Selon une récente étude, la mise en place des smart grids sur le territoire français permettrait d’économiser jusqu’à 400 millions d’euros par an à l’horizon 2030, et réduire de 3 % les émissions de CO2 du pays. L’atout économique et écologique de ces technologies repose principalement sur le déploiement des compteurs communicants comme Linky, véritable pierre angulaire de la transition énergétique en France.

De la théorie à la pratique, l’écart peut se révéler important. C’est pourquoi les résultats de la première étude au monde sur les bénéfices réels des smart grids (réseaux intelligents) publiés en juillet 2017 étaient particulièrement attendus.

Intitulé « Valorisation socio-économique des réseaux électriques », le rapport rédigé conjointement par l’Adeef (Association des distributeurs d’énergie en France), l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), Enedis (ex-ERDF) et RTE (Réseau de transport de l’électricité) s’appuie sur les nombreuses expérimentations menées depuis plusieurs années en France métropolitaine et outre-mer.

Ses conclusions ne laissent pas de place au doute : d’ici 2030, le déploiement des smart grids permettra d’augmenter la rentabilité de l’énergie déjà disponible à hauteur de 400 millions d’euros par an, avec à la clé une baisse de 0,8 million de tonnes de CO2, soit 3 % des émissions annuelles du système électrique français.

L’étude liste par ailleurs les avantages d’un réseau électrique intelligent : optimisation du parc de production énergétique et de l’exploitation des réseaux ; diminution de l’énergie non distribuée, non injectée et des pertes sur les réseaux ; et investissements évités dans de nouvelles capacités de production.

En rentabilisant au maximum l’énergie disponible grâce aux technologies de l’information et de la communication (TIC), aux solutions de stockage et aux énergies renouvelables (EnR), la construction de nouvelles centrales thermiques pourrait ainsi être évitée. « Concrètement, le développement du stockage et de l’effacement [énergétique] prendrait la place de la filière de production en évitant la construction de nouvelles turbines à combustion ou cycle combiné gaz », détaille le rapport. La mise en place d’un réseau national de smart grids permettrait même de gagner en flexibilité grâce à la complémentarité du nucléaire et des EnR.

L’importance des compteurs communicants

Parmi les applications concrètes, on peut citer la gestion optimisée de l’éclairage public grâce à des lampes LED s’allumant via des détecteurs de présence (ex : Toulouse, San Diego) ou encore la mise en service de transports publics autonomes (Lyon) et de réseaux d’auto-partage (Paris, Marseille, Lyon, Grenoble, Nice, etc.).

Mais la principale avancée réelle dans le domaine des smart grids reste le déploiement des compteurs communicants (smart meters) en Europe, conçus spécifiquement pour accélérer la transition énergétique. En France, l’installation de 35 millions de compteurs nouvelle génération Linky a ainsi débuté en décembre 2015 et devrait s’achever en 2021.

Si l’investissement de départ est élevé (5,5 milliards d’euros), il promet des économies nettement plus importantes. D’une part, les compteurs communicants permettent de réduire les coûts grâce aux opérations à distance (relevé de consommation, changement de régime, etc.). D’autre part, ils contribuent à une meilleure utilisation de l’électricité par les usagers en leur donnant un accès direct à leur consommation, le tout en temps réel.

Capables de mesurer l’énergie disponible à chaque instant sur le réseau, les compteurs communicants sont au cœur du fonctionnement des smart grids, indispensable à l’optimisation des ressources énergétiques locales. La généralisation de la technologie Linky est d’ailleurs prévue par la loi de transition énergétique adoptée le 17 août 2015, et qui vise à lutter contre le réchauffement climatique.

Les compteurs français présentent également l’avantage d’être adaptables aux différentes sources d’énergie (photovoltaïque, éolien, batteries de voitures électriques, etc.) afin de favoriser l’autoconsommation. La possibilité d’injecter sa propre production d’énergie sur le réseau électrique, voire de revendre le surplus, s’inscrit dans la future Réglementation thermique 2020 (RT2020), qui imposera aux logements neufs de produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment sur leur durée de vie moyenne (50 ans).

« Les réseaux de distribution doivent s’adapter »

« La production d’électricité par des moyens locaux tels que les panneaux solaires, les parcs éoliens ou la technologie du biogaz est évidemment une bonne solution pour l’environnement, abonde Olivier Monié, directeur d’Omexom (Vinci Énergies). Certains consommateurs veulent produire par eux-mêmes une part de l’électricité qu’ils consomment. Mais les réseaux de distribution n’ont pas été conçus pour intégrer ces énergies et doivent s’adapter à cette nouvelle réalité ».

Et de rajouter : « rendre les réseaux plus intelligents, ce n’est pas seulement mettre en œuvre de la technologie ; il s’agit aussi de trouver des solutions pour faciliter l’interaction entre les réseaux et les consommateurs. Typiquement, le mécanisme du demande/réponse est l’une de ces solutions. Cette solution, de plus en plus fréquemment utilisée pour l’équilibrage des réseaux de transport, s’intègre progressivement dans les réseaux de distribution d’électricité. Au bout du compte, le consommateur, qu’il soit industriel ou individuel, verra diminuer sa facture d’électricité. »

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