Le 16 décembre 2025, Dassault Aviation a annoncé avoir retenu Bleu pour héberger ses solutions collaboratives. Derrière cette décision, le groupe aéronautique et de défense met en œuvre une architecture cloud hybride, conciliant technologies Microsoft et exploitation souveraine, dans un contexte de durcissement des exigences réglementaires et de cybersécurité.
Dassault choisit un cloud Bleu fondé sur les technologies Microsoft
Le projet dévoilé par Dassault Aviation concerne ses environnements collaboratifs, c’est-à-dire les outils utilisés au quotidien par les équipes d’ingénierie, de gestion de projets et de coordination industrielle. Ces plateformes reposent sur des usages intensifs de services cloud modernes, notamment pour le travail distribué et la collaboration en temps réel.
Dans son communiqué officiel, Dassault Aviation précise que ce choix permet « d’accéder aux technologies avancées de Microsoft Azure et Office 365 dans un environnement sécurisé et protégé par les lois européennes exclusivement ». Cette phrase résume l’approche retenue : conserver la puissance fonctionnelle de l’écosystème Microsoft tout en en modifiant profondément le cadre d’exploitation.
Bleu propose en effet une infrastructure basée sur Azure et Microsoft 365, mais opérée par une entité française, détenue par Capgemini et Orange. Les services cloud sont hébergés en France, administrés par du personnel soumis au droit européen, et isolés des infrastructures globales de Microsoft. Pour Dassault, cette dissociation entre technologie et exploitation constitue un point clé.
Ce modèle répond à une problématique bien identifiée dans le monde du cloud : comment continuer à utiliser des solutions standards du marché sans s’exposer aux effets extraterritoriaux de certaines législations étrangères. Dassault Aviation tranche ici en faveur d’une architecture dite « de confiance », qui tente de combiner interopérabilité et contrôle.
Dassault mise sur SecNumCloud pour sécuriser ses environnements numériques
La dimension sécuritaire ne se limite pas au cadre juridique. Bleu est engagé dans un processus de qualification SecNumCloud 3.2, le plus haut niveau de certification cloud délivré par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Cette qualification structure fortement l’architecture technique du service.
Dans son communiqué, Dassault Aviation indique que le cloud Bleu est « en cours de qualification SecNumCloud 3.2 », un élément déterminant pour héberger des données sensibles. Ce référentiel impose notamment une segmentation stricte des environnements, un chiffrement avancé, une supervision renforcée et des procédures de réponse aux incidents conformes aux standards de l’ANSSI.
Dassault Aviation va plus loin en évoquant la possibilité d’une homologation « Diffusion Restreinte » pour certaines fonctionnalités. D’un point de vue technologique, cela implique une gestion fine des périmètres applicatifs, des droits d’accès différenciés et une traçabilité exhaustive des opérations. Ces contraintes influencent directement la conception des outils collaboratifs.
Cette approche reflète une évolution plus large du cloud en entreprise. L’enjeu n’est plus seulement la disponibilité ou la scalabilité, mais la capacité à adapter dynamiquement les niveaux de sécurité aux usages. Dassault Aviation inscrit ainsi ses choix technologiques dans une logique de cloud segmenté, loin des modèles uniformes du passé.
Dassault illustre l’évolution du cloud vers des modèles hybrides souverains
Le choix de Dassault Aviation s’inscrit dans une tendance de fond observée dans les grandes entreprises technologiques et industrielles. Face à la montée des enjeux de souveraineté, le cloud devient de plus en plus hybride, combinant infrastructures globales et environnements souverains spécialisés.
Avec un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros en 2024, Dassault Aviation gère des volumes de données considérables, issus de la conception assistée par ordinateur, de la simulation numérique et de la collaboration industrielle. La centralisation de ces données dans des environnements cloud impose des garanties techniques élevées.
Dans son communiqué, Dassault Aviation explique vouloir « sécuriser durablement ses environnements collaboratifs », tout en maintenant l’efficacité des outils numériques. Cette formulation traduit une priorité claire : éviter que les contraintes de sécurité ne freinent l’innovation ou la productivité des équipes.
Pour l’écosystème technologique français, ce choix constitue un signal fort. Il montre qu’un cloud souverain peut s’appuyer sur des technologies internationales tout en répondant aux exigences européennes. Dassault Aviation apparaît ainsi comme un cas d’école d’une nouvelle génération d’architectures cloud, où la confiance devient un critère aussi déterminant que la performance.








