La nouvelle PPE a été présentée le 27 novembre 2018 : elle fixe les objectifs de la France en terme d’énergie à l’horizon 2028. Après un secteur de l’électricité où le soutien aux renouvelables a pu décevoir, analysons la chaleur et les bâtiments. Où apparait aussi, malgré un vraie volonté de mettre à jour la Loi de transition énergétique de 2015, un manque de courage politique face aux grands défis climatiques des années à venir.

Nous avons détaillé, dans la première partie de notre étude, les objectifs de la PPE 2019-2028 en terme de production d’électricité. La part des renouvelables va augmenter, suite à des investissements élevés en la matière, mais moins que ce que le pays pourrait atteindre. Le soutien aux énergies renouvelables émergentes reste trop modeste, et le nucléaire demeure une priorité énergétique et industrielle. De quoi décevoir les acteurs de la filière renouvelable et les ONG luttant contre le changement climatique.

Et ce d’autant plus que sur d’autres volets également, cette nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) et cette Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) semblent insuffisantes pour tenir les termes de l’Accord de Paris.

38% de renouvelables dans la production de chaleur en 2028

Du coté de la production de chaleur, la PPE se donne comme objectif de porter la part d’origine renouvelable (biomasse, pompes à chaleur, géothermie, biogaz, solaire thermique) de 22% en 2017 à 33% en 3023 et à 38% en 2028. Un bel effort, mais le Syndicat des Energies Renouvelables a immédiatement rappelé que la France pourrait atteindre le chiffre de 41% de chaleur d’origine renouvelable avec une politique plus ambitieuse.

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Pour atteindre ces objectifs en demi-teinte, le gouvernement veut remplacer le million de chaudière au fioul et les 10 000 chauffage au charbon qui sont encore en service dans l’Hexagone par du chauffage d’origine renouvelable ou du gaz haute performance. La France devrait ainsi avoir cessé d’utiliser du fioul pour le chauffage individuel en 2028 (soit une économie d’énergie de 30%). La PPE veut porter à 9,5 millions le nombre de foyers équipés d’un chauffage au bois labellisé, et raccorder 3,4 millions de logement à un réseau de chaleur.

Des travaux complexes à mettre en œuvre

De bonnes mesures, mais l’expérience prouve que les changements concernant l’habitat individuel sont toujours extrêmement compliqués à mettre en place, et que les mesures incitatives sont souvent insuffisantes pour convaincre les particuliers de s’équiper en masse. Et que les objectifs, sur ce genre de dossier, sont très rarement atteints. Le gouvernement n’explique pas comment il va contraindre des millions de foyers de changer leur système de chauffage – ce qui ne rend pas très optimiste.

Coté financement, le gouvernement annonce de vrais efforts, puisque le fonds chaleur, géré par l’ADEME, devrait passer de 245 millions d’euros en 2018 à 315 M€ en 2019 et 350 M€ en 2020 et 2021. Mais le chantier est tellement vaste, en France, que la Loi de Transition Energétique avait fixé le montant de ce fonds à 400 M€. Un montant qui n’avait jamais été atteint dans les faits – et ne le sera donc toujours pas…

Plein feu sur le biogaz !

Le biogaz va par ailleurs être largement soutenu : l’objectif d’atteindre en 2028 les 10% de gaz renouvelable dans la consommation (0,1% aujourd’hui), fixé en 2015, est maintenu. L’obligation d’achat à tarif réglementé a été maintenue, mais François de Rugy veut mettre « les producteurs devant leurs responsabilités de faire baisser les coûts de production ». L’objectif est d’atteindre les 67 euros/MWh en 2023, par des économies d’échelle liées à l’industrialisation de la filière. La production devrait être multipliée par 5 entre 2017 et 2027 (32 TWh à cette date).

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Mais d’après les entreprises de gestion des réseaux de gaz, ces objectifs n’ont rien d’incitatif : la filière est jeune, mais les technologies matures et rentables, la méthanisation va s’installer et s’imposer, et les 10% devraient être atteints facilement en 2028. Dans ce domaine également, le gouvernement aurait pu placer la barre plus haut, pour donner un vrai signal d’accélération de l’industrialisation de la filière.

http://les-smartgrids.fr/methanisation-biogaz-france-propositions/

De belles ambitions, mais sans mesure concrètes pour les soutenir

La PPE annonce également, que, dans le secteur industriel, les entreprises seront aidées pour sortir du charbon et du fuel, terriblement émetteurs de gaz à effet de serre. L’objectif est d’atteindre 38% de chaleur renouvelable en 2028. Cet objectif, pour le coup, semble particulièrement élevé. Et le fait qu’aucune mesure concrète n’ait été annoncée rend sceptique sur sa réalisation – sachant que les sommes en jeu, pour réformer un site industriel, sont conséquentes. Un vaste plan de rénovation de la chaleur industrielle ferait du bien à l’économie, à l’emploi et à l’écologie – mais il ne semble pas vraiment à l’ordre du jour.

Les textes annoncent également vouloir soutenir l’éco-conception des produits, l’économie circulaire et la valorisation des déchets. De belles intentions, mais là encore sans mode d’emploi.

Efficacité énergétique : rien de nouveau sous le soleil

Concernant l’efficacité énergétique des bâtiments, rien de nouveau par rapport à la loi de 2015 et au plan « Rénovation énergétique des bâtiments », mis en place en 2017 avec 7 milliards d’euros de financements. L’objectif est toujours de rénover 500 000 logements par an. Un objectif répété mais jamais atteint, en partie faute de financement, en partie à cause de l’inertie propre aux rénovations de logement – exactement comme pour le chauffage.

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Sur cette question brûlante, le gouvernement manque là encore de volonté et de fermeté. Les passoires thermiques sont une catastrophes énergétiques pour le pays, tout le monde le sait, les ministres le répètent ad nauseam. Transformer le crédit d’impôt pour la transition énergétique en prime pour les ménages modestes, afin qu’ils n’aient pas à avancer les frais, est une bonne mesure en soit. Mais le levier qui donnera l’envie (voire qui forcera) ces ménages à s’équiper demeure manquant. Là encore, une vraie politique de grands travaux, volontariste, contraignante, avec un financement conséquent, est indispensable. Elle serait rapidement rentabilisée.

Comment accorder les discours et les actes ?

Et répéter comme un mantra « efficacité énergétique », « rénover 500 000 logements par an », « passoires thermiques » ne fera pas sortir des solutions de terre. C’est sans doute ce grand volet (chaleur, bâtiment, industrie) qui inquiète le plus et où la concordance entre les discours et les actes risque d’être difficile à tenir – parce qu’elle l’a toujours été. Et l’absence de mesure concrète ou de plan d’action de grande ampleur laisse craindre des retards, plus ou moins conséquents, sur les objectifs annoncés.

Rendez-vous demain pour évoquer, dans la dernière partie de notre étude, les nouvelles orientations fixées par le gouvernement pour les transports et l’agriculture.

 

 

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