L’île d’Ouessant, comme ses voisines Molène et l’île de Sein, est engagée dans un processus de transition énergétique volontariste, intégrant nouvelles énergies renouvelables (EnR), solutions de stockage et pilotage par un smart grids. Des offres « heures creuses EnR » ont déjà été proposées aux particuliers par ce projet pilote. Découverte.

A l’extrême ouest du territoire métropolitain, au large du Finistère, se dressent trois îles prises dans les vagues de l’Atlantique, Ouessant, Molène, Sein. Elles ont la particularité de n’être pas raccordées au réseau électrique national, à l’inverse des autres îles de la façade atlantique (Bréhat, Batz, Groix, Belle-Île, Houat, Hoëdic, Arz, l’île aux Moines).

Des îles non-interconnectées, à l’électricité fossile, chère et polluante

Ces Zone Non-Interconnectées (ZNI) se sont positionnées à la pointe de la transition énergétique, car elles ont historiquement un mix énergétique émettant beaucoup de gaz à effet de serre. En effet, n’étant pas connectées au réseau national, elles doivent produire elles-mêmes l’intégralité de leur électricité, le plus souvent avec des centrales au fioul ou au charbon, une solution catastrophique d’un point de vue écologique et économique.

Ces centrales insulaires ont en effet des coûts de production et de maintenance qui dépassent celles des installations continentales. Avant la transition énergétique, Ouessant se reposait exclusivement sur une centrale au fioul à quatre groupes, l’île de Sein sur un puissant groupe électrogène, installé au pied du phare et dont la consommation dépassait les 400 000 litres de fioul annuel.

« 50 % d’énergies renouvelables d’ici à 2023 et 100 % d’ici à 2030 »

De plus, ces îles de l’Atlantique disposent d’un important potentiel en terme d’EnR, qu’il s’agisse de solaire, d’éolien ou d’énergies marines. Les trois îles ont donc décidé de s’engager pleinement dans la transition énergétique, avec un objectif de neutralité carbone en 2030. « Nous visons désormais un objectif de 50 % d’énergies renouvelables d’ici à 2023 et 100 % d’ici à 2030 », annonce Denis Palluel, maire d’Ouessant et président de Association des îles du Ponant (AIP), qui pilote cet ambitieux projet.

L’AIP est lauréate de l’appel à projet national “Territoire à Énergie Positive pour la Croissance Verte” (TEPCV) pour les îles du Finistère. Ouessant, de son coté, a remporté l’appel à projet de la Région Bretagne “Boucle Énergétique Locale” (BEL). L’ensemble du projet a été intégré à SMILE, le Réseau Electrique Intelligent des régions Bretagne et Pays-de-la-Loire.

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Ouessant (850 habitants) et l’île de Sein (250 habitants) se sont ainsi engagées dans plusieurs chantiers énergétiques, menés de front : réduire la consommation d’énergie des îles ; produire une énergie locale via les EnR ; développer la mobilité électrique ; sensibiliser les populations à la transition énergétique ; déployer des smart grids.

Un plan d’efficacité énergétique déjà couronné de succès

Du coté de la consommation, Ouessant a réalisé en trois ans un impressionnant plan d’optimisation énergétique. L’isolation de 95% des bâtiments de Ouessant a ainsi été renforcée, afin de réduire la consommation des radiateurs électriques. Des aides ont incité les habitants à remplacer leurs appareils ménagers, notamment les congélateurs et réfrigérateurs, par des modèles plus économes.

Sur l’île de Sein, une école désaffectée a été transformée en quatre logements sociaux à haute performance énergétique – un projet primé par l’ADEME. Dix autres logements devraient être ainsi rénovés, permettant à eux seuls de réduire la consommation de fioul de 4%.

Sur les deux îles, les autorités ont distribué gratuitement des ampoules LED basses consommation pour équiper l’ensemble des foyers et ont converti l’éclairage public aux LED. « L’idée, c’est de protéger la terre, à notre petit niveau », déclare une habitante d’Ouessant, convaincue.

Ouessant : valoriser les courants marins, en attendant de pouvoir installer des éoliennes

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Parallèlement, Ouessant et l’île de Sein se sont lancées dans une large valorisation de leur potentiel d’EnR. Ouessant a ainsi installé une hydrolienne de 250 kW, produite par l’entreprise finistérienne Sabella, exploitant le Fromveur (zone de courant très violent située en mer d’Iroise, entre l’archipel de Molène et l’île d’Ouessant), qui produit environ 500 MWh par an.

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D’ici la fin de l’année 2018, une centrale photovoltaïque, installée sur le toit de la salle polyvalente de l’île, devrait entrer en service. Des éoliennes sont en projet, même si la loi littoral empêche pour l’heure leur installation à proximité des côtes : il faut « déverrouiller certains freins techniques, mais surtout réglementaires », prêche Denis Palluel. Il a été entendu : la loi ELAN, qui devrait être adoptée d’ici fin 2018, favorise l’installation d’éolienne sur les îles de petite taille et devrait lever ce frein.

Un projet multi-EnR pour atteindre 76% d’électricité renouvelable à Ouessant

L’île s’appuie également sur le programme Phares (Progressive Hybrid Architecture for Renewable Energy Solutions in Islands), qui vise à combiner dans un même projet un smart grids ainsi que les énergies photovoltaïque, éolienne et hydrolienne. Dans ce cadre, d’autres panneaux photovoltaïques devraient être installés, ainsi que deux nouveaux modèles d’hydroliennes, qui seront immergées en 2021 : « Elles auront la même puissance que la première (1 MW), mais devraient produire davantage car elles disposeront d’un rotor plus important », explique Jean-François Daviau, patron de Sabella.

La réalisation complète de ce programme devrait permettre à Ouessant d’atteindre les 76% d’électricité renouvelable dans son réseau.

L’île de Sein : un grand plan photovoltaïque, avant une éolienne géante

En terme d’EnR, l’île de Sein avance encore plus vite que Ouessant, notamment du coté du solaire : la centrale photovoltaïque de l’Ecloserie (86,6 kWc) est opérationnelle depuis 2017, ainsi que des panneaux photovoltaïques installés en toiture des bâtiments. Elle couvre ainsi déjà 11,7% de ses besoins énergétiques avec les EnR.

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L’île attend elle aussi avec impatience la levée des freins réglementaires, afin de pouvoir concrétiser son projet d’une éolienne de 35 mètres de 200kWc, située à proximité du phare, pouvant produire 250 kWh. Cette éolienne permettrait à elle seule de couvrir 50% des besoins de l’île en électricité. Couplé à des projets photovoltaïques, elle rapprocherait fortement l’île de Sein de son objectif de 100% de renouvelables en 2030.

Des émissions de CO2 en baisse de 26%

Au total, depuis le lancement du programme de transition énergétique en 2015, les trois ZNI (Ouessant, Molène, Sein) ont économisé cinq fois plus de courant que ce qui était prévu, soit 637 m2 de fioul de moins – une réduction des émissions de CO2 de serre de 26%.

Mais, pour convertir pleinement ces îles aux EnR, elles doivent s’appuyer sur des smart grids et obtenir le soutien de leurs populations. Sur ce front aussi, elles ont de belles réussites à présenter, que nous découvrirons demain, dans la fin de notre étude.

 

 

 

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