Si le Brésil est un champion des énergies renouvelables, porté par la puissance de son hydro-électricité, cette dernière ne peut plus accompagner seule le développement économique du pays. Pour réduire des émissions de CO2 en pleine explosion, le Brésil doit diversifier son offre renouvelable, et parier sur d’autres énergies – comme il le fait depuis une dizaine d’années avec l’éolien.

Nous avons vu, dans la première partie de notre étude, comment le Brésil avait développé largement son hydro-électricité, depuis la création de l’Etat Brésilien en 1945 : si cette énergie a longtemps suffi à couvrir la quasi totalité de ses besoins en électricité et lui assurer un mix énergétique largement décarboné, son développement économique tout azimut, couplé à des sécheresses endémiques, l’a forcé à puiser chaque année davantage dans les combustibles fossiles. Au point que les émission de gaz à effet de serre du pays ont été multipliées par 2,5 entre 1990 et 2014, et surtout de 44% entre 2009 et 2014.

Pour réduire ces émissions et participer à l’effort de lutte contre le changement climatique, mais aussi pour assurer son autonomie énergétique, le Brésil doit s’appuyer sur ses considérables ressources en énergies renouvelables. Si l’hydro-électricité, comme on l’a déjà vu, continuera d’être valorisée par de nouveaux barrages, le pays s’est lancé dans un vaste plan de développement des autres énergies renouvelables.

Une valorisation de l’éolien un peu tardive mais conséquente

L’éolien connaît ainsi, au cours de ces dernières années, une croissance plus que soutenue. Le potentiel du pays est en effet énorme, évalué à 350 GW de puissance, essentiellement localisé dans le nord-est et le sud. Si la production était négligeable jusqu’au début des années 2000, l’installation d’éoliennes a commencé à décoller au début des années 2010 : 0,34 GW en 2009, 3,5 GW en 2013, et 12,7 GW fin 2017.

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A cette date, le Brésil se situe au premier rang des pays d’Amérique Latine, et au 8ème rang mondial : cette puissance représente 2,4% du total mondial, alors que la population brésilienne représente 2,8% du total mondial. Cet écart démontre bien que le Brésil s’est lancé plus tard que de nombreux pays dans cette énergie, mais le fait qu’il se réduise d’année en année prouve le dynamisme et la volonté des autorités de rattraper ce retard.

Fin janvier 2018, 216 parcs éoliens étaient en construction ou engagé (contrat signé), pour une puissance supplémentaire de de 4,93 GW, dont 2,5 GW en construction. La puissance installée devrait atteindre les 14,5 GW à la fin de l’année, et 15,8 GW fin 2019.

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Des éoliennes à l’efficacité énergétique optimale, pour un objectif de 10% de l’électricité en 2020

L’autre atout de l’éolien brésilien est la force et la régularité des vents venus de l’Atlantique, qui assurent au pays un facteur de capacité (puissance réalisée/puissance maximale atteinte) particulièrement fort, puisqu’il dépasse les 40%, quand la moyenne mondiale plafonne à 24%.

En conséquence, la part de l’éolien dans la production d’électricité brésilienne ne cesse d’augmenter, de façon exponentielle : elle n’a dépassé les 1% qu’en 2013 (avec 0,6 TWh), mais a déjà atteint les 6% en 2016 (avec 33 TWh), et devrait dépasser les 8% cette année, et atteindre les 10% en 2020. 85% de cette production est située dans le Nord-Est, et 15% dans le Sud.

Comme pour l’hydraulique, le pays dispose d’un tel réservoir qu’il peut planifier les augmentations qu’il souhaite, en fonction de ses moyens financiers et, surtout, de la capacité du réseau électrique et de la distance avec les grands centres urbains. Le prix de l’électricité éolienne est désormais en dessous de celui des nouvelles centrales à gaz ou à charbon, ce qui encourage à valoriser fortement cette énergie.

La canne à sucre, clef du développement de la biomasse au Brésil

La biomasse a également connu un très fort essor ces dernières années. Nous excluons de notre étude le cas complexe de la biomasse-chaleur, qui utilise encore largement les ressources forestières, et rarement de façon responsable, si bien qu’on ne peut la considérer comme une énergie renouvelable. Les 30% d’énergie primaire que représente la biomasse en 2015, un chiffre considérable, s’appuient encore trop sur la déforestation (pour 11%), et son classement dans les « renouvelables » est plus que sujet à débat.

En revanche, la canne à sucre, dont le Brésil est le second producteur mondial, est un élément central du développement des renouvelables au Brésil, et ce à deux niveaux. Le premier est la transformation de cette canne à sucre en éthanol, utilisé massivement comme biocarburant. Le Brésil est leader mondial des biocarburants : les véhicules fonctionnant tout ou partie à l’éthanol issu de la canne à sucre représenteront en 2019 75% de la flotte automobile brésilienne – participant largement (19%) aux 30% d’énergie primaire couvert par la biomasse.

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Biomasse : biocarburants à gogo, une part croissante dans l’électricité du pays

Le second est l’utilisation des résidus fibreux de canne à sucre, la bagasse, comme combustible dans les centrales thermiques. S’agissant d’un déchet agricole qui se serait de toute façon décomposé en produisant des gaz à effet de serre, sa combustion est considéré comme 100% renouvelable. Ainsi les 434 usines sucrières du pays fonctionnent aujourd’hui en autonomie énergétique, mais seules 88 d’entre elles commercialisent un excédent d’électricité sur le réseau.

Ce choix de valoriser largement la biomasse-électricité a fait passer la production de 3,9 TWh en 1990 (1,7% de l’électricité brésilienne) à 31,5 TWh en 2010 (6,1%), puis 48,8 TWh en 2015, soit 8,4% de la production d’électricité du pays – ce qui fait du Brésil le troisième producteur mondial, derrière les Etats-Unis et la Chine.

Le solaire s’éveille, avec un potentiel qui semble infini

L’énergie solaire, enfin, n’a été valorisé que très récemment, mais là aussi le pays a décidé de mettre les bouchées doubles. Si la puissance photovoltaïque installées était négligeable en 2012, elle atteint un modeste 273 MW en juin 2017, mais 530 MW supplémentaires ont été installés durant le second semestre 2017, et 1 340 MW sont programmés en 2018.

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Le gouvernement table sur 8 GW de puissance installée en 2024, ce qui représenterait environ 4% de l’électricité produite par le pays. Le Brésil dispose en effet, là encore, d’un potentiel solaire considérable, estimé à 1 500-2 500 kWh/m², soit davantage que l’Espagne, avec une superficie incomparable. Le prix du Kwh solaire y est parmi les plus bas du monde, et les possibilités, avec la baisse de tarif des panneaux photovoltaïques, semblent infinies.

Stabiliser les émissions de CO2, puis les faire diminuer

Conjointement à ces politiques de développement des renouvelables, le pays cherche à limiter l’augmentation de sa consommation d’énergie, notamment en travaillant sur l’efficacité énergétique et la réduction du gaspillage. L’objectif est de stabiliser dès que possible les émissions de gaz à effet de serre, à l’horizon 2020-2023, puis de progressivement les faire diminuer, sans freiner l’essor économique du Brésil.

Si l’on peut regretter que le pays, se reposant trop sur son hydro-électricité, se soit tourné, comparativement à d’autres Etats, tardivement vers l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse-électricité, les politiques énergétiques brésiliennes vont permettre un recul des combustibles fossiles. Le seul pays au monde à avoir vu baisser sa part de renouvelables dans son mix devrait ainsi prochainement inverser la tendance.

 

 

 

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