Leader sud-américain des énergies renouvelables, notamment photovoltaïques, le Chili a entamé avec détermination sa transition énergétique. L’objectif de 90% d’électricité d’origine propre et renouvelable d’ici 25 ans semble aujourd’hui réaliste, grâce à des ressources naturelles (le désert le plus aride et ensoleillé du monde notamment) et un réseau électrique en voie de modernisation.

 

600 kilomètres : c’est la longueur de la ligne électrique ouverte fin novembre 2017 au Chili. Elle relie Cardones, dans la région d’Atacama, au nord du pays, à Mejillones, dans la région d’Antofagasta, au centre du pays. D’une puissance de 500 kiloVolts, cette ligne à courant alternatif a été mise en service par Transmisora Eléctrica del Norte (TEN), un consortium détenu à 50% par Red Electrica International et à 50% par Engie.

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« Une nouvelle étape dans l’histoire du développement électrique national »

 

« Le raccordement entre le SING (Système Interconnecté du Grand Nord) et le SIC (Système Interconnecté du Centre) est une opération inédite au Chili qui marque le début d’une nouvelle étape dans l’histoire du développement électrique national et qui va permettre d’avoir un réseau unique, plus solide et plus compétitif », ont déclaré des responsables du géant énergétique français.

 

Cette mise en service était attendue depuis de longs mois : elle va mettre fin à une bizarrerie du réseau électrique chilien, qui a proposé, durant plus de cent jours par an en 2016, de l’électricité gratuite à certaines villes du nord du pays !

 

Les fruits d’une politique volontariste lancée en 2014

 

Retour en arrière. 2014 : Michelle Bachelet est élue pour la seconde fois présidente du Chili. Le nouveau gouvernement veut moderniser la fourniture en électricité du Chili : souffrant d’un déficit de ressources énergétiques par rapport à ses voisins sud-américains, le pays doit importer d’énormes quantités de charbon pour produire une électricité polluante et la plus chère de la région.

 

Le gouvernement décide alors de développer au maximum, le plus vite possible, les filières renouvelables, l’éolien et, surtout, le solaire photovoltaïque. En effet, les conditions climatiques du désert d’Atacama, dans le nord du pays, sont exceptionnelles pour produire de l’électricité photovoltaïque : l’ensoleillement y est presque constant, le désert étant le plus aride du monde, et le niveau de radiation solaire extrême. Il n’existe pas de lieu sur terre où la rentabilité énergétique du photovoltaïque soit supérieure.

 

Qui plus est le pays est l’un des rares producteurs mondiaux de lithium, un métal rare utilisé dans la construction des panneaux photovoltaïques. Par ailleurs, c’est également dans le nord du pays que se trouve la majorité des mines du Chili, notamment les mines de cuivre dont le pays est premier producteur mondial – et qui a connu un boom ces quinze dernières années. Une industrie qui utilisait jusque là une électricité issues de centrales au charbon polluantes.

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Le photovoltaïque à grande échelle, appuyé par de grands groupes français

 

Face à ces constats, le choix du photovoltaïque sonne comme une évidence. Les autorités lancent alors une campagne de constructions de fermes photovoltaïques tout azimut. Les conditions sont à ce point idéales dans le désert d’Atacama que les grands groupes internationaux se pressent pour répondre aux appels d’offre – provoquant une vertigineuse chute des coûts, faisant du Chili le pays produisant le Mégawatt-heure photovoltaïque le moins cher du monde. Cet afflux d’investisseurs a permis une installation rapide et à très grande échelle.

 

Une quarantaine de fermes photovoltaïques ouvrent les unes après les autres, dont plusieurs de tailles vertigineuses. EDF y a notamment implanté sa plus grande centrale solaire photovoltaïque, à Boléro : 475 000 panneaux installés sous le soleil brûlant du désert, pour une puissance totale de 146 MW, opérationnelle depuis cette année. En 2015, Sunpower, filiale de Total, avait mis en service la centrale de PV Salvador, d’une puissance de 70 MWchili-plein-feu-energies-renouvelables

 

Résultat : en moins de quatre ans, le Chili a plus que doublé sa production d’énergies renouvelables, et les objectifs à moyen terme sont très ambitieux : l’objectif est d’atteindre les 90% d’électricité d’origine renouvelable d’ici 25 ans. Et, concernant le mix énergétique total, le pays est passé en quatre ans de 7 à 17% d’énergies renouvelables, et les autorités visent les 25% de renouvelables en 2025 et les 70% en 2050.

 

Saturation du réseau et de l’électricité gratuite pour les usagers !

 

Cela étant, cette implantation de fermes photovoltaïques a été, dans un premier temps, trop rapide pour le réseau chilien. La majorité des centrales installées sont situées dans le nord du pays, une zone peu peuplée, à l’exception de quelques centres urbains situés sur la côte, comme Arica, Iquique ou Antofagasta. Cela a provoqué un excès d’offre dans le nord du pays, car le Chili ne disposait pas de systèmes de stockage efficaces, ni d’un réseau lui permettant de transporter l’électricité produite en surplus vers le centre du pays, où se trouvent d’autres usines minières et les principales villes du pays, la capitale Santiago en tête.

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L’électricité photovoltaïque s’est retrouvée produite en surplus dans le nord du pays. Pendant certaines périodes, notamment le début de l’année, la surproduction électrique a conduit certaines entreprises à distribuer l’électricité à des prix dérisoires : plusieurs villes du nord du pays ont même bénéficié d’une électricitégratuite pendant plusieurs mois en 2015 et 2016 (jusqu’à six mois en 2015). Cela a eu pour effet de faire reculer certains investisseurs.

 

Un réseau et une électricité tournés vers le futur

 

Mais la ligne électrique inaugurée par Engie devrait permettre de pallier à ces inconvénients, reliant enfin la zone de production photovoltaïque du nord vers le centre du pays. Dès janvier 2018, le métro de Santiago devrait ainsi fonctionner avec de l’énergie solaire. Par ailleurs des projets de stockage d’électricité sont en cours de développement, pour pouvoir utiliser la nuit l’électricité produite le jour par les panneaux photovoltaïques.

 

Le pays a de plus lancé une vaste campagne d’installation de micro-centrales photovoltaïques sur le toit des bâtiments publics, hôpitaux, écoles… et même le palais présidentiel ! Combiné à un vrai décollage de l’éolien et des infrastructures en pleine modernisation, cette politique volontaire promet de beaux jours au Chili.

 

 

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