Comme presque tous les départements d’Outre-Mer, la Guadeloupe s’est lancé dans une course vers l’autonomie énergétique, une autonomie qui passe par un développement à très grande échelle des énergies renouvelables. Peu de temps après l’annonce de la création du plus grand parc éolien des Antilles et de l’ouverture d’une première usine 100% biogaz à la Gabarre, il est temps de faire le point sur l’énergie guadeloupéenne, avec, dans cette première partie de notre étude, un gros plan sur l’hydraulique et la géothermie.

La Guadeloupe étant une île, elle est qualifiée, d’un point de vue énergétique, de Zone Non Interconnectée (ZNI), comme la Martinique, la Réunion, la Guyane ou l’île Maurice. L’énergie finale consommée sur place ne peut venir que d’une production locale ou d’une importation d’énergie primaire.

Un mix énergétique largement dépendant des combustibles fossiles et des importations

Pour l’heure, le département est encore largement dépendant de ses exportations et des combustibles fossiles, charbon et pétrole essentiellement. En 2016, 88% de l’énergie consommée en Guadeloupe provenaient des importations, et près de 90% des énergies primaires consommées étaient d’origine fossile, et donc émettrices de gaz à effet de serre.

Même en s’en tenant au seul secteur électrique, 82,4% de l’électricité produite en Guadeloupe l’est à partir d’énergies fossiles.

En 2016, les deux centrales au charbon de l’île ont produit un total de 511 802 MWh, en augmentation de 26% par rapport à 2015, soit 28% du mix électrique. Les quatre installations au pétrole ont produit 964 501 MWh en 2016, en recul de 7% par rapport à 2015, soit 54,4% de la production électrique de Guadeloupe. Enfin les énergies renouvelables ont produit 17,6% de l’électricité de l’île, avec 315 100 MWh.

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50% d’énergie totale renouvelable en 2030, l’autonomie en 2050 !

Mais les autorités ont la ferme intention de sortir de cette dépendance aux importations et aux énergies fossiles, et se sont lancé dans un vaste plan de déploiement des énergies renouvelables. La Loi sur la Transition Energétique pour la croissance verte de 2015 a fixé comme objectif les 50% d’énergie renouvelable totale dès 2030, et l’autonomie énergétique en 2050.

Pour cela, l’île entend profiter d’un territoire propice à l’installation de la plupart des énergies renouvelables matures, qui sont toutes en forte croissance, avec des projets nombreux.

L’hydraulique : un potentiel modeste, déjà largement exploité

L’hydro-électricité est sans doute celle dont le potentiel à long terme est le plus limité, de par un réseau de rivières modestes. La première centrale hydraulique de Guadeloupe a été installée en 1993 et si de petits équipements continuent d’être posés, l’île est proche du déploiement maximal que peut offrir cette énergie.

Pour autant, des travaux de rénovation des centrales existantes ces dernières années ont permis d’augmenter la puissance disponible pour le réseau. Si bien que l’année 2016 a été marqué par un record de production pour l’hydraulique guadeloupéen, avec 34 090 MWh, soit 1,9% du mix électrique – en augmentation de 61% par rapport à 2015, qui avait été une des années les plus sèches de ces dernières décennies en Guadeloupe.

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Géothermie : Bouillante, la plus grande centrale de France

En revanche, s’il y a bien une énergie renouvelable pour laquelle la Guadeloupe est largement en pointe au niveau mondial, c’est bien la géothermie. La centrale de Bouillante a été, historiquement, la première de France à être opérationnelle, dès 1984, avec une puissance de 4MW. Après une interruption, la production d’électricité par géothermie a repris à Bouillante en 1996, renforcée ensuite en 2005 par l’unité 2, d’une puissance de 11MW.

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La centrale dispose aujourd’hui d’une puissance totale de 15 MW, et d’un potentiel de production d’environ 100 000 MWh. Différents travaux de renouvellement et d’entretien empêchent encore la centrale de livrer son plein potentiel, mais après un creux historique en 2010, à moins de 15 000 MWh de production annuelle, les chiffres sont remontés. En 2016, le site de Bouillante a produit 84 079 MWh, soit 4,69% de la production électrique de la Guadeloupe – record de France, et de très loin.

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Le plus fort potentiel géothermique de France : objectif 16% de l’électricité en 2030

Le potentiel géothermique de la Guadeloupe ne se limite pas à ce site : son sous-sol est de très loin le plus propice de France à la production de cette énergie. Les spécialistes estiment qu’exploitée à son maximum, la géothermie pourraient couvrir jusqu’à la moitié des besoins en électricité de l’île.

Pour l’heure, deux projets retiennent toute l’attention des décideurs. Le premier consiste à augmenter la capacité de la centrale de Bouillante, par deux biais. Il s’agit d’abord de renforcer les capacités de l’usine actuelle, en remplaçant l’unité 1 de 4 MW par une nouvelle unité dite 1Bis de 12,8 MW. Au terme de ces travaux, une éventuelle extension à 20 MW pourrait être envisagée pour cette unité 1.

Parallèlement, un nouveau site de production, l’unité 3, devrait voir le jour dans le nord de la baie. Sa capacité de production pourrait atteindre jusqu’à 20MW. Au total, la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) estime que le site atteindra en 2023 au moins 30 MW, et un minimum de 40 MW en 2030 ; cela permettrait à Bouillante de participer pour 16% à la production électrique de la Guadeloupe.

Le projet Roseau Valley à la Dominique, 40 MW pour la Guadeloupe ?

Le second projet géothermique lié à la Guadeloupe n’est, en revanche, pas situé sur l’île, mais plus au sud, sur l’île de la Dominique. Le site de Roseau Valley est considéré comme porteur d’un des plus forts potentiels géothermiques de toutes les Antilles, à près de 100 MW. Le projet est d’y installer une vaste centrale géothermique, en collaboration entre Dominique, Guadeloupe et Martinique, et de la relier aux réseaux électriques des deux secondes, par des câbles sous-marins.

Au final, une répartition de 20 MW pour la Dominique (couvrant une très grande partie des besoins d’une île encore peu peuplée), 40 MW pour la Martinique et 40 MW pour la Guadeloupe a été envisagée. Les travaux ont démarré, mais ont pris du retard, encore accentué par les événements climatiques de septembre 2017 ; l’objectif de mise en service pour 2023 est largement compromis, si bien que ce projet n’est désormais plus pris en compte par la PPE dans l’évolution du mix guadeloupéen.

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Une objectif réaliste de 30% d’électricité d’origine géothermique

Mais les travaux devraient reprendre, ce projet étant une des pierres de touche de la transition énergétique des Antilles Françaises : car une mise en service de Roseau Valley combiné au plein potentiel de Bouillante couvrirait plus de 30% des besoins en électricité de la Guadeloupe.

Rendez-vous demain pour la suite de notre étude des renouvelables en Guadeloupe, centrée cette fois sur la biomasse, le biogaz et le photovoltaïque.

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