L’ouverture, début septembre, de la centrale photovoltaïque de Zagtouli, en banlieue de Ouagadougou, est le début d’une grande histoire. La centrale photovoltaïque s’impose comme la plus grande d’Afrique de l’Ouest, couvrant à elle seule 5% des besoins énergétiques du Burkina Faso. Mais elle est surtout la première pierre d’un édifice qui vise à rendre l’électricité burkinabé plus verte, plus régulière, moins soumise aux importations, et moins chère. Un cercle vertueux qui va bouleverser le pays.

Les engagements du Burkina Faso, lors de l’accord de Paris en 2015, étaient clairs et ambitieux : le pays projetait de porter la part du photovoltaïque à 30% de la consommation électrique nationale à l’horizon 2025-2030.

Pour l’heure le pays utilise, localement, des centrales au fioul, qui couvrent la moitié de ses besoins, et des centrales hydrauliques, pour 10% de la consommation : le reste provient d’importation, notamment en provenance du Cameroun et de la Côte d’Ivoire.

Objectif du Burkina à la COP21 : 30% d’électricité photovoltaïque dans le mix de 2030

« Nous ne produisons pas assez et nos coûts de production sont plus élevés que dans les autres pays de la sous-région, deux fois plus qu’en Côte d’Ivoire par exemple. Il y a un problème de productivité. C’est pour cela que nous avons fait le choix du solaire » explique Paul Kaba Thiéba, Premier ministre burkinabé.

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Le pays a ainsi programmé, dans son Plan national de développement économique et social (PNDES) 2016-2020, la construction de cinq centrales solaires photovoltaïques d’une puissance cumulée de 80 MWc (mégawatts-crête, c’est à dire la puissance électrique maximale que peut délivrer la centrale).

Zagtouli, la plus grande centrale photovoltaïque d’Afrique de l’Ouest

La première à être inaugurée est aussi la plus grande : en septembre 2017, la centrale de Zagtouli a commencé à produire de l’électricité. Située dans la périphérie de la capitale Ouagadougou, composée de 129 600 panneaux photovoltaïques, sur une surface de 60 hectares, elle affiche une puissance de 33 MWc.

Compte tenu de l’ensoleillement très fort au Pays des hommes intègres, elle devrait produire environ 55 GWh par an, « ce qui représente 5% de la production actuelle du Burkina Faso. Cela va soulager la population du pays et les industriels », souligne Bernard Boussim, expert en génie civil de la Société Nationale d’Electricité du Burkina.

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Le projet a coûté 47,5 millions d’euros mais a été subventionné par des financements internationaux, 25 millions de l’Union Européenne, 22,5 millions l’Agence européenne de développement (AFD. Les panneaux ont été fournis par l’industriel allemand Solarworld, les travaux coordonnés par Cegelec, une filiale de Vinci.

C’est également Cegelec qui va assurer pendant deux ans la maintenance du site, le temps d’accompagner et de former les agents de la Sonabel, l’électricien national, afin qu’ils puissent piloter eux-mêmes l’installation.

« Le solaire s’impose de plus en plus comme une évidence »

« Dans un pays comme le Burkina Faso, le solaire s’impose de plus en plus comme une évidence, pour lutter contre le réchauffement climatique, bien sûr, mais aussi pour des raisons économiques », souligne François Lhomme, le chef du projet Zagtouli pour le compte de l’AFD. En effet la spectaculaire chute des coûts du solaire en fait aujourd’hui l’énergie la moins chère dans cette région d’Afrique.

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L’énergie photovoltaïque coûte aujourd’hui 4 fois moins cher à produire que l’énergie thermique : le coût d’un MWh photovoltaïque s’établit à 50€, contre 210€ pour un MWh produit par une centrale au fioul. « Les prix du photovoltaïque ont tellement chuté qu’ils gomment les effets négatifs de l’intermittence. Car même avec des solutions de stockage, dont les coûts sont encore élevés, le solaire est devenu une énergie compétitive en Afrique » ajoute François Lhomme.

Autre avantage du solaire : il répond parfaitement au période de surcharge du réseau électrique. En effet au Burkina Faso la saison chaude est celle où la demande en énergie est la plus forte, provoquant des coupures d’électricité en masse. Or le photovoltaïque atteint ses pics de production durant cette saison chaude – et même si la production est nulle pendant la nuit, elle permet d’éviter les coupure diurnes et, associée à des solutions de stockage, pourra également répondre aux coupures nocturnes.

Une révolution photovoltaïque pour répondre à une demande croissante en électricité

Car Zagtouli n’est qu’une première étape. Le pays veut réussir sa révolution photovoltaïque, et programme pour cela la construction des deux prochaines centrales du PNDES. Une troisième est à l’étude, et devrait également sortir de terre avant 2020, date à laquelle le pays a prévu de couvrir entre 10 et 15% de sa consommation électrique avec le photovoltaïque. Une extension de Zagtouli sur 30 hectares supplémentaires est également envisagée, qui permettra d’ajouter 17MWc de puissance électrique au site.

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C’est d’autant plus nécessaire que la consommation d’électricité du Burkina Faso ne cesse d’augmenter, d’environ 7% par an selon l’AFD. Le Pays des Hommes intègres a résolument décidé d’assurer l’accessibilité à l’électricité grâce au photovoltaïque, tout en réduisant progressivement sa dépendance énergétique vis-à-vis de ses voisins.

Devant la rentabilité de cette énergie, son aspect durable et propre, il semble acquis que le Burkina Faso va trouver des financements internationaux pour sa politique de grands travaux. La délégation burkinabé, à la COP23 de Bonn, aurait déjà avancé ses pions pour bénéficier du Fonds vert pour le climat des Nations Unies, dont la dotation pourrait atteindre 100 milliards de dollars d’ici 2020, et qui a très peu profité pour l’instant à l’Afrique.

 

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