Si l’expression « smart city » est populaire dans le monde entier, la France y préfère parfois le concept de « smart territoire », moins exclusif, qui tend la main aux zones moins urbanisées. Les outils offerts par la connectivité et le traitement intelligent des données sont en effet largement utilisables en zones rurales, notamment sur les questions centrales de l’énergie, de l’eau et des déchets.

La smart city peut-elle s’imposer à la campagne ? La question peut sembler paradoxale, et pourtant : les avantages offerts par la connectivité et les solutions intelligentes intéressent au moins autant les habitants des petits villages que des grandes villes.

« Nos campagnes sont aujourd’hui plus attractives »

Raison pour laquelle, en France, le terme de « smart territoire » est souvent associé à celui de « smart city » : le mise en place d’une logique intelligente et connectée peut (et doit) s’appliquer également à de petites villes ou des zones rurales, pas uniquement dans les métropoles.

C’est d’autant plus crucial que la démographie rurale s’est, récemment, inversée : : « Nos campagnes sont aujourd’hui plus attractives. Si 70.000 habitants quittent la campagne pour les villes, 100.000 personnes font le chemin inverse en France », explique Sébastien Côte, le président de Ruralitic.

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Le frein budgétaire

Pour autant, les petites communes partent avec certains désavantages dans le développement de solutions smart : le plus important est d’ordre financier. D’abord parce que les petites communes n’ont pas forcément le budget (ou les capacité d’emprunt) nécessaire au financement de ces nouvelles technologies – quand bien même elles seraient, à terme, rentabilisés.

Ensuite pour des raisons d’échelle : pour une start-up ou une grande entreprise, se lancer dans un projet à l’échelle d’une ville ou d’un quartier urbain permet de minimiser les coûts par l’ampleur des travaux réalisés. Dans un maillage d’habitat plus lâche, les coûts d’installation augmentent mécaniquement.

Autre soucis : les ressources humaines. Une petite commune n’aura pas forcément le personnel nécessaire pour piloter les nouvelles solutions intelligentes, là où une ville plus importante dispose déjà d’un service dédié, qu’il s’agit simplement de former aux nouvelles technologies.

L’union (et les solutions SaaS) fait la force

Face à ces freins, des solutions simples existent. La plus évidente est de s’unir : là où une commune seule est inefficace, un groupe peut agir. Des syndicats numériques se mettent en place en France, au niveau régional ou départemental, comme Mégalis en Bretagne ou e-Bourgogne-Franche-Comté.

Leur principe est d’unir un grand nombre de communes et de leur proposer, à chacune, de bénéficier d’un certain nombre de services que le syndicat a acheté. Chaque commune « fait son marché » parmi les solutions intelligentes proposées, et paye ensuite un abonnement.

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Certaines entreprises proposent ce même type de partenariat, sous forme de solution smart territoire en SaaS (Software as a Service), notamment dans le domaine de l’éclairage public intelligent : « La ville ne paie rien, l’industriel change tout le parc de lampadaires avec des LEDS, s’occupe de la gestion intelligente et la ville paie seulement un abonnement. Elle y gagne moins que si elle avait tout fait elle-même, mais n’a pas à avancer l’argent » explique Cédric Verpeaux, responsable du pôle villes et territoires intelligents à la direction des investissements de la Caisse des dépôts.

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Le premier smart village de France est opérationnel !

Les villages et petites villes se concentrent d’ailleurs sur les technologies intelligentes les plus efficaces et les plus immédiatement rentables – éclairage, eau, électricité, gestion des déchets. C’est par exemple le cas du petit village de Saint-Sulpice-la-Forêt, 1 375 habitants, dans l’Ille-et-Vilaine, qui peut se targuer d’être devenu le premier smart village français.

Constatant une explosion des factures d’eau, de gaz et d’électricité entre 2006 et 2014, le maire s’est laissé convaincre de l’efficacité des solutions intelligentes, tant pour maîtriser la consommation que pour détecter les pannes et les fuites. Conséquence : le conseil municipal a voté « un budget pour déployer des capteurs et un réseau pour faire le suivi de la consommation énergétique des bâtiments communaux, de la salle polyvalente au centre socioculturel, de la mairie aux ateliers en passant par l’école et la salle de sport » explique Ulrich Rousseau, président et co-fondateur de Wi6Labs, une des start-ups qui participe au projet.

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20% d’économies d’énergies en 1 an pour le smart village

Capteurs de température, compteurs intelligents d’eau, de gaz et d’électricité ont été installé dans tous ces bâtiments publics, associés à une plateforme d’analyse des données. Les résultats sont spectaculaires : en quelques semaines, la consommation d’énergie avait déjà baissé de 5%, simplement en informant en temps réel les usagers de leur consommation – les poussant ainsi vers une pratique moins énergivore.

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Puis, durant un an, des données ont été collectées pour optimiser le chauffage des bâtiments municipaux à leur utilisation réelle : la mise en place de cette optimisation a permis un nouveau gain de 15% de consommation. Soit, en tout, 20% d’énergie dépensée en moins – de quoi rentabiliser en quelques années les dépenses engagées.

Eau, électricité, gaz, éclairage et déchets en première ligne

Ce type de solution est applicable à la majorité des communes rurales. Autre domaine privilégié : le traitement des déchets. Il s’agit même d’un des rares domaines où les solutions intelligentes fonctionnent mieux à l’échelle d’une zone rurale composée uniquement de maisons individuelles, de bâtiments publics et d’entreprises.

Des capteurs peuvent facilement être mis en place pour mesurer le volume de déchets jetés depuis chaque poubelle dans le camion-benne pour moduler en conséquence la taxe sur les ordures ménagères des habitants. « Dans les grandes villes, il est beaucoup plus compliqué d’organiser ce tri et de modifier les taxes car il s’agit de bacs de poubelles collectifs au niveau des immeubles » souligne Cédric Verpeaux.

L’application de ces solutions est encore à ses balbutiements, mais les perspectives sont vastes, la rentabilité au rendez-vous et les expérimentations à échelle réelle de vraies réussites. De quoi pousser la France dans le chemin des smart territoires, villes et villages avançant de concert vers les solutions intelligentes.

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