La Corée du Sud est longtemps restée un mauvais élève au niveau mondial pour ce qui est des énergies renouvelables. Mais depuis juillet 2016 une vigoureuse politique d’investissement et d’incitation multiplie les projet dans un pays déjà technologiquement à la pointe en matière de solaire, d’éolien et de pile à combustible

Le 26 avril 2017, la société finlandaise Moventas, spécialisée dans les boites de vitesse pour les turbines d’énergies renouvelables, vient d’annoncer un accord d’envergure avec Doosan Heavy Industries & Construction, un industriel sud-coréen fabricant des turbines d’éoliennes. L’accord porte sur la fourniture des derniers modèles de boîtes de vitesse de Moventas, Exceed Series, pour équiper les turbines 3MW que Doosan développe en vue des nouveaux parcs offshore que la société va installer en 2018 au large de la Corée du Sud.

Dernier de la classe à l’OCDE pour les énergies renouvelables

La nouveauté n’est pas qu’un industriel coréen développe du matériel de pointe pour l’énergie éolienne, c’est que ce matériel soit utilisé par la Corée elle-même, du moins pour un projet d’envergure. En effet la Corée du Sud est le pays membre de l’OCDE dont la part d’énergies renouvelables est la plus faible dans la production totale, dépassant à peine les 1% en 2015, une situation quasi équivalente à celle de 1990.

coree-sud-micro-reseauxMais la situation est en train de changer radicalement, sous l’effet d’une volonté publique extrêmement forte. Une série d’annonces faites depuis juillet 2016 prouve que la Corée a désormais la volonté d’entamer sa transition énergétique et faire sa révolution des énergies renouvelables.

Cette nouvelle stratégie s’accompagne d’un plan de développement d’un réseau électrique intelligent : la Corée s’appuie sur des efforts conséquents en recherche et développement dans ce domaine, axé sur une approche modulaire, en utilisant les micro-réseaux et en favorisant la concurrence.

Plus de 35 milliards de dollars d’investissement

En juillet 2016, le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie (MOTIE) a annoncé un plan d’investissement de 36,6 milliards de dollars d’ici 2020 pour le développement de technologies d’énergies renouvelables. Par ailleurs le ministère a annoncé qu’il «proposerait des plans spécifiques pour permettre aux producteurs d’énergie renouvelable d’intégrer le marché de l’énergie».

Le plan prévoit notamment que les producteurs d’énergie solaire puissent vendre directement l’électricité directement aux consommateurs, via la Korea Power Exchange (KPX), sans passer par la Korea Electric Power Corporation (KEPCO), l’entreprise d’Etat.

La KEPCO détient en effet un quasi-monopole sur le secteur en Corée du Sud, avec 95% de part de marché dans la production d’électricité et surtout 100% de part de marché dans la transmission et distribution de l’électricité. L’une des clés de cette réforme est de libéraliser le secteur de l’énergie, pour encourager les entreprises privées à investir et rejoindre ce marché.

Libéraliser le marché de l’énergie pour inciter les entreprises privées à investir

En effet, la quasi-totalité des investissements en énergie photovoltaïque et éolienne en Corée sont le fait d’entreprises privées, la KEPCO n’ayant jusqu’ici jamais produit d’énergie renouvelable, à l’inverse de la majorité des entreprises d’énergie d’Etat des autres pays de l’OCDE. C’était d’autant plus vrai que de nombreux projets d’énergies renouvelables ont été bloqués par des résidents.

La raison principale était le choix des gouvernements successifs de plafonner les tarifs de l’électricité pour dynamiser le secteur industriel : cela a eu pour effet de forcer la KEPCO à se concentrer sur les énergies les plus rentables à court terme et à renoncer à la recherche sur l’éolien ou le photovoltaïque ; et même avec cette politique, le blocage des prix a grevé l’entreprise d’Etat de dettes croissantes, bloquant partant sa capacité d’investissement.

Mettre en avant les réussites technologiques du pays

Mais cela aussi a changé, puisque le MOTIE a annoncé, en décembre 2016, lors du Forum sur l’investissement des entreprises d’énergie renouvelable, que six filiales de la KEPCO allaient investir plus de 3 milliards de dollars en 2017 et 2018 dans la construction de moyens de production d’énergie renouvelable.

La ventilation sera la suivante : 38,6% dans les projets solaire, quasi-inexistants en Corée du Sud actuellement, 35% dans l’éolien, dont les ambitieux projets offshore déjà évoqué, 17,9% dans les piles à combustible et 8,5% dans d’autres technologies. Dès septembre 2016, la Corée du Sud produisait ses premiers kilowattheures offshore, au large de l’île de Jeju.

coree-sud-micro-reseauxLes piles à combustible sont par ailleurs le seul domaine des énergies renouvelables dans lequel la Corée du Sud joue un rôle précurseur : le pays développe cette technologie depuis le début des années 2000, en ambitionnant de l’appliquer non seulement aux véhicules électriques, mais aussi au chauffage des maisons. La plus grande usine à pile à combustible du monde est d’ailleurs située à Hwaseong.

Objectif : plus de 10% d’énergies renouvelables dès 2025

Le plan du MOTIE vise à dépasser, à l’horizon 2025, les 10% d’énergies renouvelables utilisées dans le pays. L’Institut Coréen de l’Energie défend pour cela une transition vers des industries de service moins gourmandes en énergie, et vers une rationalisation des dépenses industrielles d’énergie, en améliorant l’efficacité énergétique. Une augmentation des tarifs est probablement à prévoir, au moins dans un premier temps : « Il faut également un consensus social comme dans le cas de l’Allemagne et du Japon, où le prix de l’électricité a été augmenté d’environ 20% pour plus d’utilisation de sources d’énergie alternatives » souligne l’Institut.

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La clé de la réussite : la mise en place de réseaux intelligents

Mais l’une des clés de cette évolution est la mise en place d’un réseau intelligent, ou plutôt de réseaux intelligents. La Corée du Sud travaille en effet depuis 2008, avec le programme « Croissance verte » de l’ancien président Lee Myung-bak, à la mise en place de micro-réseaux intelligents à échelle locale, plutôt qu’à un réseau intelligent généralisé à l’ensemble du pays. Le pays souhaite utiliser des technologies qui lui sont propres, depuis le réseau de transmission des données jusqu’aux logiciels, compteurs ou circuits intégrés nécessaires à cette ambition.

Depuis 2013 et la présidence de Park Geun-hye, la Corée du Sud travaille sur la mise en place de trois types de micro-réseaux. Le premier est la « Smart Grid Station », développée pour les environnements urbains et les problématiques liées ; la seconde est le projet « Energy Block Platforms », adapté aux complexes industriels qui foisonnent en Corée ; le troisième est un micro-réseau adapté aux nombreuses petites iles qui foisonnent autour de la péninsule.

Dans ce dernier domaine, la Corée du Sud peut faire valoir une expérience et une avance technologique certaine, s’imposant comme le leader mondial pour la conception de micro-réseaux adaptés à la situation insulaire. Depuis octobre 2015, Gasa Island, une petite île du district de Jindo, dans le sud de la Corée, abrite le premier micro-réseau indépendant au monde, utilisant un système de gestion de l’énergie (« Energy Management System », ou « EMS ») produit en Corée.

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Cet petite île sert de test pour vérifier l’efficacité d’une politique d’installation d’énergies renouvelable corrélées à un réseau intelligent dédié. Et les résultat sont spectaculaires, puisqu’en l’espace de quelques mois la consommation de fuel de l’île, grâce à ces effets conjugués, a chuté de 92%.

L’expertise coréenne en matière de gestion des réseaux laisse présager une rapide mise en place d’un nombre croissant de ces micro-réseaux, pour aider à atteindre les ambitieux objectifs du gouvernement de Séoul.

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