Google activera, le 25 août 2025, la désactivation définitive de tous les liens encore actifs sur sa plateforme goo.gl. Derrière cet effacement technique, c’est une brique entière de l’architecture numérique du web social qui s’effondre. L’entreprise avait mis fin à la création de nouveaux liens en 2018, mais continuait à assurer la redirection de ceux existants. Ce sera bientôt terminé. Et cette échéance soulève plusieurs questions sur l’éphémérité des URL, la pérennité des services cloud… et les alternatives viables à long terme.
Goo.gl, un service condamné depuis 2018
Le Google URL Shortener n’était déjà plus maintenu depuis mars 2019, et les développeurs avaient perdu l’accès à son API. L’arrêt total du service intervient donc plus de six ans plus tard. Google avait pris soin de prévenir les utilisateurs un an à l’avance, via une alerte interstitielle affichée depuis le 23 août 2024 sur les liens encore fonctionnels.
Le motif officiel ? Une désaffection croissante : dans son blog développeurs daté du 18 juillet 2024, la firme expliquait que « plus de 99 % des liens goo.gl n’ont enregistré aucune activité en juin 2024 ». Une inactivité suffisante pour justifier leur suppression. Mais au-delà de ce chiffre, c’est aussi une réorganisation structurelle du web qui motive la manœuvre : les Firebase Dynamic Links (FDL), bien plus adaptés aux usages mobiles et aux applications hybrides, incarnent l’avenir des redirections intelligentes selon Google.
Un effacement massif, des conséquences invisibles… pour l’instant
D’un point de vue technique, les redirections goo.gl seront purement et simplement cassées : aucun fallback, aucun archivage automatique, aucun mode dégradé. À compter du 25 août, un lien goo.gl redirigera vers une erreur 404.
Pour les utilisateurs, l’impact est très concret :
- Sites web, blogs ou PDFs contenant ces liens : obsolescence instantanée.
- Campagnes marketing archivées : perte d’accès aux pages ciblées.
- Documentation ou supports pédagogiques : risque de rupture d’information.
Et surtout, l’impact SEO pourrait être plus profond qu’il n’y paraît : les backlinks associés à des liens morts perdent toute valeur, ce qui peut affecter la visibilité des contenus historiques.
Que faire maintenant ? Alternatives et recommandations
La première option pour ceux qui utilisent encore des liens goo.gl est simple : identifier, migrer, rediriger. Cela implique de :
- Scanner ses contenus (site, blog, mailing list…)
- Répertorier les liens encore en ligne
- Les recréer via une plateforme tierce
Parmi les outils en activité :
- Bit.ly : robuste, gratuit, et largement compatible avec les CMS modernes
- Firebase Dynamic Links : recommandé par Google, mais orienté mobile et app
- Short.io, Kutt.io, Rebrandly : solutions avancées, certaines open source
Certaines de ces plateformes proposent des fonctions d’import ou de personnalisation de domaine, idéales pour garantir la pérennité et la marque des liens.
Faut-il encore utiliser des raccourcisseurs en 2025 ?
Avec les nouveaux formats (cards enrichies, QR codes dynamiques, deeplinks app-to-app), on pourrait penser que les raccourcisseurs d’URL classiques ont vécu. Et pourtant, dans certains cas, leur intérêt reste évident :
- Sur des supports physiques (brochures, affiches)
- Pour le tracking simplifié (UTM, analyse de trafic)
- Pour des campagnes sur des réseaux à longueur limitée
Mais le message de Google est clair : si vous utilisez un raccourcisseur, assurez-vous qu’il soit durable, maintenu, exportable. Et surtout, évitez de dépendre d’un service tiers non maîtrisé, sans possibilité d’autohébergement ni de redirection future.
Une tendance plus large : l’effacement programmé du web ancien
La suppression de goo.gl n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, Google rationalise ses outils, souvent à la faveur de solutions plus modernes et intégrées à son écosystème cloud. Picasa, Hangouts, Inbox, Stadia, maintenant goo.gl… la liste des services fermés s’allonge.
Cette logique s’explique économiquement, mais elle soulève un vrai enjeu : la stabilité des services numériques. Lorsqu’un raccourcisseur est désactivé, ce ne sont pas des données supprimées, mais des pans entiers d’infrastructure documentaire rendus inaccessibles.
Cela pose une question fondamentale aux entreprises, aux institutions et même aux gouvernements : peut-on encore se permettre de ne pas maîtriser ses outils de redirection ?








