Avec plus d’un million de véhicules électriques ou hybrides rechargeables vendus dans le monde l’an dernier, le secteur des transports accélère sa conversion aux solutions propres. En France aussi, la mobilité électrique se prépare à un essor imminent, même si les recommandations issues de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) restent encore floues.

Encore marginaux il y a cinq ans, les véhicules électrifiés commencent à gagner des parts de marché conséquentes à travers le monde. Entre 2013 et 2017, leur nombre a été multiplié par 10 pour atteindre 3,1 millions d’unités – dont deux tiers 100 % électriques – à la fin de l’année dernière, qui a vu les ventes dépasser le million. Sur 1,1 million de véhicules électriques ou hybrides rechargeables écoulés en 2017, soit une croissance de 57 % par rapport à 2016, plus de la moitié l’a été en Chine (580 000), où il s’en est vendu plus de deux fois plus qu’aux États-Unis (280 000). Dans l’Empire du Milieu, qui abrite 40 % du parc mondial de véhicules électrifiés (1,23 million), cette hausse de 72 % traduit un virage décisif intervenu ces dernières années pour lutter contre les méfaits dévastateurs de la pollution massive dans ses métropoles. Proportionnellement au nombre d’habitants, les transports propres ne sont toutefois pas les plus populaires en Asie, ni en Amérique, mais en Europe, où la Norvège mène de loin la danse avec 39,2 % de parts de marché pour les ventes de véhicules électriques en 2017. Suivent l’Islande (12 %) et la Suède (6,3 %), contre seulement 2,2 % pour le parc automobile chinois, qui devance cependant le Royaume-Uni et la France (1,7 %), ainsi que l’Allemagne (1,6 %), les États-Unis (1,2 %) et le Japon (1 %). L’an dernier, 100 000 bus électrifiés se sont également vendus dans le monde, ainsi que 30 millions de deux-roues, dont là aussi l’immense majorité en Chine, où les motos et scooters thermiques sont par exemple interdits à Shanghai.

La France décidée à rattraper son retard

En retrait dans les classements mondiaux, la France affiche néanmoins une réelle volonté de montée en puissance de la mobilité électrique sur son territoire. D’ici 2022, le gouvernement a annoncé ce 22 mai vouloir multiplier par cinq les ventes de véhicules 100 % électriques pour atteindre 150 000 (utilitaires compris), contre seulement 30 000 l’an dernier. Dans le cadre du « contrat stratégique de la filière automobile » élaboré par les ministères de l’économie, de l’environnement et des transports, l’État français entend d’ici là totaliser 600 000 véhicules électriques en circulation, ainsi que 400.000 hybrides rechargeables, soit un total d’un million de véhicules électrifiés. Pour que ce modèle soit viable, 100.000 bornes de recharge devront être installées dans 5 ans, soit une pour 10 véhicules, affirme Matignon. Mais tandis que la mobilité électrique semble essentielle pour réduire l’impact environnemental des transports dans l’Hexagone, à l’origine de 45 % des émissions de C02 (pour 30 % des consommations d’énergie finale), le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et celui de la Transition énergétique et solidaire, Nicolas Hulot, ont choisi au même moment d’annoncer l’expérimentation de véhicules autonomes dès 2019 et de présenter un Plan hydrogène à 100 millions d’euros. De quoi reléguer – à tort – l’électrique au rang de technologie déjà dépassée alors qu’elle commence à peine à déployer ses ailes en France. Et que l’alimentation par hydrogène décarboné nécessite trois fois plus d’électricité que par batteries, rappelle EDF dans son cahier d’acteur sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

Mobilité électrique : un plan de bataille en quatre axes

Pour installer durablement les véhicules électriques sur les routes françaises, l’État veut jouer un rôle de « stratège » en développant quatre axes majeurs dans le cadre du débat public autour de la PPE pour les 10 prochaines années. À l’instauration d’un calendrier réglementaire imposant une distance minimum d’autonomie électrique et d’efficacité énergétique, ce dernier doit également veiller au développement de l’infrastructure en pilotant, notamment, la vitesse de recharge des véhicules en fonction du moment de la journée, recommande Jean-François Simon dans sa contribution personnelle. Dans ce domaine, plusieurs mesures sont déjà proposées par les autorités, comme l’intégration systématique d’équipements de recharge dans toute construction équipée d’un parc de stationnement ou encore l’attribution d’aides financières à l’installation de bornes. Selon l’influente association Équilibre des énergies (EdEn), 4 millions de points de recharge devront être installés en France d’ici 2028, contre environ 180 000 aujourd’hui dont seulement 23.000 accessibles au public… Pour cela, le développement de stations de recharge rapide commence à prendre forme en France, à l’image des 62 superchargeurs très haut débit de l’Américain Tesla ou des 200 bornes haut débit du réseau Corri-Door déployé sur les autoroutes françaises par Sodetrel, une filiale d’EDF, à raison d’une tous les 80 km. Autre axe-clé de l’essor de la mobilité électrique : l’investissement de l’État dans la recherche pour produire des batteries plus résistantes et moins chères, qui doit s’accompagner d’incitations à l’abandon progressif des ventes de véhicules thermiques par les politiques publiques, comme l’ont fait les Pays-Bas à l’horizon 2030, l’Écosse pour 2032, ainsi que la France et le Royaume-Uni d’ici 2040. La Norvège, quant à elle, a annoncé son intention d’atteindre 100 % des ventes de véhicules électriques en 2025, sans toutefois interdire ceux à carburant…
Enfin, le quatrième volet pour accélérer l’électrification du parc automobile français pourrait consister à imposer aux constructeurs un quota de ventes de véhicules électriques, ainsi que le recommande l’organisme d’études France Stratégie. Cette mesure, complémentaire au dispositif de bonus-malus mis en place depuis 2008 auprès des particuliers, est l’une des dernières à s’inviter au débat sur la PPE, qui prend fin le 30 juin.

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