Fort d’atouts naturels conséquents et d’une valorisation précoce de l’hydraulique, le Brésil présente un mix énergétique et électrique où la part d’énergies fossiles est la plus faible d’Amérique du Sud. Mais le pays connaît une telle croissance économique que sa consommation d’hydrocarbures est en très forte hausse – ainsi que ses émissions de CO2 –, faisant baisser la part de renouvelables dans son mix électrique, cas unique dans la planète.

Le Brésil tend à devenir un géant économique mondial, dont la consommation d’énergie ne cesse de croître. Le pays dispose d’un potentiel naturel considérable dans les énergies renouvelables et s’il a su valoriser très tôt la puissance de ses fleuves, il s’est enfin décidé à accélérer sur l’éolien et le photovoltaïque, condition sine qua non s’il veut réellement réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

L’hydraulique, fer de lance de l’électricité brésilienne

Mais si le pays dépasse, en 2015, les 40% de renouvelables dans sa consommation d’énergie primaire et les 74% dans sa production d’électricité, il le doit à un potentiel hydraulique hors du commun, qu’il a su très tôt valoriser. Grâce à son régime hydrique, principalement en Amazonie, et à son relief, le pays dispose du second potentiel mondial en hydro-électricité, avec 243 GW, juste derrière la Chine.

Dès la création de l’Etat Brésilien, en 1945, les autorités ont misé sur la puissance des fleuves pour permettre au pays de produire sa propre énergie. Les premiers travaux ont commencé dès les années 1950 et se sont poursuivis, avec une franche accélération dans les années 1970, où ont été lancés les super-barrages d’Itaipu et de Tucurui – achevés respectivement en 2006 et 2007, avec une puissance installée de 14 750 et 8 553 MW, qui en font les deuxième et quatrième plus grandes centrales hydrauliques du monde.

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Le développement de cette énergie a nécessité une politique de grands travaux, tant pour la construction des barrages, souvent situés dans des zones protégées ou des réserves indigènes, que pour les infrastructures électriques : la majorité des barrages étant situés dans le bassin de l’Amazone, une région très peu peuplée, il a fallu construire des milliers de kilomètres de lignes à haute tension pour acheminer l’électricité jusqu’aux rivages du sud-est, où se concentrent population et activité économique. Cela occasionne d’importantes pertes en électricité dues au transport.

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Deuxième producteur mondial d’hydro-électricité, en ne valorisant que la moitié de son potentiel

Fin 2016, la puissance hydroélectrique installée du Brésil atteignait les 98 GW, au 3e rang mondial avec 7,9 % du total mondial, derrière la Chine (331 110 MW ; 26,6 %) et les États-Unis (102 485 MW ; 8,2 %). En terme de production, le pays, nettement plus pluvieux que les Etats-Unis, se hisse à la seconde place mondiale, avec 410 TWh en 2016, soit 10% de la production mondiale, loin derrière la Chine et ses 1 181 TWh, soit 28,8% de la production mondiale.

Le pays ne valorise donc qu’une moitié environ de son potentiel hydraulique, ce qui lui laisse d’importantes réserves ; les travaux se poursuivent, ils se concentrent aujourd’hui sur l’achèvement du barrage de Belo Monte, programmé pour 2019 ou 2020 : s’il offre déjà une puissance de 1,99 GW depuis 2016, le complexe complet, composé de six retenues d’eau, représente pas moins de 11,2 GW de puissance totale, soit une place sur le podium des plus grands barrages hydrauliques du monde.

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Au total, le plan décennal en cours prévoit un total de 117 GW de puissance hydro-électrique installée en 2023. Cela étant, si le pays veut continuer de valoriser largement cette énergie, les autorités reconnaissent qu’elles se sont sans doute trop reposées sur la puissance de leurs fleuves, en négligeant trop longtemps d’autres énergies renouvelables, dont le potentiel est également considérable au Brésil.

C’est d’autant plus vrai que depuis le début des années 2000, le pays connait de longues périodes de sécheresse, qui ont diminué la production moyenne des différentes centrales.

Une augmentation de la demande en énergie galopante

Et comme, dans le même temps, l’activité économique du pays a explosé et avec elle la demande en énergie, notamment électrique (la consommation d’électricité a été multiplié par cinq en 40 ans), la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique et, plus encore, électrique, a diminué, pendant que la consommation d’hydrocarbures a augmenté.

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Entre 1990 et 2015, la consommation d’énergie primaire du pays a plus que doublé, passant de 140 Millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) à 298 Mtep. Et si le pays a réussi à augmenter sa production d’énergies renouvelables consommées sur place, sur la même période, de 65,5 Mtep à 120 Mtep (soit +83%), la consommation de combustibles fossiles a augmenté encore plus fortement, de 71,8 Mtep à 171,2 Mtep (soit +138%). Si, en 1990, les renouvelable représentaient 46,7% de la consommation d’énergie primaire, cette part est tombée à 40,3% en 2015.

Un recours croissant aux combustibles fossiles, des émissions de CO2 qui explosent

Dans le secteur de l’électricité, cette évolution est encore plus marquée. L’explosion de la demande, associée à la baisse de production par barrage provoquée par les sécheresse, n’a pas pu être compensée par les nouvelles centrales renouvelables mises en service (hydrauliques, à biomasse, éoliennes). Le Brésil a été obligé de construire massivement des centrales au charbon, au pétrole et, surtout, au gaz naturel. Au total, la production d’électricité issue de combustibles fossiles a explosée, passant de 10 TWh en 1990 (soit un petit 4,5% du total) à 136,3 TWh en 2015 (soit 23,4% du total).

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Conséquemment les émissions de gaz à effet de serre du pays ont eux aussi largement augmentées, notamment depuis l’orée des années 2010. Durant les années 1980, les émissions de CO2 sont restées globalement stables, passant de 188 000 tonnes en 1979 à 209 000 tonnes en 1990. Elles ont fortement augmenté jusqu’à la fin des années 2000, atteignant 367 000 tonnes en 2009, puis se sont envolées, puisqu’elles approchent les 530 000 tonnes en 2014.

Cela étant, le pays dispose encore de nombreux atout pour redresser rapidement la barre. Sa volonté de valoriser les autres énergies renouvelables en atteste. Rendez-vous demain pour évoquer en détail ces différentes sources d’énergies.

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