Depuis la fin de l’opération Nuits sans lumière (25 nuits en limitant l’éclairage urbain), où en est l’île de La Réunion des objectifs élevés de la loi sur la transition énergétique ? Dans un territoire regorgeant d’atouts pour développer les énergies renouvelables, les pouvoirs publics ont su mettre en place des technologies expérimentales ou opérationnelles qui peuvent faire espérer que l’île atteigne une autonomie électrique.

Organisé depuis 2009 par le Parc National de La Réunion, l’opération Nuits sans lumière a eu lieu du 12 avril au 6 mai 2017 : il s’agit d’inciter les Réunionnais à ne pas utiliser d’éclairage électrique la nuit, pour lutter à la fois contre le gaspillage énergétique et la pollution lumineuse, et ce pendant 25 nuits consécutives.

En effet l’utilisation abusive d’éclairage nocturne peut avoir des conséquences nuisibles pour l’environnement et la santé. D’une part parce qu’il peut troubler le sommeil de certains habitants – mais surtout parce qu’il représente un danger à long terme pour certaines espèces ou écosystèmes, perturbés dans la rupture du cycle jour-nuit, ou attiré vers des zones dangereuses par des lumières, comme les pétrels ou les tortues.

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Faire des économies sur l’éclairage urbain

Cette opération permet également de faire de réelles économies d’énergie : cet événement s’inscrit dans une volonté plus large « d’accompagner et d’inciter financièrement les acteurs économiques, et notamment les communes, à optimiser la gestion de leur éclairage extérieur, avec ce double objectif d’économies d’énergie et de respect de la biodiversité » explique EDF dans un communiqué. L’éclairage public représente à lui seul 58% de la consommation d’électricité du territoire.

En effet l’Île de La Réunion n’est pas interconnectée au réseau métropolitain et, partant, au cœur des enjeux de la transition énergétique. La Réunion est souvent citée comme un exemple dans l’utilisation des énergies renouvelables et la promotion de l’efficacité énergétique. Le territoire présente en effet de nombreux atouts, que les pouvoirs publics ont su valoriser.

Une île championne des énergies renouvelables… et des combustibles fossiles

Si La Réunion est à la fois le département produisant le plus d’électricité à partir des énergies renouvelables (plus de 35%) et l’un de ceux où la part des énergie fossile (65%) est la plus importante, c’est parce que l’île est une ZNI (Zone Non Interconnectée) et qu’elle n’est pas reliée au réseau continental des centrales nucléaires françaises.

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Elle doit ainsi importer des combustibles pour faire fonctionner les centrales thermiques de l’île, qui assurent la pérennité de l’approvisionnement électrique, puisque la part des énergies intermittentes (éolien et solaire essentiellement) était jusque cette année, comme pour toutes les ZNI, limitée par décret à 30%. Le développement des systèmes de stockage d’électricité a fait passer cette limite à 32%. La Réunion dispose par ailleurs de 4 Espace Info Energie, au quatre points cardinaux de l’île, pour coordonner notamment les projets d’énergies renouvelables.

L’hydroélectricité comme pilier de l’approvisionnement électrique

L’hydroélectricité fournit ainsi 17,1% de l’électricité de l’île, grâce à six centrales hydrauliques – les plus importantes étant celles de la Rivière de l’Est (67,2 MW) et de Takamaka (43,3 MW) ; ces barrages, alimentés notamment par des pluies particulièrement fortes dans l’est de l’île, sont des sources d’énergie fiables pour compenser des pics inattendus de consommation ou un défaut de production d’une autre source d’énergie.

La centrale thermique de Bois-Rouge produit environ 10% de l’électricité de La Réunion en brûlant de la bagasse, le résidu fibreux de la canne à sucre ; l’usine de méthanisation des déchets de Saint-Louis fournit quant à elles 2MW par an.

Les énergies intermittentes sont l’avenir de l’île

Mais La Réunion a sans doute atteint la limite de sa production électrique via l’hydroélectricité, les déchets ou la bagasse, et les pouvoirs publics se sont tournés depuis une dizaine d’années vers d’autres sources d’énergies, intermittentes. Certaines sont à l’état d’expérimentation avancée, comme les énergies marines : des démonstrateurs sont par exemple installés pour transformer la puissance des vagues en électricité (projet Pelamis et Ceto).

Le potentiel de l’éolien est limité, pour des raisons climatiques imposant des systèmes de sécurité particulièrement lourds, même si plusieurs fermes d’importance ont été installées, à La Perrière ou Sainte Rose.

C’est donc l’énergie photovoltaïque qui est au cœur de l’ambition de faire de La Réunion un territoire autonome d’un point de vue énergétique. En la matière, le potentiel est immense, compte tenu de l’ensoleillement maximal de l’île.

Une des plus grandes centrales photovoltaïques de France (10 000m² ) est installée depuis 2010 au sud de La Réunion, mais les équipements, à toutes les échelles, ne cessent de se multiplier, depuis la centrale photovoltaïque jusqu’à l’équipement individuel, en passant par des champs équipé de panneaux photovoltaïques en complément des récoltes. L’enjeu essentiel de cette énergie est son stockage : c’est l’aspect intermittent du solaire qui limitait son utilisation à 30%.

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En la matière, l’origine de ces spectaculaires progrès est le projet Pegase, pour « Prévision des énergies renouvelables et garantie active par le stockage d’énergie ». Mis en place par neuf partenaires (Aérowatt, EDF EN, EDF R&D, EDF SEI, EP-LMD, Météo France, Sidec, l’Université de La Réunion), ce projet développe des méthodes pour répondre à l’aspect intermittent de ces énergies.

A la pointe des techniques de stockage d’électricité

La Réunion dispose désormais de prévisionnels fiables de production des parcs photovoltaïques et éoliens, à court et très court terme ; les différents partenaires travaillent à optimiser la transmission de l’information sur l’état du réseau électrique, pour gérer les flux d’énergie, en rendant le réseau réunionnais le plus intelligent possible.

Pegase a également mis sur place une batterie Sodium-Souffre (Na-S) de 1MW à Saint-André, associée à une ferme photovoltaïque : il s’agit d’une des plus grosses capacités de stockage d’électricité existant en Europe, et c’est sa mise en service qui a permis de faire grimper la part des énergies renouvelables à 32%.

ile-reunion-energies-renouvelablesLa Star-up française Powidian, à la demande du groupe EDF-SEI, expérimente depuis fin avril 2017, la ferme photovoltaïque du cirque montagneux de Mafate. Celle-ci est couplée à un système de stockage par batterie à hydrogène : l’ensemble permet de rendre ce hameau d’une soixantaine de foyers et de bâtiments publics autonome en énergie. D’autres installations de ce type devrait voir le jour dans les prochaines années.

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En retard sur les objectifs qui restent atteignables

Les objectifs fixés par la loi de transition énergétique pour la croissance verte sont élevés : La Réunion devrait produire la moitié de son électricité en énergies renouvelables d’ici 2020 et atteindre l’autonomie énergétique en 2030.

Malgré l’avancée des différents projets, il est peu probable que ces objectifs soient atteints, mais les ressources de l’île les rendent réalisables avec un décalage de quelques années au plus. Ainsi La Réunion pourrait stopper ses coûteuses importations de combustibles et proposer à ses habitants une électricité locale, compétitive et propre.

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