Trop coûteux, pas forcément utile à la maitrise de la consommation… Dans son rapport annuel, la Cour des Comptes épingle le compteur Linky, programme phare d’Enedis dont la facture globale s’élève à 5,7 milliards d’euros. Un désaveu non partagé par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), qui publie en parallèle son « point de vue » et invite les sages de la rue Cambon à davantage de tempérance. « Essentiels à la transition énergétique », ces compteurs sont « une des conditions de la révolution écologique indispensable à la maîtrise du réchauffement climatique », pour le gendarme de l’énergie.

Utiles, pas utiles ? La Cour des Comptes ne condamne pas mais émet, à tout le moins, de sérieuses réserves quant à l’efficacité des compteurs communicants, censés permettre à chacun de maîtriser sa consommation d’énergie. Si le déploiement de ces boîtiers vert anis suit son cours, plus de 8 millions d’unités ayant déjà été greffées dans les foyers français (sur les 35 millions prévues d’ici 2021), une question reste entière pour l’institution : à quoi bon ? Quel intérêt réel pour le consommateur ?

Une interrogation d’autant plus légitime, selon la Cour, que « les moyens mis en place pour permettre à l‘usager de connaître sa consommation détaillée, préalable à tout action de maîtrise de la demande d’énergie, sont [selon elle] insatisfaisants”, et que le différé tarifaire, qui correspond au remboursement par les consommateurs, à partir de 2021, de l’avance faite par Enedis pour le financement du projet, “se traduit par un surcoût pour les usagers de 506 millions d‘euros en euros courants et de 464 millions en euros constants sur la période 2014-2031”.

Plus de 10 milliards d’euros d’économies selon la CRE

Une conclusion que ne partage pas la CRE, selon laquelle « le coût du différé tarifaire est d’un ordre de grandeur très inférieur aux gains du projet Linky au périmètre global du distributeur, des producteurs, des fournisseurs et des consommateurs (de l’ordre de 10 milliards d’euros). » En 2014, rappelle la CRE, les gains des seuls consommateurs liés à la maitrise de la demande d’énergie ont été estimés à 2 milliards d’euros, tandis que « les autres gains complémentaires pour les consommateurs (diminution du temps de coupure, amélioration de la concurrence, présence du client non requise grâce aux interventions à distance) ont été estimés en 2011 entre 7,7 et 9,4 Md€. »

Surtout, l’autorité administrative regrette que la Cour des Comptes, dans son rapport, se soit bornée à mesurer l’intérêt du compteur à l’échelle du gestionnaire de réseau. Ce périmètre, selon la CRE, « n’est pas pertinent pour analyser le projet Linky. Comme pour tous les projets publics portés par des entreprises en situation de monopole, chargées d’une mission de service public, l’intérêt du projet doit se n’apprécier non pas à la maille étroite de l’opérateur, mais à l’échelle de la collectivité. » Le gendarme d’ajouter : « L’analyse socio-économique du projet témoigne donc qu’il est largement bénéfique, en particulier si les gains pour les consommateurs sont pris en compte : c’est l’objet même du compteur Linky. »

Notons pour finir que la Cour des Comptes semble s’en remettre aux avis favorables de la CNIL et de l’Anses concernant, respectivement, la protection de la vie privée et la question sanitaire. Rassurés sur ces points, les sages remarquent simplement que la communication sur ces sujets a « probablement été insuffisante ».

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