En 2009 le Maroc s’est fixé l’ambitieux projet d’atteindre 42% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique en 2020, et 52% dès 2030, tout en augmentant sa consommation d’énergie. Ces objectifs semblaient peu réalistes, mais avec une forte volonté publique et une multiplication de projets versant parfois dans le gigantisme, le pari sera sans doute gagné. Récit d’une transition énergétique en marche.

Le chantier a commencé au mois d’avril, à Ouarzazate. Faisant appel à une nouvelle technologie photovoltaïque utilisant des cellules semi-conductrices pour produire directement de l’électricité à partir du rayonnement solaire, la quatrième tranche de la centrale solaire de Noor Ouarzazate sera opérationnelle au premier trimestre 2018. La méga-centrale solaire sera à ce moment le plus grand site de production solaire multi-technologique du monde, avec 582 MW de puissance sur 30 km².

Le plus grande site solaire multi-technologique du monde

La particularité de cette centrale est effectivement qu’elle utilise plusieurs technologies. Noor Ouarzazate I est opérationnelle depuis février 2016 : d’une puissance de 160 MW, elle utilise la technologie thermosolaire (CSP), avec des capteurs cylindro-paraboliques et une capacité de stockage de 3 heures à pleine puissance, lui permettant de fournir de l’électricité la nuit.

Noor II utilise la même technologie, mais avec 200 MW de puissance et 7 heures de stockage ; Noor III expérimente une nouvelle sous-technologie thermosolaire, dite CSP Tour, pour 150 MW de puissance et 8 heures de stockage. Les deux centrales, dont la construction a démarré en 2016, sont achevées à près de 80%.

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Cet impressionnant projet n’est que le premier du Programme solaire marocain (PSM), lancé en 2009 par décision royale, qui a pour objectif la mise en service de 2 000 MW de puissance solaire à l’horizon 2020, répartis sur 5 sites principaux.

Un ambitieux programme de construction de 6 000 MW d’énergies renouvelables

Ce PSM n’est d’ailleurs que la part solaire d’un plan plus ambitieux, qui vise à la construction de 6 000 MW de puissance électrique renouvelable, réparti équitablement entre solaire, éolien et hydroélectrique. L’objectif, fixé en 2009, est que les énergies renouvelables couvrent 42% des besoins électriques en 2020 et 52% en 2030.

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Le Maroc ne dispose en effet d’aucune ressource en pétrole ou en gaz naturel et doit importer 97% de l’énergie qu’il consomme, notamment du gaz algérien. Le pays, en plein boom économique, voit sa consommation électrique augmenter de 6% par an : les importations énergétiques représentent 10% de son PIB.

Partant du constat que le pays disposait d’un ensoleillement considérable (5 kWh/m2 en moyenne) et de vents réguliers, le virage vers les énergies renouvelables semblait une évidence. Le roi Mohammed VI s’est impliqué personnellement dans cette transition énergétique, accélérant l’aspect administratif du projet.

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« L’intelligence des Marocains a été de faire appel à des ressources publiques pour financer des projets privés au nom de l’intérêt général. C’est un modèle unique au monde », explique Fabrice Jucquois, chef des projets énergies à l’Agence française de développement, qui a investi 100 millions d’euros dans Noor I.

Un système de financement original

Le mécanisme de financement pour l’énergie solaire est aussi simple qu’original : l’agence publique marocaine Masen emprunte auprès d’investisseurs pour prêter ensuite l’argent aux opérateurs sélectionnés sur appel d’offres, avec un taux d’intérêt autours de 1%. La contrepartie, pour les opérateurs, est de garantir une électricité à bas prix, pour soutenir l’effort de croissance du pays tout entier. Un cercle vertueux, qui fonctionne parce que le Maroc inspire confiance : « Le Maroc est un pays stable et dynamique sur le plan économique. Il n’a aucun mal à trouver de l’argent auprès des investisseurs » note Anne Lapierre, avocate conseil pour Masen.

Pour les 6 000 MW d’énergie éolienne, en revanche, le financement est 100% privé, avec une compétition acharnée entre opérateurs pour décrocher les marchés, qui permet au Maroc de faire baisser les prix. De nombreuses fermes éoliennes ont déjà vu le jour, dont ce qui est pour l’instant le fleuron de l’éolien marocain, la centrale de Tarrec, à Tarfaya, sur la côte atlantique sud du pays. D’une puissance de 300 MW, elle constitue pour l’instant la plus grande centrale éolienne d’Afrique.

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Des éoliennes dans le désert, au prix le plus bas du monde

Un nouveau programme de 1 000 MW de parcs éoliens a été lancé par le Maroc, dont les travaux viennent de commencer ou commenceront dans peu de temps. Il se décline en deux phases : la première ne comporte que la centrale de Taza, dans le nord du pays. D’une puissance de 150 MW, l’appel d’offre a été remporté en 2012 par EDF, pour une mise en service prévue dans le courant de l’année. Le groupe français s’est engagé à confier au moins 30% des travaux à des entreprises sous-traitantes locales, pour s’inscrire dans une démarche sur le long terme avec les autorités marocaines, et prouver qu’il peut aider à proposer des solutions locales en matière d’électricité.

La seconde phase correspond à l’appel « Projet éolien intégré » lancé en 2014 par l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE), pour la réalisation de cinq autres parcs entre 2017 et 2020, pour un total de 850 MW de puissance. Ces fermes éoliennes sont situées à Tanger au nord du pays (150 MW), dans la région de Tiskrad-Laâyoune (300 MW), dans la région de Jbel Lahdid-Essaouira (200 MW), à Boujdour à 200 km au sud de Laâyoune (100 MW) et à Midelt à 400 km à l’est de Casablanca (100 MW).

L’appel d’offres a été remporté par le consortium Nareva-Enel-Siemens, sera piloté par l’énergéticien italien Enel, avec un prix particulièrement attractif pour le Maroc de 28 € le MW/h, qui en fait l’éolien le moins cher du monde – trois fois moins qu’en France par exemple.

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De quoi être optimiste pour la réalisation des objectifs

L’hydroélectricité est le troisième pilier renouvelable sur lequel veut s’appuyer le Maroc. La capacité hydraulique installée est actuellement de 1 770 MW ; entre 2017 et 2019 des petites centrales hydrauliques vont se multiplier dans le pays pour une puissance totale de 100 MW. Avant 2020 s’y ajouteront la nouvelle centrale hydraulique d’Abdelmoumen, pour une puissance de 350 MW.

Au bout du compte les ambitieux objectifs de 2020 ont de bonnes chances d’être atteint, et le dynamisme et les chantiers à venir laissent supposer que ceux de 2030 le seront également. Preuve qu’avec une volonté publique forte, la transition énergétique n’est pas un mirage.

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