Depuis 2015, Enedis (ex ERDF) déploie ses compteurs communicants Linky sur le sol français. Pilier du développement des smart grids et des smart cities dans l’Hexagone, le compteur Linky ne fait pourtant pas que des heureux. Les installateurs du compteur communicant rencontrent en effet certaines difficultés.

Pour en savoir plus, la Rédaction des Smart Grids est allée à la rencontre de M. Houari, 46 ans, électricien de formation et employé de la société Solutions 30, chargée d’une partie du déploiement des compteurs communicants Linky en France.

Depuis combien de temps êtes-vous poseur de compteurs Linky

J’ai commencé en février 2016. Mon entretien d’embauche a eu lieu en décembre 2015 et j’ai tout de suite été envoyé en formation pendant trois semaines. Étant électricien de formation, j’ai dû compléter trois des quatre modules. Ensuite, une seconde formation complémentaire de 48 heures m’a été prodiguée.

Je me souviens, à l’époque, je n’avais pas encore en tête l’importance du déploiement des compteurs Linky. J’avais des appréhensions surtout d’ordre technique : compteurs communicants, smart grids, transition énergétique, etc.  C’était des concepts avec lesquels je n’étais pas familier.

Rencontrez-vous des difficultés particulières sur le terrain

Oui, et il faut dire que nous ne nous y attendions pas du tout. Je travaille pour Solutions 30, une entreprise qui a décroché environ 30 % du marché en France. Ainsi, sur les 35 millions de compteurs qui seront posés, Solutions 30 a la charge d’un peu plus de dix millions d’entre eux. Nous intervenons un peu partout en France et nous pouvons également intervenir sur un marché qui connaît des retards ou des difficultés, afin d’aider. Je suis ainsi allé à Mulhouse et Thionville, et cela m’a permis de noter des disparités entre les marchés au niveau technique, mais aussi au niveau de la clientèle.

Dans le Nord, nous avons une clientèle particulièrement difficile. Je ne sais pas à quoi cela est dû, mais je pense que la paupérisation, la misère et l’absence d’information contribuent à ces difficultés. Les gens ne comprennent pas forcément la démarche et il suffit d’un post Facebook alarmiste pour qu’ils s’imaginent le pire. Les groupes anti-Linky sont actifs, certains clients ont peur, ils posent souvent les mêmes questions. Il faut donc les rassurer.

Au contraire, d’autres clients sont très sympathiques et parfois même demandeurs du compteur Linky. Ils sont intéressés et nous posent de nombreuses questions sur les fonctionnalités qu’il propose, la manière de l’utiliser, etc. L’intervention se transforme alors en un véritable échange, ce qui est vraiment agréable.

Avez-vous déjà été victime de comportements violents

Oui, j’ai été agressé une fois dans la ville de Quiévrechain. Je m’occupais d’un compteur accessible, c’est-à-dire un compteur qui se situe en dehors de l’habitation et qui se change sans rendez-vous. Évidemment, avant de commencer, nous nous présentons auprès de l’occupant du logement pour l’avertir de l’intervention. De mon côté, je prends également toujours la peine de téléphoner. Dans le cas présent, la propriétaire de la maison avait fermé sa grille donc je n’ai pas pu aller frapper à sa porte. Je lui ai téléphoné, mais je n’ai pas obtenu de réponse, j’ai donc commencé mon intervention.

Au bout de 20 minutes, la personne est sortie et s’est mise à m’injurier. Je lui ai expliqué que l’ancien compteur avait déjà été enlevé, ce qui m’obligeait à terminer mon intervention. Elle a alors appelé quelqu’un de son entourage qui est arrivé quelques minutes après, et il s’est lui aussi mis à m’insulter. J’ai dû appeler mon chef qui s’est rendu sur place avec la police municipale, la police nationale et les gens de la mairie. C’était invraisemblable comme situation…

Comment réagissez-vous dans ces cas-là

Nous sommes là, juste pour faire notre travail. Nous ne sommes pas décideurs. Les gens mélangent un peu tout et la deuxième personne présente lors de cette intervention était violente. L’homme ne m’a pas touché, mais il a frappé sur la porte du coffret qui rebondissait sur moi. J’ai essayé de terminer mon intervention le plus vite possible pour échapper à cette situation. Ils m’ont mis en danger et se sont également mis en danger. Nous sommes désarmés face à ça : si une personne lève la main sur nous, il nous est interdit de nous défendre. Nous avons pour consigne d’aller nous réfugier dans notre véhicule et d’appeler la police et nos supérieurs.

D’autres poseurs de compteurs vous ont-ils déjà relaté des faits de violence

Oui, c’est malheureusement très courant.

Vous attendiez-vous à ce type de réactions

Non, nous ne nous attendions pas à une telle nervosité. Nous ne forçons pas la pose des compteurs, nous ne cassons pas les cadenas, nous ne franchissons pas les barrières, mais nous sommes pris pour des voyous. C’est malheureux…

D’ailleurs à ce sujet, un document censé provenir d’Enedis et expliquant la « conduite à tenir » s’il y a une grille ou un cadenas interdisant l’accès au compteur a circulé chez les anti-Linky. Pourtant, personne, chez nous, n’a jamais eu ce document entre les mains. C’est de la désinformation. Nous sommes dans l’ère des fake news, des manipulations, et les anti-compteurs Linky prospèrent ainsi. Ils se rendent coupables d’approximations, ils mélangent beaucoup de choses. La plupart ne savent pas toujours très bien de quoi ils parlent et un individu comme Stéphane Lhomme envenime les choses. Résultats, nous sommes jugés avant même d’arriver sur le terrain.

Malgré tout, avez-vous le sentiment d’œuvrer pour une bonne cause, la transition énergétique

C’est venu par la suite, à force de me documenter. J’ai aujourd’hui le sentiment de faire quelque chose d’utile, même si ce n’est pas compris tout de suite. Il y a un exemple qui a été donné par le patron du projet Linky, Bernard Lassus, et que j’aime bien citer : c’était lors d’une audition à l’Assemblée nationale, il me semble. Il a comparé Linky au tri sélectif. Ce dernier a mis du temps à entrer dans les mœurs, les gens s’y sont mis progressivement. C’est pareil pour Linky, le grand public ne connaît pas bien cet outil, les personnes qui ont déjà le compteur ne s’en servent pas toujours de manière optimale, mais ça va venir. Les usages vont changer, les énergies renouvelables se développent, la voiture électrique arrive. Il va falloir piloter un réseau qui évolue. La production ne va pas être assurée de la même manière que pour une centrale nucléaire. Il va falloir préparer tout ça et le compteur Linky trouve toute son utilité dans cet environnement en pleine mutation.

1 COMMENTAIRE

  1. Ce compteur, pourtant assez banal, a le malheur de se trouver dans l’environnement immédiat des gens. Or la défiance contre le monde politique et économique atteint des sommets. Pour le consommateur lambda le compteur électrique est au fond du placard et ne présente aucun intérêt. EDF n’a pas su le convaincre qu’il apporterait quelque chose de plus. L’argument du consommateur qui va zyeuter son compteur pour faire des économies est perçu comme une chose surréaliste. EDF a probablement commis une erreur en l’habillant de jaune fluo avec un nom très marketing. Peut-être aurait peut-être fallu au contraire le banaliser au grand dam du marketing (de toute façon il est obligatoire à quoi rime d’en faire une danseuse !). Résultat, il cristallise les mécontentements sociétaux. Comme tout bouc émissaire, on lui attribue tous les malheurs du monde. La plupart des arguments avancés à son encontre sont faux mais le mal est fait.

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