Dotée d’un potentiel impressionnant par ses massifs montagneux, la France a su depuis plus d’un siècle valoriser l’hydroélectricité, qui couvre aujourd’hui plus de 10% des besoins du pays. Alors que s’achève une phase importante du plus gros chantier hydraulique actuel, la nouvelle centrale de Romanche, l’avenir semble être, plutôt qu’aux barrages dont le nombre n’est pas extensible à l’infini, davantage aux micro-installations de la petite hydraulique, dont le potentiel reste sous-exploité.

Presque 10 kilomètres de tunnel : c’est l’ouvrage que vient d’achever l’entreprise Spie Batignolles, spécialiste du forage, sous la vallée de la Romanche, dans le cadre du projet de centrale hydroélectrique de Romanche-Gavet, piloté par EDF et qui doit s’achever en 2020.

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Un site exploité depuis plus d’un siècle

Les travaux préparatoires de ce projet ont démarré en 2010 : le site est particulièrement propice à l’hydroélectricité, puisque la Romanche y emprunte un défilé de 10 km avec une chute naturelle de 300 mètres. Ce potentiel est utilisé de longue date par six centrales construites au fil de l’eau entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème. Toujours exploitées, pour une puissance de 82 MW et une production annuelle d’environ 405 millions de kWh, ces six centrales devaient être rénovées, ou remplacée par un nouvel équipement.

Le coût des deux options étant le même, EDF a choisi de réaliser un nouvel aménagement, sous-terrain, car il permettait un gain de sécurité, un accroissement de la production et la suppression, en surface, des centrales obsolètes, à l’exception de la centrale de Vernes, classée au titre des Monuments Historiques et qui sera réhabilitée.

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Une nouvelle centrale pour 155 millions de kWh annuels de plus

La nouvelle centrale, d’un montant d’environ 250 millions d’euros, sera équipée de deux groupes de production « Francis » de 47 MW, pour une production annuelle estimée à 560 millions de kWh, soit un gain de 155 millions de kWh – l’équivalent d’une ville de 60 000 habitants supplémentaire fournie en électricité renouvelable. L’aménagement fonctionnera au fil de l’eau, et produira donc de l’électricité en fonction des apports d’eau du moment.

Le chantier, d’une durée de 10 ans, se déroule sur trois zones, et a nécessité de dévier le cours de la Romanche pour un temps. Un barrage-prise d’eau, dans le lit d’origine de la rivière, est situé à Livet, remplace les 5 barrages actuels, il a été achevé l’année dernière.

Une galerie d’amenée de 9,3 km qui relie le barrage à la centrale, remplace les kilomètres de canaux qui sillonnent actuellement la vallée : le tunnel a été achevé, il reste à effectuer le revêtement.

Et enfin la centrale elle-même sera un véritable dédale composé des deux cavernes qui contiendront les équipements hydroélectriques à proprement parler, turbines, alternateurs, transformateurs, ainsi que de rameaux, galeries et canaux qui permettront la circulation de l’eau et des hommes.

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Un chantier qui complète l’offre hydroélectrique de la France

Ce chantier est le plus important actuellement en France pour EDF : il viendra compléter une offre d’hydroélectricité particulièrement complète en France, la majorité des grands ouvrages possibles ayant déjà été construits. La France dispose en effet d’un potentiel hydraulique élevé grâce à ses massifs montagneux, Alpes, Pyrénées, Massif Central. Les Alpes sont de loin le plus exploité, avec plus du tiers de la puissance installée.

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Première source d’électricité renouvelable en France, l’hydroélectricité dispose d’une puissance de 25 421 MW en 2015, lui permettant une production en année moyenne de 68 TWh, soit de 12 à 14% de la production totale d’électricité. En terme de puissance hydroélectrique installée, la France est seconde en Europe, derrière la Norvège, avec 11,6% du total européen ; et neuvième au niveau mondial, avec 2,1% du total.

Une centaine d’installations couvrent 58% de la capacité totale

En tout, le parc hydraulique français compte plus de 2 500 installations, dont 90 % sont des installations « au fil de l’eau ». Sur ce total, moins d’une centaine, 95, représentent les « grosses » installations, dont la puissance est comprise entre 50 et 600 MW, concentrant 58% de la capacité de production. Parmi ces installations se trouvent l’immense majorité des centrales avec retenue d’eau, soit les centrales de type « éclusées », soit les centrales avec lac artificiel, ainsi que des Stations de Transfert d’Énergie par Pompage, ou STEP.

Cela explique pourquoi, en terme de puissance installée, les centrales « au fil de l’eau » ne couvrent que 26% du total français (pour 90% des installations), les centrales « éclusées » 16%, les centrales de lac 40% et les STEP 18%.

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La petite hydraulique, potentiel d’avenir

Mais le potentiel sur lequel les autorités veulent mettre en avant est celui de la petite hydraulique : c’est là que des gains de puissance sont possibles, grâce à de petites installations sur les centaines de rivières que compte la France, produisant de l’électricité consommée au niveau local. Dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, le Ministère de l’Environnement a lancé de nombreux appels d’offre pour promouvoir ce type d’installation, dont le potentiel est encore sous-exploité.

Mais la volonté publique de mettre en avant ce potentiel est net, et depuis quelques années les installations commencent à fleurir sur le territoire, par exemple en transformant des moulins à eau existants en petite centrale.

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La petite hydraulique pour recharger les voitures électriques à la campagne ?

Les perspectives sont d’autant plus vastes que la France est à la pointe de la technologies dans le domaine de l’hydraulique, au point d’envisager une multiplication de ces micro-installation, particulièrement pour les sites isolés, dans le cadre du réseau électrique de demain.

L’hydroélectricité est en effet « une filière industrielle française d’excellence, qui s’exporte très bien à l’étranger et pourrait être à l’origine d’innovations, notamment pour l’alimentation de bornes de recharge des voitures électriques en dehors des zones urbaines »comme l’affirme Jean-Marc Lévy, secrétaire général du syndicat professionnel France Hydro Electricité.

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