Le retard européen en terme de mobilité électrique est important, notamment pour le secteur-clé des batteries. La Commission Européenne, déterminée à favoriser cette filière, a créé dans ce but l’Alliance européenne des batteries, qui a présenté sa feuille de route en février 2018. Objectif : se distinguer en proposant des batteries écologiques. Gros plan.

La Commission Européenne est convaincue que l’électrification du secteur automobile est un processus déjà enclenché, et que l’Union doit rapidement prendre ce train en marche, sous peine d’être définitivement distancée.

Un seul constructeur européen dans le top 10 mondial des ventes de véhicules électriques

Certes le marché du véhicule 100% électrique ne représente aujourd’hui que 1% du marché automobile mondial ; mais il progresse d’environ 50% tous les ans, pour atteindre en 2017 les 750 000 véhicules neufs vendus. Roland Berger estime qu’en 2025, il représentera a minima 15% des ventes en Europe et 17% en Chine. D’autres experts européen tablent même sur une progression plus rapide encore.

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Le problème industriel qui se pose à l’Union Européenne est simple : produire un moteur électrique performant nécessite une expertise technique bien moins importante que pour un moteur thermique, ce qui permet plus facilement à des nouveaux constructeurs de s’imposer dans ce domaine. Ce qui explique la présence, dans le top 10 mondial des ventes de véhicules électriques en 2017, de seulement deux constructeurs historiques, Renault-Nissan et Chevrolet (General Motors), pour cinq constructeurs chinois parfaitement inconnus en Occident (ZD, BYD, Zotye, JAC, Geely).

Des investissements massifs pour rattraper le retard sur les moteurs et les voitures

Pour autant, du coté de le production des moteurs et des véhicules, les industriels européens demeurent optimistes : concevoir une voiture électrique est assez aisé, mais la produire en série à très grande échelle nécessite une expérience qui laisse encore une longueur d’avance sur les industriels historiques. Les difficultés de Tesla à augmenter brutalement sa production le démontre : « Peut-être que ce n’est pas difficile de faire une voiture électrique, mais la produire en masse c’est une chose que peu de fabricants ont réussi à faire », note ainsi Gareth Dunsmore, directeur des véhicules électriques pour l’Europe chez Nissan.

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Les grands constructeurs occidentaux ont tous lancés de vastes plans de développement de la filière électrique, avec une puissance d’investissement colossale (plusieurs dizaines de milliards d’euros), qui devraient leur permettre de combler progressivement leur retard. La Commission Européenne est clairement sur cette ligne d’attaque : « Nous devons tout miser sur les voitures propres et investir tout l’argent des départements R&D dans la production de ces voitures » a ainsi déclaré Elzbieta Bienkowska, l’Euro-Commissaire en charge du Marché Interne et de l’Industrie.

Les batteries : un fossé industriel s’est creusé avec l’Asie et les Etats-Unis

En revanche, sur le secteur des batteries, le retard européen semble tout bonnement impossible à combler. Aucun industriel européen d’importance ne produit actuellement de batteries Lithium-Ion, un secteur outrageusement dominé par l’Asie (Chine, Japon, Corée du Sud) et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis. Or, les véhicules électriques utilisent actuellement tous ces batteries : pour chaque voiture électrique qui sort d’une usine d’un constructeur européen, entre 4 000 et 7 000 euros sont payés à un industriel américain ou asiatique pour sa batterie.

C’est dans ce contexte que Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission Européenne en charge de l’énergie, a lancé, en octobre 2017, une Alliance Européenne des batteries ; parmi les invités de cette réunion de création se trouvaient des représentants de l’Union, des gouvernements nationaux et des chefs d’emprise, comme le groupe chimique BASF, les constructeurs automobiles Renault et Daimler ou la société d’ingénierie Siemens.

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« Créer une chaîne de valeur complète de batteries en Europe »

L’idée de cette alliance est de reprendre le modèle d’Airbus, en unissant les expertises et les capitaux de plusieurs industriels européens de premier plan, afin de lancer une filière européenne de batteries apte à se positionner sur le marché mondial. Pour Šefčovič, cette technologie est « trop importante pour être importée de l’étranger  ». Les participants de cette réunion se sont entendu pour « créer une chaîne de valeur complète de batteries en Europe » et d’y construire « des infrastructures de production de cellules de batteries de grande envergure ».

Après plusieurs mois de travail, cette nouvelle Alliance a présenté sa feuille de route en février 2018. En préambule à cette publication, Maroš Šefčovič a précisé les contours de cette alliance, qui ne devrait pas prendre la forme d’un unique consortium transnational, comme l’est Airbus : « « Je ne pense pas que nous aurons une seule entreprise de production de batteries en Europe, mais plutôt plusieurs consortiums qui coopéreront étroitement », a ainsi déclaré le Commissaire.

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S’appuyer sur plusieurs consortiums,10 à 20 méga-usines et une excellence écologique

Selon les estimations de la Commission, le marché des batteries pourrait atteindre 250 milliards d’euros par an en 2025, pour une demande de cellules de batterie estimée à 200 GWh. L’objectif est qu’à cette date, « l’Europe dispose d’au moins 10 méga-usines commercialisant sur les marchés mondiaux des produits de grande qualité, au meilleur prix » à déclaré Šefčovič. Précisant sa pensée, le vice-président a parlé d’une fourchette entre 10 et 20 méga-usines européenne à cette échéance. Pour ce faire, la Commission pose la nécessité de former entre 300 000 et 400 000 personnes au niveau de l’Union, et d’accélérer les rapprochements entre groupes industriels.

Quant à la feuille de route, elle identifie 20 priorités pour l’Union Européenne afin de développer une filière forte et compétitive. L’axe majeur que propose la Commission est d’orienter la production européenne de batteries sur l’excellence écologique : pour se distinguer de la production asiatique et européenne, l’Union choisit un positionnement plus vert, plus durable, plus recyclable. Rendez-vous demain pour détailler ces propositions de la Commission, ainsi que les premières alliances industrielles qui se forment.

 

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