La fermeture des centrales au charbon de France semble indispensable à la réussite de la transition énergétique du pays. Mais leur rôle dans la sécurité de l’approvisionnement électrique complique considérablement la réalisation de cet objectif. Autre épine dans le pied de l’exécutif : aucun cadre réglementaire, plan de reclassement des salariés ou d’indemnisation des exploitants n’existe encore. Transformant ce dossier en une véritable poudrière. Sans compter l’option d’une conversion vers la biomasse-bois, très loin de faire l’unanimité.

Nous avons vu, dans la première partie de notre étude, que la fermeture des quatre centrales au charbon françaises d’ici 2022 (objectif fixé par la PPE), si elle allait dans le sens de la transition énergétique du pays, risquait de mettre en péril la sécurité de l’approvisionnement en électricité de la France. Cette fermeture est donc, de l’avis du RTE, suspendue à une série de conditions (baisse ou, au moins, stabilisation de la consommation, progression des renouvelables et de l’effacement, ouverture de nouvelles unités de production…).

Aucun plan de reclassement pour les territoires concernés

Cela étant, d’autres obstacles s’opposent à l’objectif gouvernemental d’en finir avec le charbon en 2022. Pour commencer, aucun des quatre territoire concerné n’a proposé, via des contrats de transition écologique (CTE), un reclassement possible pour les 700 emplois directs de la filière (près de 1 500 en incluant ceux des fournisseurs).

L’impact social de ces fermetures pourrait donc être désastreux, dans des zones déjà durement touchée par la désindustrialisation de ces dernières décennies, notamment au Havre ou à Saint-Avold. Les territoires concernés n’ont, clairement, pas voulu prendre l’initiative de se frotter à cette réalité, en entamant discussions et négociations.

Le gouvernement doit reprendre la main, en l’absence de cadre réglementaire clair

Dès lors, le gouvernement doit donc piloter lui-même des contrats de territoire (qui remplacent les CTE), afin d’assurer une saine transition aux régions concernées par la fermeture des centrales. Une situation potentiellement explosive. D’autant que l’exécutif ne dispose aujourd’hui d’aucun outil réglementaire pour s’attaquer à cette question.

En effet, si un délégué interministériel à la fermeture des centrales au charbon, David Coste, a bien été nommé fin janvier, aucun cadre réglementaire n’est encore en place. L’outil pour officialiser cette fermeture, qu’il s’agisse d’un décret ou d’une loi, n’existe pas. Ni le calendrier ou le budget de compensation aux exploitants.

centrales charbon france fermeture delicate 2 2 - Les Smart Grids

Des négociations qui s’annoncent tendues avec les exploitants

Et, dans ce domaine également, le terrain est miné. Les centrales en question n’étant plus rentables, le gouvernement ne devrait indemniser les exploitants qu’en fonction des investissements récents. Du coté d’EDF, ils demeurent modestes, avec « seulement » 50 millions d’euros investis entre 2014 et 2016 pour prolonger le Havre et Coremais jusqu’en 2035.

En revanche, la facture d’Uniper est beaucoup plus salée : “Nous avons investi 1 milliard d’euros entre 2008 et 2016 pour fermer cinq de nos sept unités charbon, prolonger les deux restantes jusqu’en 2030, construire une unité gaz à Gardanne et y convertir à la biomasse une unité charbon”, rappelle Luc Poyer, le président d’Uniper France. Pour ne rien arranger, l’interlocuteur du gouvernement, pour ces deus centrales, va changer, puisque Uniper envisage de céder tous ses actifs en France au tchèque EPH. Là aussi, les négociations risquent d’être plus que délicates.

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Conversion au gaz ou à la biomasse : a priori interdit par la nouvelle PPE…

Il restait tout de même une dernière bonne carte à abattre : un vieux projet évoquait la possibilité de conversion de la tranche de la centrale de Saint-Avold et des deux tranches de celle du Cordemais au gaz ou à la biomasse. Cette conversion aurait permis de prolonger la durée de vie de ces centrales, de sauvegarder les emplois et le tissu industriel local.

Mais la nouvelle PPE a mis, semble-t-il, un terme à ces espoirs, en indiquant, noir sur blanc, que le gouvernement n’accorderait aucune autorisation pour la production d’électricité à partir d’énergie fossile ou de biomasse. Cette dernière doit être majoritairement utilisée pour la production de chaleur : la biomasse ne pourra donc, théoriquement, produire de l’électricité que dans le cadre de centrales en cogénération. Ce qui ne peut pas être le cas des deux centrales de Saint-Avold et de Cordemais, exclusivement thermiques.

Pour autant, une exception devrait être faite. Première possibilité : si la sécurité de l’approvisionnement impose qu’une tranche de Cordemais soit prolongée au-delà de 2022 (la Bretagne étant la région la plus fragile en la matière, c’est cette centrale qui sera privilégiée s’il ne doit en rester qu’une), elle le sera avec un mélange de pellets de bois (pour 80%) et de charbon (pour 20%), pour un ou deux ans et 200 heures annuelles maximum.

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…mais un nouveau procédé mis en place par EDF pourrait changer la donne

L’autre option est le procédé Ecocombust, qu’étudie EDF pour ses deux centrales thermiques (Cordemais et Le Havre). Il s’agit d’un combustible alternatif écologique, créé à partir de la biomasse locale, sans rentrer en concurrence avec d’autres utilisations : l’Ecocombust sera ainsi composé de déchets de bois qui n’ont aujourd’hui aucun usage. EDF envisage même de mettre sur pied une filière entière, en fabricant directement les granulés sur place.

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Ce procédé ne fait pourtant pas l’unanimité, notamment parce qu’il impose d’être mélangé à 4% de charbon pour être utilisé dans une centrale thermique. Pour autant, le Ministère de la Transition Ecologique a validé le programme de tests d’EDF : “Ce programme de travail doit permettre de qualifier, d’ici à l’automne 2019, les essais techniques, les études d’impact sur l’environnement et le modèle économique du projet. A cette échéance, sous réserve de conclusions satisfaisantes sur les plans technique, économique et environnemental, et après avoir poursuivi les échanges avec l’État et les collectivités, EDF engagera la phase d’industrialisation pour la fabrication du combustible à partir de 2022” expose l’énergéticien.

Fin du charbon en 2 022 en France ? Avis aux voyants et aux extra-lucides !

Cet Ecocombust va peut-être permettre de « sauver » tout ou partie de ces deux centrales. Mais, pour l’heure, il ajoute aussi à la confusion régnant autour de ce dossier complexe et problématique. Les prochaines mois seront décisifs pour ce procédé. De sa validation ou non découlera la ligne directrice du gouvernement pour les sites du Havre et du Cordemais. Pour Saint-Avold et Gardanne, la négociation avec le repreneur d’Uniper semble la première urgence.

Mais, en l’état, il faudrait disposer d’un solide don de double vue pour savoir si la France tiendra ou non cet objectif de fin du charbon en 2 022…

 

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