La gestion de la donnée est une problématique centrale du développement des smart grids : rendre un réseau intelligent n’a de sens qu’en collectant, agrégeant et traitant des flux considérables de données. Ce qui nécessite, tant du coté des gestionnaires réseaux et collectivités que de celui des consommateurs, un partage de ces données, indispensable mais fortement sécurisé. Un équilibre est à trouver, que les acteurs français de l’énergie se donnent les moyens de construire.

L’intelligence d’un réseau électrique se juge à sa capacité à traiter des flux de données considérables, afin d’optimiser, en temps réel et sur le court, moyen et long terme, la production et la consommation d’électricité.

La réussite d’une transition énergétique et l’intégration massive d’énergies renouvelables intermittentes (photovoltaïque et éolien notamment) passent par une information précise et en temps réel sur l’état du réseau, pour éviter le gaspillage et les congestions, et offrir une électricité fiable, durable et constante aux consommateurs.

Des flux de données nécessaires au pilotage du réseau

Pour piloter efficacement le réseau, il faut connaître, à chaque seconde, l’état précis de la production et de la consommation d’électricité, ainsi que leurs prévisionnels pour les heures, jours, mois, années à venir.

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Cela implique une quantité considérable de données : pour rappel, un rapport d’Accenture avait fait cette comparaison très parlante : « Si un réseau électrique produit chaque seconde une quantité de données équivalente à une copie du roman de Charles Dickens, Le Conte de deux cités, un smart grid peut produire 846 copies (ou plus) de Guerre et Paix de Léon Tolstoï chaque seconde ».

Deux niveaux de partage de données en jeu : des consommateurs et des gestionnaires

Les réseaux de demain se construisent sur ces bases, et ces données sont un enjeu crucial. Leur partage pose question à deux niveaux, complémentaires : au niveau des utilisateurs, qui doivent accepter de livrer leurs données de consommation pour optimiser le réseau, dans un cadre sécurisé ; au niveau des gestionnaires réseaux, qui doivent ouvrir leurs données pour une consultation et utilisation par des tiers – grand public, analystes ou entreprises innovantes voulant créer des outils d’optimisation.

http://reseaudurable.com/matthieu-saujot-smart-grids-donnees-personnelles/

La collecte de la donnée est en effet une question centrale aujourd’hui. Pour se déployer, les smart grids nécessitent que producteurs et consommateurs transmettent leurs données au maximum – tout en protégeant la vie privée et l’accès aux données personnels des citoyens.

Premier niveau de partage : la collecte des données consommateur

Parallèlement à la mise en place de moyens de collecter les données de consommation, compteurs communicants type Linky en tête, la législation française a avancé pour garantir la protection des consommateurs. Un cadre légal précis a été mis en place par l’article 28 de la Loi sur la transition énergétique et la croissance verte (LTECV) du 17 août 2015, imposant des modalités précises de collectes et de diffusion des données personnelles par les réseaux de distribution.

Cette disposition a été complétée sans ambiguïté par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), le 20 novembre 2015, en imposant aux gestionnaires réseaux de recueillir le consentement de l’abonné « pour la remontée de la courbe de charge dans le système d’information d’Enedis, ainsi que pour la transmission de la courbe de charge aux tiers ».

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Un cadre légal strict et précis, sans cesse renforcé pour protéger les consommateurs

La CRE (Commission de régulation de l’énergie), dans sa recommandation du 8 décembre 2016, a encore rappelé la nécessité pour les gestionnaires d’informer précisément les consommateurs sur la collecte, le traitement et la publication de leurs données – notamment sur le fait qu’aucune de ces étapes ne peut se faire sans leur accord explicite :

« La CRE demande aux gestionnaires de réseaux publics de distribution d’électricité et de gaz naturel ayant déployé un système de comptage évolué à destination des producteurs et consommateurs domestiques et professionnels de mettre en place les dispositifs qui garantiront à l’utilisateur une connaissance exhaustive des délégations qu’il aura formulées auprès de tiers autorisés (fournisseurs, agrégateurs d’effacement, gestionnaires d’immeubles, société de conseils en diagnostics énergétiques, etc.) pour exploiter ses données de consommation. »

Ce cadre législatif est précis, strict et parfaitement respecté par les gestionnaires de réseau : si un particulier ou professionnels équipé d’un compteur Linky refuse de donner son accord aux gestionnaires, ses données ne sont pas enregistrées.

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Un effort de pédagogie pour intégrer tous les consommateurs à la gestion de l’énergie

Cela explique le nécessaire effort de pédagogie vers les abonnés que doivent effectuer les gestionnaires : les consommateurs doivent comprendre que cette collecte des données est nécessaire pour optimiser le réseau électrique, intégrer des énergies renouvelables et réussir la nécessaire transition énergétique. A court terme, elle leur permet, également, de faire des économies d’énergie en maîtrisant mieux leur consommation.

Toutes les expérimentations de smart grids, en Métropole et en Outre-Mer, ont résolument intégré les consommateurs particuliers dans le processus de gestion de l’électricité : la bascule vers les réseaux intelligents est une incroyable opportunité de transformer les clients en « consomm’acteurs », maîtres de leur consommation, conscients d’appartenir à une collectivité, déterminés à participer, à leur niveau, à la révolution énergétique en cours en France. Le but est de généraliser ces brillantes réussites à l’échelle nationale.

Cette intégration du grand public dans ce processus passe, également, par la publication, par les gestionnaires réseau, de leurs données. C’est le second niveau de partage, lui aussi crucial, que nous découvrirons dans la seconde partie de cette étude, demain.

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