Seconde partie de notre étude consacrée au partage des données par les réseaux intelligents : après avoir évoqué la collecte des données de consommation, nous évoqueront le traitement et la publication des données par les gestionnaires réseau. Un accès optimal aux données issues des smart grids est en effet indispensable pour intégrer des tiers au processus de gestion de l’énergie.

Nous avons largement évoqué, dans la première partie de notre étude, la nécessité, pour les smart grids, de collecter, agréger et traiter une masse considérable de données, ainsi que la question centrale de la collecte des données de consommation, dans un cadre légal précis protégeant les consommateurs – une action qui nécessite une œuvre de pédagogie pour intégrer ces consommateurs dans le processus de transition énergétique.

L’open data, une option d’avenir pour l’électricité

Le second niveau crucial de partage des données est l’ouverture, par les gestionnaires réseau, de leurs données à des tiers – cela permettra à chacun de connaître l’évolution de la production et de la consommation électrique d’un réseau donné (local, régional, national).

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L’enjeu de ce traitement de la donnée en open data est multiple : il doit permettre au grand public de prendre conscience des réalités énergétiques de sa ville, de sa région, de son pays, et ainsi mieux comprendre les décisions prises dans ce domaine, voire y participer ; il offre aux analystes des données précises, en temps réel et immédiatement utilisables, afin d’étudier en détail une situation énergétique et ses évolutions possibles ; il permet aux entreprises innovantes de développer des outils adaptés à la réalité du réseau électrique d’aujourd’hui et de demain, avec un maximum d’efficacité possible.

Un cadre légal qui pousse les gestionnaires réseaux vers la publication de leurs données

Là aussi un cadre législatif fort a été mis en place ces trois dernières années. L’article 179 de la Loi sur la transition énergétique et la croissance verte (LTECV) du 17 août 2015, complété par un décret du 18 juillet 2016, met en place un service de mise à disposition aux personnes publiques et au public de données de consommation et de production, auquel les gestionnaires de réseaux publics d’énergie sont appelés à contribuer.

La loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 renforce encore les obligations de gestionnaires en la matière ; une recommandation de la CRE (Commission de régulation de l’énergie), le 8 décembre 2016, enjoint ces derniers de se coordonner dès que possible sur le format et la nature des données qu’ils collectent, « afin de faciliter leur croisement et leur exploitation par les utilisateurs finals et les personnes publiques ».

Données publiques et vie privée : une nécessaire anonymisation

Ces demandes pourraient sembler en contradiction avec la nécessaire protection des données personnelles des consommateurs : si les gestionnaires travaillent en open data, les consommateurs ne risquent-ils pas de voir leurs données de consommation publiées ?

En réalité, ces données ont un statut juridique bien particulier, renforcé par les lois Informatique et Libertés, puis Pour une République Numérique – qui anticipent la mise en place du règlement européen sur la protection des données personnelles en mai 2018. Un procédé d’anonymisation est obligatoire avant toute publication.

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Ainsi, un document peut être rendu public sur la consommation d’une ville, d’un quartier, voire d’un immeuble, mais sans que la consommation précise d’un consommateur n’apparaisse, pas plus que ses informations personnelles. Les données publiées doivent être des moyennes sur plusieurs foyers similaires, rendant impossible la déduction des données précises d’un abonné précis. De même les consommateurs conservent des droits précis sur les données collectées – d’accès, de correction, d’oubli, clairement définis par le cadre législatif.

Les acteurs de l’énergie en France lancés vers l’open data

Ces limites posées, les grands acteurs du secteur de l’énergie en France ont décidé de se lancer immédiatement dans l’open data, conscients que rendre le réseau intelligent l’imposera de toute façon. “Si on ne le fait pas maintenant, d’autres le feront à notre place” explique avec clarté le cadre d’un gestionnaire réseau français.

Ainsi Enedis publie en open data un « bilan électrique au pas journalier ». Ce document, mis à jour quotidiennement, précise, pour le réseau électrique français, quels sont les volumes d’énergie injectés, soutirés, produits ou consommés chaque jour, ainsi que la température moyenne sur l’ensemble du territoire. Ces données sont publiques, elles peuvent être consultées par chaque internaute : leur publication est une belle opportunité pour les particuliers curieux de la réalité énergétique du pays, mais aussi pour les société innovantes souhaitant proposer des solutions opérationnelles pour le réseau. Cerise sur le gâteau : les salariés d’Enedis eux-mêmes trouvent un intérêt à cet accès facilité à des données cruciales, leur permettant de gagner en efficacité.

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Au-delà, la majorité des expérimentations de smart grids en France (Issy Grid, SMILE, FLEXGRID, YOU & GRID…) travaillent aujourd’hui en open data, dans l’optique de créer une synergie citoyenne et technologique autour de la question énergétique.

Lutter contre la congestion grâce à l’open data ?

La CRE propose même aux gestionnaires réseau d’aller encore plus loin dans la publication de leurs données. Constatant que l’injection d’énergies renouvelables intermittentes peut créer des déséquilibres sur le réseau et provoquer gaspillage ou congestion, la CRE estime qu’une information transparente sur ces questions serait bénéfique à l’innovation et aux développement de solutions neuves.

Dans une recommandation du 8 décembre 2016, elle propose aux gestionnaire d’indiquer en open data quels sont leurs postes source sous contrainte, et quelles sont leurs caractéristiques : « La CRE demande aux gestionnaires de réseaux publics de transport et de distribution d’électricité de mettre en place des outils informatiques permettant de rendre compte de la localisation des contraintes en tension et en intensité des réseaux qu’ils exploitent, afin de permettre à des acteurs tiers de leur proposer des solutions appropriées pour traiter de telles congestions. »

La révolution de l’open data est en cours sur le secteur de l’électricité en France : cette route est nécessaire pour optimiser l’utilisation des smart grids, intégrer les énergies renouvelable intermittentes et accélérer la transition énergétique française. Le cadre réglementaire étant posé, les acteurs de l’énergie doivent désormais proposer des outils et des agrégats de données efficaces, tout en faisant preuve de pédagogie pour rallier les citoyens à cette nécessaire évolution.

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