« Devenir un pays entièrement numérique d’ici 2029 » : le Kazakhstan place la barre haut

Le 8 septembre 2025, lors de son allocution devant le parlement, le président Tokaïev a réaffirmé l’objectif d’un « Kazakhstan entièrement numérique » d’ici trois ans.

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Le Kazakhstan crée un ministère de l’Intelligence artificielle, une première
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Alors qu’en Europe, de nombreux pays traînent les pieds en matière de numérisation, faute de consensus sociétal sur l’utilité de ces technologies ou encore faute de financements, en Asie centrale, le Kazakhstan fait office de pionnier en la matière. Tour d’horizon des solutions déjà en place dans ce pays, qui facilitent la vie et rendent les services publics plus efficaces.

Démarches administratives : au Kazakhstan, 92% d’entre elles peuvent se faire en ligne

Au Kazakhstan, quand on pense aux solutions nationales en matière de numérique, on pense d’abord au gouvernement électronique. Aujourd’hui, plus de 92% des démarches administratives peuvent se faire en ligne, via le portail eGov.kz ou l’application mobile « eGov ». Le portail regroupe plus de 1.200 services dématérialisés (renouvellement de documents, services sociaux, démarches légales), tandis que l’application mobile « eGov » a conquis près de 14,7 millions d’utilisateurs, avec 215.000 nouveaux inscrits en 2024. Le volume de services numériques délivrés dépasse 23 millions sur la seule première moitié de 2025, dont près de 45% l’ont été via des smartphones.

Depuis 2023, « eGov Mobile » envoie des notifications push personnalisées selon les moments de vie des citoyens : départ à la retraite, fin des études, naissance d’un enfant etc. Les citoyens qui n’ont pas installé l’application reçoivent des SMS si leur numéro est enregistré dans le portail eGov. Cette fonction s’inscrit dans la vision de « gouvernement invisible » — c’est-à-dire un gouvernement proactif, qui anticipe les besoins des citoyens plutôt qu’attendre qu’ils formulent leurs demandes.

Et ce n’est pas tout. À, la mi-août 2025, l’assistant virtuel conversationnel « eGov AI » a été intégré à l’application mobile « eGov ». L’idée est de permettre à l’utilisateur de poser une question comme dans une messagerie — « naissance, mariage, permis », etc. — et que l’application le guide automatiquement vers le bon service. L’interface a été repensée, les notifications mieux structurées et la protection des données renforcée.

Le renouvellement de la carte nationale d’identité ? En ligne également !

Une phase pilote lancée en juin 2025 permet désormais de demander le renouvellement de la carte nationale d’identité en ligne, via eGov.kz ou « eGov Mobile ». Les étapes : identification via un identifiant national (IIN), reconnaissance faciale, signature numérique, paiement en ligne — le tout « en moins de dix minutes », selon les autorités. Le projet vise à « réduire de 50% la charge dans les centres de services publics d’ici la fin de l’année ».

Prestations sociales et « Portefeuille social »: pour une vraie justice sociale

Depuis janvier 2025, le Kazakhstan a mis en place le concept de Portefeuille social, un dispositif numérique qui automatise le versement des prestations sociales. Ce portefeuille regroupe les données des bénéficiaires — banques, services de santé, administrations locales — pour décider automatiquement qui doit recevoir quoi, quand, sans démarches répétées. L’objectif est d’éviter erreurs, retards et cas d’injustice dans l’attribution des aides.

Caméras intelligentes à reconnaissance faciale : renforcer la sécurité publique

Le déploiement de caméras avec reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle. Depuis début 2025, environ 19.000 caméras intelligentes sont en service dans ce cadre au Kazakhstan. Au total, plus de 1,4 million de caméras couvrent les espaces publics, dont 386.000 connectées à des centres opérationnels. Ces 19.000 caméras permettent la détection en temps réel — visages, objets suspects, regroupements — et génèrent des alertes policières automatisées.

Les résultats sont déjà tangibles : 569 personnes identifiées et arrêtées, 585 personnes recherchées repérées, plus de 5.000 infractions pénales et 317.000 infractions administratives détectées sur le premier semestre 2025. Le dispositif aurait évité 337.300 atteintes à l’ordre public.

Aitu, une messagerie nationale sécurisée

En août 2025, l’application Aitu (lancée en 2018) est devenue la « messagerie nationale » du Kazakhstan : elle intègre messagerie instantanée, appels voix/vidéo, mini-apps, paiements et accès aux services publics via eGov. Le 11 août 2025, le président du Kazakhstan a ordonné que toutes les communications officielles contenant des données personnelles passent par Aitu. Les ministères, les forces armées et le ministère des Situations d’urgence ont d’ores et déjà finalisé leur migration.

Sur le plan de la sécurité, Aitu est structurée autour de trois niveaux : technologique (chiffrement, protection DDoS, canaux sécurisés), physique (centres de données locaux), procédural (audits, certification). Les données sont stockées sur le territoire national.

Une mesure notable : à partir du 15 septembre 2025, Aitu, eGov, eGov Business et eOtinish seront accessibles gratuitement, même si le solde mobile est nul ou négatif — une incitation forte à l’adoption.

Drones Sergek : les cieux surveillent

Depuis fin juin 2025, à Astana, la capitale du Kazakhstan, des drones de la plateforme Sergek surveillent les rues, les infractions routières, ainsi que les personnes et les véhicules recherchés. Ces drones sont armés de capteurs vidéo et d’IA, intégrés dans le système de surveillance globale de la ville. Leur mission va au-delà de la police routière : retrouver des individus recherchés, surveiller les débiteurs etc.

Un supercalculateur national et des investissements très importants

L’intelligence artificielle est désormais intégrée dans la feuille de route nationale. Le pays s’est fixé l’objectif de former un million de spécialistes en IA, et plus de 250 millions de dollars de capitaux-risque ont été investis dans le secteur en 2024, soit plus du triple par rapport à 2024. Un supercalculateur national, inauguré en juillet 2025, opère dans un centre de données certifié Tier III et sera mis à disposition des universités, startups et entreprises à travers une plateforme nationale d’IA. Le lancement d’un cluster d’IA à haute performance marque une étape stratégique dans la densification des capacités numériques — un des piliers d’une densité de numérique accrue dans les infrastructures critiques.

Le cadre juridique suit le mouvement : le projet de loi sur l’IA, présenté en première lecture le 14 mai 2025, compte 28 articles inspirés de l’approche européenne basée sur le risque. Ce texte introduit des obligations de transparence, des restrictions pour les systèmes autonomes et des responsabilités accrues pour les traitements automatisés de données personnelles. Parallèlement, un Programme national d’IA couvre les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’énergie et de l’administration publique. Notons enfin l’initiative Alem.AI (centre d’innovation lié à l’IA), qui vise à catalyser la recherche et la commercialisation de solutions intelligentes.

L’ambition d’un « Kazakhstan entièrement numérique » d’ici 2029

Le 8 septembre 2025, lors de son allocution devant le parlement, le président Tokaïev a réaffirmé l’objectif d’un « Kazakhstan entièrement numérique » d’ici trois ans. Il a annoncé la création d’un Ministère de l’Intelligence artificielle et du Développement numérique, qui sera chargé de piloter les transformations stratégiques. Dans ce discours, Kassym-Jomart Tokaïev a notamment déclaré que « la numérisation doit restructurer l’ensemble du système de l’administration publique », pour le rendre plus transparent, efficace et centré sur l’humain.

La dimension sécurité et défense n’était pas absente du propos présidentiel. En évoquant la nécessité de renforcer la souveraineté numérique, Kassym-Jomart Tokaïev a suggéré que les technologies de surveillance, les systèmes de reconnaissance et les plateformes de gestion sécurisée d’information seraient essentiels pour la résilience du pays dans un monde incertain.

L’annonce d’un « code numérique » à adopter rapidement vise à encadrer la gouvernance de la donnée, des algorithmes, des plateformes et de l’IA — une base réglementaire indispensable pour des applications sensibles, y compris dans le domaine militaire et de sécurité.

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