L’avènement de la smart city passe par une inclusion des villages avoisinant les métropoles – une inclusion à la fois technologique mais aussi dans l’accompagnement, le faire ensemble, le vivre ensemble. Dans le cadre du forum Smart City organisé à Bordeaux, élus et spécialistes appellent à unir les territoires par l’intelligence, pas à les opposer.

La Métropole bordelaise a entamé sa mue depuis quelques années, en s’appuyant sur les filières numériques et informatiques, aéronautiques et spatiales, la santé, le tourisme – des secteurs d’avenir, dynamiques et créateurs d’emplois, qui poussent une croissance démographiques parmi les plus fortes de France.

Eviter le paradigme « smart city » contre « villages stupides »

Ce développement s’est fait conjointement à des solutions intelligentes, qui placent Bordeaux dans le peloton de tête des smart cities françaises : symbole de ce dynamisme, la ville a accueilli, en ce début avril, le quatrième Forum Smart City Bordeaux, organisé par la Tribune, lieu d’échanges et de réflexion. Une des grands axes de cette rencontre était les rapports entre une métropole et les territoires qui l’entourent, notamment ruraux.

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Smart city versus stupid village : tel était le titre d’un rapport de la Caisse des Dépôts, paru en 2016. Il soulignait, avec provocation, le risque de concentrer les technologies numériques sur les centres urbains, au détriment des zones rurales – ou, ce qui reviendrait in fine au même, de développer des solutions intelligentes sans l’accompagnement nécessaire pour qu’elles puissent s’imposer auprès de toutes les populations.

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C’est le sujet d’une stimulante tribune, co-signée par Martin Vanier, géographe et professeur à l’Université de Grenoble-I et à l’Ecole d’urbanisme de Paris, et par une élu à la Mairie de Bordeaux, Mylène Villanove, conseillère métropolitaine en charge des coopérations territoriales et conseillère municipale déléguée pour les relations institutionnelles avec les territoires.

« Une belle promesse de faire émerger de nouvelles solutions collectives dans la société »

Ils y rappellent l’excellence de Bordeaux dans le domaine de la smart city : « Bordeaux Métropole est en pointe dans la mutation dite des smart cities. C’est bon pour son économie numérique et ses startups, c’est bon pour la qualité de ses services urbains (transports, déchets, éclairage, eau et assainissement, sécurité, etc.) (…) c’est une belle promesse de faire émerger de nouvelles solutions collectives dans la société, pour mieux éduquer, soigner, s’alimenter, se déplacer, etc. »

Mais ils pointent surtout la nécessité d’impliquer parfaitement l’ensemble des territoires et de la population, pas seulement les férus de technologie des centre-villes. Ils rappellent ainsi que 16% des Français s’estiment incapables d’effectuer une démarche administrative en ligne et 40% sont inquiets à l’idée de le faire : numériser les services municipaux ou déployer la fibre et la 4G ne peuvent donc être des fins en soit.

Inclure les villages dans la révolution smart ne se limite pas au haut-débit

Inclure les populations n’est pas seulement une question de démocratie citoyenne, même si la smart city offre ces belles opportunités. Il s’agit de faire œuvre de pédagogie, d’échange : la numérisation ne peut se passer d’un facteur humain central. Les solutions intelligentes ne créeront pas seule et ex nihilo de l’inclusion et une amélioration de la qualité de vie.

Les villes, et Bordeaux en particulier, ont le devoir d’expliquer, de former, de convaincre – et pour cela d’arpenter l’ensemble des territoires de la Métropole, et même au-delà : « la métropole ne s’arrête pas à des frontières administratives. La question n’est pas seulement de veiller à ce qu’au-delà du périmètre métropolitain on ait aussi la fibre, des services numériques et l’accès à la data. C’est de faire ensemble, parce que l’interdépendance des territoires l’exige, et parfois en profondeur dans les territoires qu’on estime un peu trop vite « purement ruraux » » notent avec justesse les deux auteurs.

Alain Juppé veut « jouer la carte du partenariat avec les territoires périphériques »

Preuve d’une réelle politique en ce sens, ces thématiques se sont retrouvées durant une table ronde du Forum entre Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole et maire de Bordeaux, Alexandra François-Cuxac, présidente de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers et Nicolas Hazard, fondateur d’INCO.

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Le débat portait sur les inégalités engendrées par les métropoles. Et le maire de Bordeaux a été très clair, rejoignant la position de son élue : il a affirmé que la bonne solution pour une métropole était de « jouer la carte du partenariat avec les territoires périphériques et la complémentarité ».

Bordeaux s’est ainsi largement ouverte à son arrière-pays, y compris dans les zones les plus rurales : « les petits bourgs ne doivent pas être aspirés. Il ne faut pas chercher à calquer le modèle métropolitain mais développer ou inventer un modèle économique propre aux territoires périphériques », a ainsi exposé Alexandra François-Cuxac.

Mobilité et énergie : deux problématiques clés de l’inclusion des zones peu denses

L’alliance de la ville et de la campagne est indispensable pour l’avènement d’une métropole réellement smart. C’est en cela que la mobilité durable et intelligente doit penser plus loin que les centre-villes : car l’afflux de voitures, même électriques, venues notamment des zones rurales où habitent de plus en plus de travailleurs de la métropole, risque de congestionner la ville, si une stratégie claire n’est pas rapidement mise en place, en partenariat avec les villages.

La question de l’énergie est également au cœur de ce questionnement : les zones de production d’énergies renouvelables, si certaines sont urbaines (les toitures équipées en photovoltaïque), demeureront majoritairement rurales. Les grandes fermes éoliennes et photovoltaïques s’installent dans des zones de faible densité démographiques : une métropole intelligente ne doit pas opposer les zones denses, consommatrices d’énergie, aux zones peu denses, productrices d’énergie, au risque d’une dangereuse fracture.

Les habitants d’un petit village où s’installe une centrale éolienne ou photovoltaïque doivent sentir qu’ils font partie d’un projet global, qui les inclut pleinement et leur apporte une réelle amélioration de leur qualité de vie – sous peine de leur donner la sensation de subir les décisions des élites et des urbains.

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Se donner les moyens de ses belles ambitions

Pour cela, comme pour les solutions smart, il faut du temps, des moyens financiers mais surtout humains, pour expliquer, convaincre, relier : la métropole de demain étendra son intelligence loin dans son arrière-pays, elle sera le poisson pilote d’une révolution smart qui profitera à tous, jusqu’au plus reculé des villages.

La Métropole bordelaise semble déterminée à se poser en exemple de cette inclusion. Si elle se donne ces moyens financiers et humains (que les élus n’évoquent que du bout des lèvres, conscients que donner de beaux objectifs est plus facile que de les chiffrer et de les atteindre), elle a tout pour y arriver. Les intentions sont plus que louables et correspondent aux défis des territoires de demain. Reste à les transformer en actes.

 

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