La biomasse est une énergie complexe : transformer les ressources organiques naturelles en énergie peut être une démarche profondément durable, écologique, porteuse d’avenir et d’emploi – mais peut également se transformer en catastrophe écologique, agricole ou forestière. Pour autant elle demeure la première énergie renouvelable mondiale et doit s’intégrer dans les futurs mix énergétiques « durables » : elle doit pour cela être utilisée avec intelligence et responsabilité. Première partie de notre étude, centrée sur le fonctionnement de cette énergie et ses dangers.

Un permis d’exploitation accordé en 2012, puis annulé par le Tribunal administratif de Marseille en juin 2017, avant que le préfet n’autorise « à titre provisoire » la poursuite de l’exploitation, – et que, finalement, Nicola Hulot ne fasse appel de la décision du Tribunal administratif, début juillet 2017 : les aventures de la centrale biomasse de Gardanne sont aussi tumultueuses que complexes, mais elles s’expliquent par les paradoxes d’une énergie renouvelable cruciale, mais méconnue – la biomasse.

Qu’est-ce que la biomasse ?

La biomasse énergie est l’utilisation de toute matière organique, qu’elle soit d’origine végétale ou animale, à des fins de production d’énergie. Elle est en cela la plus ancienne source d’énergie utilisée par l’homme, depuis la découverte du feu : faire un feu de cheminée, c’est utiliser de la biomasse énergie.

Aujourd’hui, cette filière est bien évidemment beaucoup plus large que le bois de chauffage ou de cuisson – même si ce dernier conserve un rôle majeur au niveau mondial, notamment dans les pays les moins industrialisé, qui participe à faire de la biomasse la première énergie renouvelable utilisée dans le monde.

En effet, en 2014, la consommation mondiale de « biomasse et déchets » représentait 10,3% de la consommation mondiale d’énergie. Sur ce total, plus de 80% était utilisé pour de la « consommation finale directe », c’est à dire une utilisation directe de la source d’énergie, le plus souvent du bois, pour chauffer des logements ou cuire des aliments.

Une dimension qui dépasse aujourd’hui le bois de chauffage et de cuisson

Mais la filière, aujourd’hui, ne se limite pas à cette dimension, et d’autres utilisations des matières organiques permettent de produire de l’énergie, soit directement, soit indirectement. La production directe se fait par combustion, en brûlant les matières organiques, pour produire de l’électricité, de la chaleur ou les deux. Cela concerne le bois, les déchets des industries du bois et les déchets végétaux agricoles (paille, canne à sucre, arachide, noix de coco…).

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La production indirecte se fait par méthanisation : les déchets sont stockés et mêlés à des bactéries qui, par fermentation, produisent un biogaz. Brûlé, il produit, lui aussi, de la chaleur ou de l’électricité. Cette opération est possible avec de nombreux matériaux, les déchets ménagers, le fumier et lisier d’animaux, les boues de stations d’épuration ou les papiers et cartons.

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L’autre production indirecte dépend d’une transformation chimique : il s’agit des biocarburants ou agrocarburants, produits à partir de composés organiques. Deux grandes filières secondaires existent dans ce domaine : les carburants produits à partir d’huile et produits dérivés de l’huile, notamment huile de colza ou de tournesol ; et la filière alcool, notamment le bioéthanol, produit à partir de sucres, d’amidons, de cellulose ou de lignine.

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Une question d’équilibre

L’utilisation de la biomasse pour produire de l’énergie présente l’avantage considérable de n’émettre que très peu de polluants et de n’avoir aucun impact sur l’effet de serre dès lors que la filière est renouvelable et durable : en effet la quantité de CO2 rejeté par les centrales à biomasse est équivalente à la quantité absorbée par les végétaux utilisés pendant le temps de leur croissance.

Par ailleurs l’usage du biogaz permet d’éviter le rejet d’importantes quantités de méthane dans l’atmosphère, un gaz 21 fois plus polluant que le CO2.

Mais la principale problématique liée à cette filière est qu’elle doit être utilisée dans des conditions très strictes pour être réellement durable – ce qui n’est pas le cas de la plupart des énergies renouvelables : une mauvaise utilisation du photovoltaïque, de l’éolien, de l’hydroélectricité, de la géothermie, ne conduira, au pire, qu’à des rendements faibles, qui rendront complexe la rentabilité de l’installation d’un point de vue financier. Mais le coût environnemental de l’infrastructure a de grandes chances de demeurer inférieur au bénéfice en terme d’énergie produite.

Quatre critères pour rendre la biomasse durable

Ce n’est pas le cas de le biomasse. Il faut en effet réunir quatre conditions indispensables pour que la biomasse soit renouvelable :

  1. Il ne faut pas surexploiter la ressource, c’est à dire consommer davantage que l’on produit ou replante : par exemple dans le cas du bois utilisé dans des centrales, il faut s’assurer que la quantité de bois planté est équivalent à celle du bois brûlé
  2. Il ne faut pas mettre en péril la fertilité des milieux qui produisent la biomasse
  3. Il ne faut pas que l’exploitation de la ressource ait un impact trop fort sur la biodiversité
  4. Il ne faut pas que la ressource biomasse rentre en concurrence et pénalise d’autres usages ; typiquement il faut éviter que la biomasse remplace de l’agriculture vivrière ou que l’utilisation de l’eau pour produire la biomasse renforce ou déclenche une pénurie pour les populations ou l’agriculture vivrière

De même, si la biomasse est mal utilisée dans des centrales ou en méthanisation, elle peut être polluante, c’est à dire rejeter plus de CO2 qu’elle n’en capture pendant la croissance des animaux, ou émettre des fumées ou des résidus de goudrons toxiques.

Cas d’espèce d’utilisation non renouvelable de la biomasse

De nombreux exemples d’utilisation déraisonnable de la biomasse existent, dans l’histoire lointaine ou récente. Dans les années 2 000 par exemple, le boom des biocarburants, liés à une hausse spectaculaire du prix du pétrole, a conduit de nombreux pays, en Amérique Latine notamment, à convertir des terres arables en champ de colza, ou à déforester pour le même but. Si les opérations furent, à court terme, économiquement particulièrement rentables, elles furent désastreuses d’un point de vue durabilité et écologie.

Plus généralement, l’humanité dans son ensemble a pendant des siècles surexploité la ressource bois, au point de réduire considérablement la surface occupée par les forêts sur le globe. A l’échelle de la France, entre -6 500 avant J-C et le début du XIXème siécle, le surface occupée par les forêts est passée de 45 millions d’hectares à moins de 6 millions d’hectares.

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L’équilibre est donc primordial pour l’utilisation de cette ressource. Une question au cœur des décisions sur la centrale de Gardanne, sur laquelle nous reviendront en détail dans la seconde partie de notre étude, dès demain.

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