La France est actuellement sous-équipée en stockage de l’électricité par batteries, tant pour les particuliers que pour les fermes de grande capacité. Pourtant, la baisse des coûts promet une rentabilité à moyen terme qui pousse aux investissements, au moins pour les grandes unités de stockage. Reste à savoir si le gouvernement français a vraiment envie de soutenir cette filière…

Nous avons vu, dans la première partie de notre étude, que le stockage par batteries était promis à un bel avenir. Déjà largement implanté dans certains pays, il balbutie en France, en grande partie à cause de coûts trop élevés. Mais les analystes estiment que ces coûts devraient considérablement baisser dans les années à venir, grâce aux économies d’échelle induites par l’augmentation de la production.

Les batteries, meilleure solution à moyen terme pour stocker l’électricité

Par ailleurs, des équipes de chercheurs s’activent aux quatre coin du globes pour mettre en place de nouvelles batteries, alternatives plus économiques et plus écologiques aux Lithium-Ion. Ces dernières souffriront toujours, surtout à moyen et long terme, d’utiliser un métal rare, le lithium, et d’être très polluantes en fin de vie et extrêmement difficiles à recycler.

Les batteries sont donc la solution la plus évidente pour stocker l’électricité, dans les installations d’autoconsommation individuelle ou pour soutenir le réseau électrique par des unités de grande capacité. Partout dans le monde, de nombreux groupes énergétiques ou gestionnaires de réseau investissent largement dans les solutions de stockage utilisant des batteries.

La France est d’ailleurs à la pointe de la recherche sur le stockage de l’électricité. De nombreux démonstrateurs smart grids testent ainsi des solutions de stockage innovantes. Une majorité des territoires insulaires (notamment en Outre-Mer) industrialisent ces solutions : dans ces zones non interconnectées le stockage est une nécessité pour ne plus dépendre des importations de combustibles fossiles.  Sur l’ensemble de ces projets, un grand nombre utilisent des batteries.

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Fermes de batteries : une industrialisation qui commence en France

L’industrialisation commence à peine. Mais l’éclosion de projets d’ampleur prouve que cette technologie prend son essor en France. Ainsi, Neoen, le groupe français spécialiste des énergies renouvelables, vient d’entamer la construction de ce qui sera la plus grande unité de stockage stationnaire en métropole, dans les Landes.

Rappelons que Neoen est notamment l’exploitant de la fameuse plus grande batterie de stockage du monde, construite par Tesla en Australie, et qu’il va prochainement commencer la construction de la plus grande unité de stockage d’Amérique Centrale, au Salvador. Il exploite également une vaste centrale photovoltaïque dans la Gironde.

L’unité de stockage d’Azur (Landes), pour soutenir le réseau électrique

C’est donc dans le sud du département des Landes, à Azur, que les travaux de la ferme de batteries viennent de commencer. Neoen construit déjà sur place une centrale photovoltaïque de 9 MW.

Elle sera donc soutenue par une unité à base de batteries Lithium-Ion, capable de stocker une puissance de 6 MW. Elle sera raccordée au réseau d’EDF, géré par RTE (pour le transport) et Enedis (pour la distribution). Les batteries et éléments auxiliaires seront assemblés en France par Nidec, le groupe japonais qui a racheté l’industriel français Leroy-Somer en 2016.

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Cette unité de stockage de grande puissance permettra d’équilibrer le rapport entre production et consommation d’électricité – en stockant l’électricité quand la production est trop élevée et en la réinjectant quand la production est trop faible.

Maintenir la fréquence du courant à 50 Hz

Si cela permettra d’éviter de coûteux gaspillages et d’optimiser l’utilisation des sources renouvelables, notamment la centrale photovoltaïque à proximité, cette unité de stockage aura avant tout une fonction bien précise : maintenir la fréquence du courant à 50 Hz.

En effet, quand la production est inférieure à la consommation, la fréquence du réseau qui transporte le courant descend en dessous de sa valeur de référence de 50 Hz ; si la production ne peut être absorbée par la consommation, la fréquence augmente au-dessus de 50 Hz. Cette centrale aura ainsi un rôle de “réserve primaire” d’électricité, permettant d’éviter que la fréquence réseau varie.

Des batteries plus modestes aux quatre coins de la France en 2019

Sur le même principe, mais à une échelle plus modeste, une centaine de « boxe » de stockage vont être installées dans toute la France. Composées de batteries Lithium-Ion, construites elles aussi par Nidec, elles auront la même fonction : égaliser le rapport entre le production et la consommation électrique.

L’une des premières a été inauguré à Jonzac, en Charentes-Maritimes : “Plus on va mettre sur le réseau des énergies renouvelables, du solaire ou de l’éolien, plus on prend des risques car quand il n’y a pas de soleil ou pas de vent, il n’y a plus de production. Il faut donc équilibrer les réseaux. Il faut des équipements de ce type qui stockent l’électricité et qui à la demande puissent la relâcher” explique Yves Jego, qui a démissionné de son poste de député en septembre pour devenir Directeur Général de NW Joules, qui a construit cette « Boxe » charentaises.

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Un vide réglementaire béant sur le soutien au stockage

Ces initiatives sont prises par les gestionnaires réseaux, des entreprises publiques, mais sans réel pilotage gouvernemental. Le stockage de l’électricité demeure le parent pauvre des politiques publiques en terme de transition énergétique. La kyrielle d’appels d’offre générée par la Loi de Transition Energétique pour une Croissance Verte ne contenait aucune ferme de batteries.

Et la France n’a aucun dispositif réglementaire pour soutenir l’installation de batteries chez les particuliers : nous avons vu que l’Australie-Méridionale allait offrir une prime pouvant aller jusqu’à 3 875 euros pour les particuliers souhaitant s’équiper. Aucune aide de ce type n’existe en France.

Un soutien massif au stockage pourrait changer le visage énergétique de la France

Pourtant, une récente publication de Echos Etudes (octobre 2018) démontre qu’un soutien public aux batteries pourrait révolutionner le visage de l’autoconsommation en France. Les analystes parient sur l’hypothèse de mesures de soutien d’une ampleur moins forte qu’en Australie-Méridionale, mais volontaristes.

Ce scénario, parfaitement crédible, permettrait de multiplier par 20 le nombre de batteries vendues dans le secteur résidentiel d’ici 2025. Pour les unités de stockage de grande ampleur, la France (continent et zones insulaires non interconnectées) pourrait atteindre entre 400 et 800 MW en 2025 – contre moins de 10 MW. De quoi bouleverser le visage de l’électricité en France.

Une PPE sans stockage, dont l’exécutif nie l’efficacité

La nouvelle PPE donnait de grands espoirs aux défenseurs du stockage – et avec eux aux défenseurs des énergies renouvelables. L’occasion était belle de lancer un grand plan stockage. Mais il demeure absent de la feuille de route énergétique pour la France d’ici 2028. Pire, plusieurs déclarations du président de la République et du Premier Ministre laisse supposer que le stockage d’électricité n’est pas pris au sérieux par les hautes sphères de l’Etat.

Emmanuel Macron a ainsi déclaré, le 27 novembre 2018, qu’il était « faux de dire que le nucléaire pourrait être remplacé par les énergies renouvelables, ces dernières étant intermittentes ». Le lendemain, Edouard Philippe a tiré dans la même direction, en affirmant que « tant qu’on ne sait pas stocker l’électricité, on a besoin d’un mix équilibré ».

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Comment rater volontairement une occasion d’accélérer sur les renouvelables…

En décalage avec ces discours, Xavier Barbaro, le PDG de Neoen estime qu’en cinq ans, grâce au stockage, la France pourrait atteindre les 30% d’éolien et de photovoltaïque dans son mix électrique, soit 50% de renouvelables en 2023. L’objectif de la PPE pour… 2028. Mais cela signifierait une fermeture massive de réacteurs nucléaires. Avec de grandes conséquences sur l’emploi industriel. Une solution que le gouvernement ne veut donc pas privilégier.

La France risque donc de rater le train de stockage à grande échelle à moyen terme. Alors qu’elle dispose des technologies, du savoir-faire et des industriels pour réussir. Bien sûr Enedis et RTE vont continuer d’installer des fermes de batteries, des dispositifs d’autoconsommation s’équiperont, malgré l’absence de rentabilité à court terme. Le stockage de l’électricité est l’avenir. Il s’imposera, tôt ou tard. Dommage que l’exécutif se refuse à lui donner un sérieux coup de pouce.

 

 

 

 

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