Stockage de l’électricité par batterie (2) : quelles applications en France ?

Second volet de notre panorama des techniques de stockage d’électricité par batterie, cette fois centré sur la France. Car si de nombreux freins existent ou ont pu exister au développement du stockage par batterie en France, une volonté politique forte ne cesse de faire évoluer les choses. Comme souvent à la pointe de la recherche et de l’expérimentation dans ces technologies encore jeune, la France peut s’imposer dans les années qui viennent comme un leader du stockage par batterie.

Fin avril 2017, Yélé Consulting, un cabinet spécialisé dans les smart grids, la transition énergétique et les technologies numériques, publiait une étude sur le stockage de l’électricité par batterie. Après avoir fait le point sur ces technologies, nous allons étudier leurs applications en France.

Des freins existent au développement du stockage par batterie en France

Ce système de stockage n’est pas encore très développé dans notre pays. La raison principale est économique. Le coût des batteries demeurent élevé, n’assurant pas de retour sur investissement à court terme – il se combine, en France, à un prix de l’électricité relativement bas, n’incitant pas les particuliers ou les professionnels à investir dans cette technologie.

Au-delà du frein économique, d’autres raisons ralentissent le développement de cette solution de stockage. Elles sont d’abord d’ordre technique, liées à la performance des batteries, à leur sécurité et à leur durée de vie, encore insuffisantes pour les imposer, mais qui s’améliorent à chaque nouvelle génération de batterie. Elles sont également d’ordre administratif, l’absence de norme de stockage en France rendant parfois complexe les choix des particuliers et des industriels.

Un contexte désormais favorable

Mais la majorité de ces freins sont en passe d’être dépassés par un contexte aujourd’hui favorable. La loi relative à la Transition énergétique pour la croissance verte prévoit de faire passer la part d’énergies renouvelables en France à 32% à l’horizon 2030 : les autorités publiques poussent au développement des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire – deux énergies intermittentes, qui ne produisent pas de l’électricité tout le temps et ont des pics et des creux de production.

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Disposer d’un moyen de stockage de l’électricité est capitale pour étendre l’utilisation de ces énergies – de façon à ce que le surplus produit par une éolienne dans un moment de vent très fort puisse être utilisé plus tard, quand le vent et la production électrique sont nuls.

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Par ailleurs le prix de l’électricité a tendance à augmenter, de 27% entre 2010 et 2015, pendant que le coût des batteries baisse : Bloomberg New Energy estime cette baisse, pour les batterie Lithium-Ion, à 77% entre 2010 et 2018. Surtout, ces deux tendances devraient se poursuive dans les années et sans doute les décennies à venir, faisant sauter, à moyen terme, le frein économique.

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Une volonté politique forte de soutenir cette filière naissante

Car les initiatives prises en France depuis quelques années pour soutenir le stockage de l’électricité par batterie sont nombreuses, et laissent espérer un bel avenir pour cette technologie. Au niveau politique notamment, de nombreuses initiatives de soutien sont à noter. En 2013 le gouvernement a lancé le plan « Autonomie et Puissance des Batteries », qui vise à structurer et consolider une filière française complète de stockage par batteries.

Parallèlement, plusieurs appels à projet du Programme d’Investissement d’Avenir de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), doté en tout de 3, 3 milliards d’euros, impliquent des systèmes de stockage par batterie.

Avant même le lancement de ce programme, les autorités, soutenues par des industriels, ont lancé de nombreuses expérimentations de réseaux intelligents incluant des techniques de stockage par batterie.

En métropole, ces démonstrateurs incluent systématiquement des batteries Lithium-Ion, que ce soit les projets Nice Grid et Venteea (région Grand Est) pilotés par Enedis, le démonstrateur IssyGrid, piloté par Bouygues Immobilier ou la Smart Grid Experience d’Occitanie, pilotée par Engie. En zones insulaires, d’autres types de batterie sont testées, les batteries Sodium-Souffre du projet PEGASE de la Réunion (piloté par EDF) et la pile à combustible en Corse, pour le projet MYRTE (piloté par Areva).

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Grands groupes et start-up au rendez-vous

Les industriels français s’impliquent aussi par des investissements conséquents dans ce secteur. Total a ainsi racheté le constructeur de batterie Saft, en 2016, pour 950 millions d’euros, pendant qu’Engie et EDF investissent largement dans des sociétés spécialisées dans le stockage par batterie.

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Dans le même temps, la French Tech voit se développer un nombre croissant de start-up spécialisées dans la collecte des données énergétiques et du pilotage de l’énergie, permettant le développement de solutions matérielles et logicielles indispensables à l’intégration efficace d’une technologie de stockage d’électricité à l’échelle d’un site industriel ou d’un bâtiment.

Une implication nécessaire des pouvoirs publics pour créer une véritable filière

Tous ces éléments prouvent que de nombreux acteurs, en France, soutiennent cette technologie et parient sur son avenir, et que la mise en place d’une filière française de stockage par batterie est proche, si les pouvoirs publics continuent de la soutenir. Pour cela, il semble nécessaire de basculer rapidement, sans attendre la rentabilité, de l’expérimentation à l’industrialisation, notamment pour les zones insulaires.

En raisonnant sur le long terme, investir massivement dans cette filière est un pari qui ne semble pas si risqué, et qui sera créateur d’emplois, de croissance, de compétitivité, tout en soutenant l’indispensable transition énergétique dans laquelle la France s’est engagé.

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