sont de 20,6 GW pour 2023 et entre 35,6 et 44,5 GW pour 2028. Ils sont à la fois trop et pas assez ambitieux. Trop ambitieux pour l’état actuel de la filière, du soutien public, du foncier disponible, des mécanismes d’appel d’offre et des prix d’achat de l’électricité photovoltaïques. Ils ont l’avantage de fixer une direction et d’indiquer une confiance du gouvernement dans cette énergie – de quoi faciliter la levée de nombreux freins et la mise en place, rapide, de mesures incitatives plus fermes. Même si les signaux, à ce niveau, demeurent encore flous.

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Mais dans le même temps, ces objectifs semblent manquer de vigueur face à l’urgence climatique et aux grands travaux photovoltaïques en cours ou programmés dans de nombreux pays dans le monde. L’Allemagne dispose de moins d’ensoleillement que la France. Mais le pays a déjà raccordé 42,4 GW de photovoltaïque. Cette technologie est rentable, et le sera de plus en plus. La France est décidée à miser sur elle, excellente nouvelle. Mais il faut souhaiter qu’elle redouble d’efforts et d’ambitions, pour accélérer encore et valoriser au mieux, et au plus vite, son potentiel en la matière.

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