Entretien – Erik Van Rompay est président du cabinet Growth-Experts.eu, organisme spécialisé dans le financement et le conseil aux entreprises du secteur de l’innovation.

Il décrypte aujourd’hui pour Les-SmartGirds.fr les aspects financiers de la transition énergétique en Europe et en France plus particulièrement. 

 

Les-SmartGrids.fr : Les objectifs de l’Union européenne pour 2020 en matière de transition énergétique sont ambitieux. Dans quelles mesures votre société contribue à l’atteinte de ces objectifs qui, pour rappel, s’articulent autour du triptyque emploi, investissement et financement ?

Erik Van Romay : Le triptyque énergétique des « 3×20 » constitue une ambition phare de l’Union européenne qui se traduit par de très nombreux appels à projet dédiés à la transition énergétique, mais également à la rénovation de nos infrastructures – par exemple mieux isoler nos bâtiments.

Or, les entreprises et les collectivités sont bien souvent désorientées dans ce domaine qui propose différents instruments au niveau Régional, au niveau National et au niveau Européen avec des règles et acronymes difficiles à saisir, sans parler des programmes autour du climat. Il y a au moins 200 dispositifs différents.

Ainsi, mon cabinet, présent dans 7 pays européens, se propose de guider vers l’appel le plus pertinent pour valoriser les technologies et le savoir-faire des entreprises, pour ensuite les accompagner dans la rédaction de la réponse à l’appel à projet.

Nous retravaillons notamment les objectifs afin de mettre en parfaite adéquation le projet avec l’esprit de l’appel.

Notre présence européenne permet de rechercher les partenaires étrangers pour former un consortium de qualité si apprécié par les évaluateurs de la Commission Européenne. Une fois le projet sélectionné, nous proposons aussi d’en assurer le pilotage.

J’ai, en cela, contribué au montage de certains projets européens dans le domaine du triptyque, que ce soit pour les infrastructures de réseau, les smartgrids, l’éolien on/off shore, les énergies marines, les biocarburants et la rénovation énergétique pour réduire les émissions liées à la réduction des émissions.

Il ne faut pas non plus oublier que l’Union Européenne lance aussi des appels pour installer l’énergie renouvelable en Afrique. Là aussi, c’est une opportunité pour nos entreprises d’exporter leur savoir-faire.

 

LSG : Comment l’Union européenne peut-elle agir directement dans la transition énergétique française par le biais du financement, selon vous ?

EVR : Compte tenu du niveau d’investissement requis pour la transition énergétique, les fonds européens sont plus que nécessaires pour l’accélérer et exercer un effet de levier sur l’investissement privé.

L’Europe met chaque année plus de 600 millions d’euros aux services des entreprises et collectivités publiques via sa palette de financements publics, sans compter les grands programmes d’investissements tels que les 44 milliards pour l’Afrique.

Ce dispositif s’articule autour de cinq axes :

Le programme Connecting Europe Facility est destiné à financer des grands projets (principalement transfrontaliers) d’infrastructures de réseau avec un budget de plusieurs milliards d’euros ;

Les actions collaboratives R&D du programme Horizon 2020 à hauteur de 6 milliards d’euros pour la croissance verte ;

Les Communautés de l’Innovation (Kics) dans le domaine du climat et de l’énergie qui lancent des appels à projets sur la transition pour des entreprises, des universités et des centres de recherche ;

Deux instruments qui aident les PME à financer une mise sur le marché rapide des produits ou services innovants ;

La Banque Européenne d’Investissement avec ses garanties, ses prêts bonifiés pour les porteurs de projets innovants. Il faut noter que la Commission Européenne a lancé un programme d’investissement de 44 milliards d’euros dans le développement durable en Afrique. Un tel montant indique beaucoup d’opportunités pour nos entreprises françaises.

 

LSG : Quelles sont, selon vous, les nouvelles technologies et/ou sources d’énergie qui devraient susciter un intérêt à l’avenir ?

EVR : C’est difficile à dire comme tout va très vite. Les éoliennes et panneaux solaires deviennent de plus en plus performants et leur prix de plus en plus intéressant. Mais avec un doublement de la demande prévu entre aujourd’hui et 2050, aucune technologie ne peut fournir toute l’énergie en question.

Il faut donc un mix énergétique pour répondre à la demande. Mais générer de l’énergie n’est qu’une partie du problème. Le stockage de l’énergie, un des sujets problématiques, évolue aussi vite avec l’arrivée de l’hydrogène mais également de nouvelles batteries qui permettent de stocker 80 fois plus d’énergie qu’avec les systèmes actuels.

Côté distribution, nous allons glisser d’un système centralisé vers un système plus souple et décentralisé, garantissant un meilleur lissage des pointes de consommation.

 

LSG : A l’échelle microéconomique, comment les start-ups de l’énergie peuvent réussir à trouver des fonds aujourd’hui ?

EVR : Il existe plusieurs dispositifs pour accompagner les start-ups. En amorçage, nos start-ups peuvent faire appel à Bpifrance pour obtenir la Bourse French Tech, mais également des aides à l’innovation.

Niveau Europe, nos start-ups peuvent obtenir une subvention de 50 000 euros pour valider leur prototype et même obtenir des sommes allant jusqu’à 2,5 millions d’euros en vue d’industrialiser leur innovation. Pour tous ces dispositifs, il est possible de postuler seul, ce qui facilite le montage du dossier.

Les start-ups peuvent aussi rejoindre un consortium pour travailler d’une manière collaborative à de grands projets (ce qui permet d’obtenir une expérience à l’international non-négligeable).

Il y a beaucoup d’argent disponible pour nos start-ups, il faut juste le trouver et bien monter son dossier.

 

Et pour finir, quelle est l’utilité, selon vous, des smart grids dans la transition énergétique ?

EVR : Les smart-grids sont critiques pour exécuter cette transition énergétique. Ce nouveau réseau intelligent permettra, via des systèmes d’information, d’optimiser et de favoriser la circulation d’information entre fournisseurs et consommateurs afin d’ajuster le flux d’électricité en temps réel et permettre une gestion plus efficace du réseau énergétique.

Il permet d’améliorer l’efficacité énergétique de l’ensemble en minimisant les pertes et en optimisant le rendement des moyens de production utilisés, en rapport avec la consommation instantanée.

La Commission Européenne le sait et a dédié des appels spécifiques à la digitalisation du réseau énergétique. En plus, dans ce nouvel environnement, de nouveaux concepts vont voir le jour.

Par exemple, un de mes clients travaille déjà sur un « mobile smartgrid » qui permet de déplacer tout un réseau électrique à la demande à des endroits dédiés.

Propos d’Erik Van Rompay – Président du cabinet Growth-Experts.eu – recueillis par Julien Jormot. 

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