Il aura fallu des mois de négociation, mais le Parlement Européen et le Conseil Européen ont fini par valider la révision de la directive « énergies renouvelables », fixant un nouvel objectif de 32% de renouvelables dans le mix énergétique européen en 2030. Une belle avancée, mais qui ne suffira pas à elle seule.

Les couloirs des instances européennes bruissaient depuis des mois des tractations sur la révisions de deux directives-clés pour la réussite des objectifs climatiques de l’Union : celle des énergies renouvelables et celles de l’efficacité énergétique.

Des directives à réviser pour atteindre les objectifs climatiques

L’une et l’autre fixaient, dans leurs version de 2014, des temps de passage (27% d’énergies renouvelables en 2030 et augmentation de l’efficacité énergétique de 27% d’ici 2030) ne permettant pas de limiter le réchauffement climatique sous les 1,5 °C : « Ce qui est sur la table n’est pas suffisant, actuellement, nous nous dirigeons vers 3°C ou 3,5°C.  Le climat doit être au centre de la politique » a ainsi déclaré Eva Svedling, secrétaire d’État suédoise pour l’action climatique.

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Le “paquet énergie propre”, dans sa version de 2014

Obtenir un consensus politique n’a pourtant pas été une tâche aisée. Pour être validée, la révision de ces directives doit être acceptée conjointement par le Parlement Européens et par le Conseil Européen.

Un Parlement plutôt ambitieux, un Conseil freiné par les Etats dépendants des hydrocarbures

La première instance, qui regroupe l’ensemble des eurodéputés élus par tous les pays européens, est plutôt favorable à une politique climatique ambitieuse : en janvier 2018, le Parlement avait proposé de relever les ambitions à 35% en 2030 pour les deux directives, point de passage nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Une récente étude a d’ailleurs révélé qu’atteindre les 33% de renouvelables et d’amélioration d’efficacité énergétique permettrait de réduire, dès 2030, les émissions de gaz à effet de serre de l’Union de 46%.

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Mais le Conseil Européen regroupe, lui, des représentants des gouvernements de tous les Etats des 28, et les défenseurs des énergies fossiles y sont beaucoup plus nombreux. C’est notamment le cas d’une majorité des pays du Centre et de l’Est de l’Europe, qui veulent protéger leurs systèmes énergétiques qui reposent largement sur les hydrocarbures, et leur production d’électricité à partir de centrales thermiques au charbon.

La France en chef de file de l’ambition renouvelable

En face, d’autres Etats défendent une politique nettement plus ambitieuse : mi-avril, des représentants des gouvernements de la Finlande, de la Suède, des Pays-Bas, du Portugal, du Luxembourg, de l’Allemagne et de la France, réunis à Paris, faisaient part de leur détermination à relever les objectifs européens en la matière. Avec, en point de mire, la refonte du marché du carbone européen, ainsi que les deux directives sur les renouvelables et l’efficacité énergétique.

« L’Union européenne doit se doter d’un objectif ambitieux pour 2050 et d’une stratégie pour l’atteindre. Nous sommes très désireux d’y contribuer. Le marché européen des quotas d’émissions doit rester au cœur de notre politique climatique et devrait être renforcé afin de pouvoir remplir pleinement ce rôle » a notamment affirmé Kimmo Tiilikainen, ministre de l’Environnement finlandais.

Il est rejoint en cela par Brune Poirson, secrétaire d’Etat française au ministre de la Transition Ecologique : « Aujourd’hui, nous avons montré notre volonté de nous battre en faveur du climat, en faveur d’un objectif de neutralité carbone. Le but était de s’assurer que nous sommes sur la bonne trajectoire en fixant des paliers avant 2050 ».

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Quand l’Allemagne devient sceptique, mais que l’Italie et l’Espagne défendent des objectifs élevés

En arrivant mi-juin 2018 à la table des négociation entre représentants du Parlement et du Conseil, les tenants d’une politique volontariste avaient appris deux bonnes et une mauvaise nouvelle. La mauvaise nouvelle était le volte-face de l’Allemagne. En effet, le 11 juin, lors d’une réunion du Conseil Européen, le ministre allemand à l’Energie a estimé que fixer un objectif au-delà des 32% de renouvelables était parfaitement irréaliste : « si les électeurs européens ne font plus confiance aux politiques, c’est notamment à cause d’ambitions « irréalisables » sur les renouvelables » a critiqué Peter Altmaier.

En revanche, les deux bonnes nouvelles sont les nouveaux gouvernements désormais au pouvoir en Espagne et en Italie. Si, du coté de Rome, l’alliance entre La Ligue et le Mouvement Cinq Etoiles est souvent cataloguée comme d’extrême-droite, elle a défini une politique énergétique faisant la part belle à la transition énergétique, en choisissant notamment un ministre de l’environnement, Sergio Costa, particulièrement progressiste en la matière.

En Espagne, l’arrivée au pouvoir du socialiste Pedro Sanchez a définitivement rangé le pays du coté des ambitieux en matière climatique : lors de ce même Conseil Européen du 11 juin, Teresa Ribera, nouvelle ministre espagnole de la transition énergétique, a défendu un objectif de 35% de renouvelables en 2030.

Un consensus plutôt ambitieux pour la directive « renouvelables », un surplace pour l’efficacité énergétique

C’est dans ce contexte que les représentants du Parlement et des Etats européens ont débattu, le 13 juin, durant toute une journée et presque toute la nuit, afin de trouver un accord. Et, à 4 heures du matin, les eurodéputés pouvaient exulter : la révision de la directive « renouvelables » était actée, avec l’objectif de 32% pour 2030, qui a surpris de nombreux observateurs par son ambition.

Sachant que le poids de l’Allemagne empêchait, quoiqu’il arrive, de dépasser ce 32%, ce chiffre semblait le maximum atteignable lors de cette réunion.

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En revanche, concernant la directive sur l’efficacité énergétique, les représentants ne sont pas parvenus à un accord – même si les tenants d’un chiffre identique à celui des renouvelables se montrent optimistes en vue des futures négociations qui devraient reprendre dans quelques semaines. Car, sans une ambition équivalente en terme d’efficacité énergétique, augmenter la part des renouvelables aura une efficacité limitée sur les changements climatiques.

Une victoire à confirmer, mais qui rend optimiste

C’est en cela que cette victoire – car c’en est une – ne permet pas de se reposer sur ses lauriers. Pour qu’elle se concrétise, il faudra que les différentes politiques, européennes et étatiques, se mettent rapidement en place pour atteindre cet objectif, qui, rappelons-le, est global pour l’ensemble de l’Union. Les instances européennes n’ont pas, à l’heure actuelle, de moyen de pression sur les Etats pour qu’ils respectent individuellement des objectifs.

Mais, même si de nouvelles batailles, âpres et complexes, arrivent, la réussite de cette révision a de quoi rendre optimiste.

 

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