La Commission Européenne a mis en place, en octobre 2017, une Alliance européenne des batteries, visant à créer des consortiums industriels pour rattraper le retard sur les batteries de véhicules électriques. Retour sur les propositions de la feuille de route de l’Alliance, dévoilée en février dernier, et sur les premiers rapprochements industriels qui s’annoncent.

Nous avons vu, dans la première partie de notre étude, le contexte dans lequel a été créée l’Alliance européenne des batteries et quels objectifs lui fixait Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission Européenne en charge de l’énergie.

En février 2018, la Commission a présenté la première feuille de route de cette alliance, regroupant une vingtaine de propositions fortes pour mettre sur place les consortiums et les 10 à 20 méga-usines qu’ambitionne l’Union.

Des batteries « vertes, réutilisables et recyclables »

La grande ligne directrice est de proposer des batteries « vertes, réutilisables et recyclables pour se distinguer de la concurrence » a exposé Maroš Šefčovič. « Nous voulons quelque chose de différent par rapport à ce qui existe actuellement sur le marché » a complété le commissaire européen.

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En conséquence, les plus importantes recommandations de l’Alliance européenne reposent sur la réduction de l’empreinte carbone des batteries, tout au long de la chaîne de production et du cycle de vie du produit.

Réduire l’empreinte carbone de chaque étape de production et d’exploitation des batteries

Le but est de « verdir » chaque étape de création et d’exploitation de ces batteries Lithium-Ion « made in Europe ».

Cela commence dès l’exploitation minière des matières premières nécessaires à leur fabrication, se poursuit dans le transports de ces matières premières vers les usines d’assemblage, puis dans la production industrielle elle-même, qui doit faire la part belle aux énergies vertes et aux processus industriels doux pour l’environnement. Il s’agira ensuite de disposer intelligemment ces méga-usines fabricant les batteries, pour limiter l’empreinte carbone de leur transport jusqu’aux usines de véhicules électriques.

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La conception même des batteries doit permettre de réduite l’utilisation de composés polluants ou difficilement recyclables, d’améliorer considérablement leur efficacité et, surtout, leur durée de vie.

Généraliser la seconde vie et améliorer le recyclage

La feuille de route se propose également de généraliser la réutilisation des batteries usagées : dès lors qu’elles n’ont plus la puissance suffisante pour faire avancer un véhicule électrique, elles doivent obtenir une « seconde vie » sous forme de batteries de stockage stationnaire (dans l’habitat ou les bureaux, relié à des sources d’énergies renouvelables intermittentes, dans les stations de recharge de véhicule électrique…). Bruxelles demande ainsi aux différents acteurs engagés dans l’Alliance d’investir et partager les coûts de recherche sur un cadre précis qui faciliterait cette « seconde vie ».

Une chaîne industrielle de recyclage performante doit également impérativement être mise sur pied, afin de créer une économie circulaire autour de ces batteries.

L’ensemble des dispositions proposées par l’Alliance concourt à ce vaste objectif – qui se cristallise dans la volonté de mettre en place un label européen pour les batteries, assurant qu’elles ont été produites et seront recyclées suivant ces principes. Il est résumé ainsi par Maroš Šefčovič : « approvisionnement durable et responsable en matières premières; processus de production basé sur l’énergie propre; recyclabilité et seconde utilisation : je suis convaincu que cela devrait être la base de notre avantage concurrentiel mondial ».

Mettre en place des normes et un label d’excellence

Certaines recommandations dépassent par ailleurs ce cadre. C’est le cas de la volonté de mettre en place des normes européennes pour ces batteries lithium-ion, afin de « faire disparaître les écarts de standardisation en matière de performance, de sécurité, de réutilisation et de recyclage ». La Commission voudrait également faire appliquer ces règles de conformité européenne aux batteries et composants étrangers importés en Europe.

L’Union veut également, fort logiquement, simplifier l’obtention du feu vert et de permis pour l’exploitation minière des matières premières nécessaires à la fabrication « sans mettre en danger la protection environnementale ». Elle souhaite sécuriser l’accès à ces matières premières en créant rapidement une filière européenne et en utilisant des accords commerciaux avec des pays tiers.

Convaincre les constructeurs automobiles et les industriels européens

Le volet financier n’a pas été oublié, puisque la feuille de route recommande de mettre en place très rapidement les financements nécessaires à la formation de la main-d’oeuvre, en utilisant des fonds européens, et d’offrir des facilités fiscales pour encourager le déploiement rapide des méga-usines envisagées.

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Mais, au-delà de cette ambitieuse feuille de route, la réussite de ce plan passe d’une part par l’engagement rapide et fort des constructeurs automobiles européens dans la mobilité électrique, et d’autre part par la création, là aussi rapide, de ces fameux consortiums permettant une mise en production dans des délais réduits.

Saft a formé une alliance pour développer des batteries Lithium-Ion « nouvelle génération »

En la matière, une union est déjà en train de se mettre en place, porteuse d’un potentiel conséquent. Saft, filiale à 100% du groupe Total, spécialiste des batteries haute technologie, vient de former une alliance avec plusieurs partenaires européens, dont le spécialiste belge de la chimie et des matériaux Solvay, l’allemand Manz, leader européen des équipements pour cellules de batteries et assemblage de modules, ainsi que l’allemand Siemens, qui apportera ses solutions d’automatisation pour les sites de production.

Ce consortium va développer un programme de recherche, de développement et d’industrialisation d’une nouvelle génération de batterie Lithium-Ion, à haute densité et « tout solide », pour les marchés de l’électro-mobilité, du stockage d’énergie et des industries spécialisées. L’objectif est de créer des batteries plus performantes, moins onéreuses et plus sûres que les batteries Lithium-Ion actuelles : de quoi damer le pion aux industriels asiatiques ou américains.

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Vers des batteries plus performantes, moins onéreuses et plus sûres

« Saft affiche 100 ans d’expérience en recherche, développement et fabrication de cellules et batteries industrielles ultra performantes, dont plus de 25 dans la technologie lithium-ion. Ce programme a pour ambition de créer la batterie du futur et, dès que le développement de la technologie « tout solide » aura abouti, l’industrialisation de blocs évolutifs d’une capacité d’1 GWh sera lancé » a déclaré Ghislain Lescuyer, directeur général de Saft.

Parmi les autres fleurons européens sur lesquels veut s’appuyer l’Alliance des batteries, la Commission cite la Finlande, pour son savoir-faire industriel dans l’extraction et le traitement de métaux précieux, la Suède, seul pays à posséder actuellement une ligne de production industrielle de batteries Lithium-Ion, ou l’Allemagne, dont le secteur automobile dispose d’un énorme potentiel de recherche et développement. Les années à venir seront décisives pour la réussite d’un projet d’envergure, qui pourrait changer le visage énergétique et industrielle de l’Union Européenne toute entière.

 

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