Ces derniers mois ont vu se multiplier les annonces concernant l’éolien offshore : ouverture d’un parc immense au large des Pays-Bas, premières fermes éoliennes sans subvention en Allemagne, et même un projet gigantesque d’île flottante entourée de 7 000 éoliennes sur un banc de sable en Mer du Nord. Dans le même temps, cette technologie commence à s’implanter en dehors d’Europe, devenant clairement un des piliers de la transition énergétique mondiale.

Le 8 mai 2017, le parc éolien de Gemini, situé en Mer du Nord au large des Pays-Bas, a été officiellement ouvert : sa puissance de 600 MW en fait un des plus grands du monde, dépassé seulement par celui de London Array au Royaume-Uni (630 MW). Capable de produire 2,6 TWh d’énergie renouvelables, il devrait répondre à lui seul aux besoins en électricité de 1,5 millions d’habitants des Pays-bas, et éviter ainsi 1,25 millions de tonnes d’émission de CO 2 par an. Ce parc permet au Pays-Bas de faire plus que doubler leur puissance offshore installée, qui dépasse désormais le 1 100 MW.

Né en Mer du Nord, pour s’affranchir des défauts de l’éolien terrestre

Le premier parc éolien offshore a été construit en 1991, au large du Danemark : ce parc de Vindeby vient de fermer, après 25 ans de bons et loyaux services. Historiquement les premières recherches et expérimentations de cette technologie ont été effectuées par des pays riverains de la Mer du Nord, Danemark, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, qui figurent toujours dans le top 6 des pays mondiaux pour la puissance installée (avec la Chine).

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Le potentiel de cette technique de production d’électricité a d’emblée été vanté, car elle s’affranchit d’une partie des défauts de l’éolien terrestre, nuisances esthétiques et de voisinage, mais aussi, en partie, l’intermittence : le vent est beaucoup plus fort et constant en mer que sur terre, si bien que la production d’électricité est plus élevée, à puissance égale, pour un parc offshore que pour un parc terrestre.

Si la moyenne à terre est de 2 000 MWh par MW installée, elle monte à 2 500 MWh en offshore, avec un potentiel maximum, dans des zones marines particulièrement favorables, pouvant dépasser les 3 500 MWh par MW installé.

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Une développement mondial exponentiel

Comme les autres énergies renouvelables, le développement de l’éolien offshore est exponentiel : entre 2008 et 2016, la puissance mondiale installée a été multipliée par 10, passant de 1 491 MW à 14 384 MW. Cette évolution est particulièrement marquée sur les dernières années, puisqu’en 2013 la production atteignait 7 046 MW, soit un doublement en trois ans. Les projets se multiplient, à des échelles toujours plus vertigineuses.

Longtemps cantonné en Europe et dans la Mer du Nord, l’éolien offshore s’est également internationalisé. Si le Royaume-Uni et l’Allemagne se partagent toujours 70% de la production mondiale, la Chine est désormais le troisième producteur. Les effets de la vigoureuse politique du gouvernement chinois en faveur des énergies renouvelables sont particulièrement sensibles : la Chine est passé de 23 MW installés en 2009 à 658 MW en 2014, et plus de 1 600 MW en 2016, avec des projets qui se multiplient, au point d’envisager à l’horizon 2030 qu’elle devienne le premier producteur d’électricité éolienne offshore – comme elle l’est de l’électricité éolienne terrestre.

Les Etats-Unis, longtemps réfractaires à cette technologie, viennent d’inaugurer, fin 2016, leur premier parc, à Broken Island, pour une puissance de 30 MW. La Corée du Sud a fait de même, ouvrant plusieurs parc en 2016 pour un total de 30 MW, avec d’ambitieux projets partout dans le pays.

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Réduction des coûts de production, gain en taille et en rentabilité

C’est qu’avec l’amélioration des techniques de production des éoliennes et de leurs installations en mer, le coût de construction des parcs a chuté, rendant cette électricité de plus en plus rentable.

Par ailleurs la recherche a débouché sur des éoliennes toujours plus grandes, de nombreux projets de l’horizon 2025-2030 s’appuyant notamment sur de nouvelles turbines de 13 à 15 MW – avec une telle puissance, deux éoliennes seulement équivaudraient au champ que viennent d’ouvrir en grande pompe les Etats-Unis.

Des parcs offshore sans subvention en Allemagne

Signe des temps, au mois d’avril, en Allemagne, la Bundesnetzagentur, l’autorité fédérale chargée d’attribuer les concessions offshore, a annoncé quels groupes énergétiques avaient remportés les premiers appels d’offre du plan WindseeG, un ambitieux projet d’implantation massive d’éoliennes en mer. L’agence elle-même a été surprise d’attribuer des concessions à des énergéticiens proposant des offres sans aucune subvention publique, une première mondiale.

Le groupe danois Dong devrait ainsi construire deux champs de 240 MW sans aucune subvention, et le groupe allemand EnBW a remporté l’appel d’offre pour le gigantesque champ de He Dreiht, de 900 MW, là encore sans aucune subvention. Les améliorations technologiques, le développement des éoliennes géantes, les économies d’échelle rendues possibles par d’immenses parcs et le quadrillage de la Mer du Nord par des champs voisins, l’extension de la durée d’exploitation de 25 à 30 ans : autant de raisons qui expliquent cet étonnant succès. L’Allemagne a d’ailleurs fait de l’éolien offshore l’un de ses leviers principaux pour réussir sa sortie du nucléaire.

Un île artificielle au cœur d’un parc de 70 000 MW minimum

Gagnant encore dans le gigantisme, trois groupes énergétiques néerlandais, danois et allemand (TenneT TSO B.V., Energinet et TenneT TSO GmbH) viennent d’annoncer un partenariat visant à construire, à l’horizon 2050, rien moins qu’une île artificielle. Bâtie sur un des plus grand banc de sable d’Europe, le Dogger Bank, à 100 kilomètres de la Grande-Bretagne et 150 du Danemark, cette île servira de relais électrique à un parc de 7 000 éoliennes, pouvant fournir entre 70 000 et 100 000 MW – soit 5 fois la puissance mondiale actuelle !

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Le jour de l’annonce, le PDG de TenneT, Mel Kroon, a lancé un appel à rejoindre cet ambitieux projet : «Cette coopération avec Energinet est une invitation aux fournisseurs de services des pays de la mer du Nord ainsi que d’autres entreprises d’infrastructure à se joindre à l’initiative. Le but ultime est de construire une solide coalition d’entreprises qui rendront la transition énergétique européenne réalisable et abordable. »

S’il aboutit, ce projet proposera une électricité renouvelable à environ 100 millions d’Européens. Des projets de ce type devraient se multiplier aux quatre coins du monde, tant le potentiel de cette technologie et sa rentabilité sont grandes.

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