Le choix de la France de se tourner significativement vers les énergies renouvelables dans les prochaines années pose la question de l'intégration de ces dernières dans le réseau électrique. Comment injecter efficacement ces énergies souvent intermittentes, aux sources très localisées ? Quels sont les acteurs de l'énergie en ayant la responsabilité ? Dans quel cadre normatif ? Quelles sont les retombées économique d'un tel chantier ? C'est à ces questions que nous allons tenter de répondre.

Après être revenus sur les objectifs de la France en termes d'EnR et avoir évoqué le cadre normatif propre au chantier de l'intégration de ces énergies dans le réseau, nous nous proposons dans ce troisième volet de mettre un coup de projecteur sur les acteurs principaux du raccordement : RTE et ERDF. 

Le projet de loi de la transition énergétique pour la croissance verte, actuellement discuté au Parlement, cherche à donner une nouvelle impulsion à la France en matière de maitrise de l’énergie. L’un de ses thèmes principaux concerne l’avènement des énergies renouvelables et la mise en retrait(e) du nucléaire.

En ce qui concerne le raccordement des énergies renouvelables au réseau électrique, deux acteurs publics vont être mis à contribution : ERDF et RTE. Peu connus du grand public, ils sont pourtant le chainon indispensable entre les producteurs d’électricité et les consommateurs.

Une histoire liée à l’évolution de la législation européenne

Le point de départ démarre dès 1996 avec la volonté de Bruxelles de libéraliser le secteur de l’énergie, monopolisé en France par EDF pour l’électricité et GDF pour le gaz, avec une directive fixant l’ouverture du marché européen d’électricité à la concurrence. Désormais les secteurs de la production et de la fourniture d’électricité seront concurrentiels, tandis que les secteurs du transport et de la distribution resteront monopolistiques. Pour ces derniers, EDF a donc créé deux filiales : Réseau de Transport d’Electricité (RTE) et Electricité Réseau Distribution France (ERDF).

RTE est créée en 2000 et exploite, entretient et développe les lignes électriques à haute et très haute tension entre les sites de production et les bassins de consommation. A la suite d’une nouvelle directive en 2003 imposant l’indépendance du gestionnaire de réseau de transport, RTE devient, en 2005, propriétaire du réseau de transport électrique français.

La création d’ERDF est plus tardive puisqu’elle intervient en 2008. Cette entreprise est chargée de la gestion du réseau de distribution à 95% et notamment de la distribution basse tension à destination des particuliers. C’est donc à elle que le consommateur doit, en dernière instance, son accès à l’électricité. Contrairement à RTE, elle n’est pas propriétaire mais concessionnaire du réseau, ce dernier appartenant aux autorités concédantes, communes et groupements de communes.

Leur rôle dans la transition énergétique à travers les Smart Grids

La France s’est fixée l’objectif de perfuser 32% d’énergies renouvelables (EnR) dans son mix énergétique d’ici 2030. Cela passe évidemment par une évolution du réseau pour pouvoir les intégrer. Cette mission est celle confiée à ERDF et RTE et comporte plusieurs enjeux. En premier lieu, les EnR sont souvent éloignées des foyers de consommation, l’exemple le plus marquant étant les éoliennes offshores en pleine mer, ce qui nécessite des raccordements complexes et résistants.

Par ailleurs, la production des EnR est irrégulière et intermittente puisque dépendante des éléments extérieurs, mais aussi rarement en adéquation avec les besoins locaux. Il faut donc que cette complexité soit prise en compte par ERDF et RTE.

 

Surtout, le développement des EnR n’est pas uniforme sur l’ensemble du territoire. Les disparités entre les régions sont importantes, ce qui explique la création des Schémas Régionaux de Raccordement au Réseau des Énergies Renouvelables (S3REnR) élaborés par RTE.

Enfin, les temps de raccordement au réseau peuvent durer, raison pour laquelle ERDF cherche à simplifier les procédures pour pouvoir réduire le délai de traitement des demandes de raccordement. Cette volonté est d’ailleurs encouragée puisqu’un amendement à la loi de transition énergétique vise à fixer à 18 mois le délai maximal de raccordement des installations.

Face à ces défis, le développement des solutions intelligentes est recherché pour permettre une optimisation de la gestion du transport et de la distribution de l’électricité. C’est à cet esprit que répond «Linky », le nouveau compteur communicant d’ERDF. Ce dernier permettra à chaque client d’accéder à une meilleure connaissance de sa consommation d’électricité, pour pouvoir maitriser ses dépenses énergétiques et réduire ses factures. Ce compteur de nouvelle génération permettra également à ERDF d’obtenir une meilleure connaissance du réseau, en termes de détection des pannes et de délais d’intervention pour une plus grande efficacité. Interactif et proactif, il incitera également les consommateurs à se tourner vers les EnR lorsqu’elles se trouvent en grande quantité – et donc à un prix moindre – dans le réseau.

Vers une meilleure intégration européenne

La prochaine étape du transport et de la distribution d’électricité devrait sans aucun doute être européenne. Plusieurs exemples traduisent cette orientation comme la liaison souterraine à courant continu de 65 km entre la France et l’Espagne, inaugurée le mois dernier ou encore la liaison vers l’Italie qui verra le jour en 2019. RTE a d’ailleurs bien compris le phénomène puisque la société fait partie du premier projet qui permet le couplage de la France avec l’Allemagne, le Benelux, la Grande-Bretagne et les pays scandinaves.

Surtout c’est une politique commune de l’énergie axée sur les énergies renouvelables qui semble être désirée. C’est en tout cas l’ambition du rapport «Energies, l’Europe en réseaux" remis le 23 février 2015 à François HOLLANDE par Michel DERDEVET, secrétaire général d’ERDF en réponse au souhait du Président de la République de voir la création d’un Airbus de l’énergie. Nul doute que les deux fleurons français que sont RTE et ERDF trouveront leur place dans ce projet paneuropéen. 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here