Les grandes mutations dans le secteur de l’énergie vont encore s’accélérer dans les mois à venir en France : le réseau électrique français accompagne et souvent anticipe ces mutations. L’année 2018 sera de ce point de vue capitale : des raccordements en hausse, une augmentation de l’autoconsommation, des énergies renouvelables plus nombreuses, une bascule vers des solutions smart grids… Le programme est copieux. Visite guidée.

« 2018 sera l’année du raccordement » : la phrase d’Antoine Jourdain, directeur délégué d’Enedis, gestionnaire du réseau public de distribution d’électricité en France, est symptomatique d’une période charnière.

La transition énergétique impose une profonde transformation du réseau électrique, avec notamment une multiplication des sources de production électrique, notamment les sources renouvelables – l’éolien et le photovoltaïque sont en tête, mais la petite hydro-électricité est également concernée.

3,5 milliards d’euros pour la modernisation du réseau, dont 1 milliard pour le raccordement

Globalement, la France est en pleine bascule d’une logique où l’électricité était produite par quelques grandes centrales et acheminée chez les consommateurs, vers une logique où l’électricité est produite par une multitude de sources (d’origines, d’intermittences et de puissances variées), et où le consommateur peut aussi être producteur. Cela nécessite un nombre considérable de nouveaux raccordements au réseau, ainsi que de nombreux nouveaux équipements.

En 2017, Enedis a réalisé 400 000 raccordements, soit plus de 1 000 par jour, et la demande est en constante hausse ; le gestionnaire réseau a également installé 12 nouveaux postes sources et une cinquantaine de nouveaux transformateurs.

3,5 milliards d’euros vont être investis pour continuer à moderniser le réseau, dont 1 milliard pour le seul raccordement. L’une des priorités est l’application de solutions intelligentes.

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« Aller encore plus loin pour connecter la transition énergétique »

« Il y a quelques années, Enedis a lancé différents démonstrateurs de smart grids qui commencent à porter leurs fruits. Nous avons engagé une vraie révolution numérique. Dix millions de compteurs Linky devraient être installés en 2018. Et nous avons donc décidé d’aller encore plus loin pour connecter la transition énergétique, en accélérant encore nos efforts. » déclare ainsi Antoine Jourdain.

Le compteur communicant est en effet la première grande étape de transition vers un réseau intelligent. Par exemple, pour un particulier qui possède un équipement photovoltaïque ou qui souhaite s’équiper, il fallait auparavant trois compteurs différents. Désormais, le compteur connecté fait seul le travail, et gère les données de consommation et de production.

Un compteur communicant pour simplifier la gestion des données

Le compteur communicant est l’interface unique entre l’habitation et le réseau électrique, dans toutes les relations qu’ils entretiennent : il enregistre l’énergie produite et consommée directement par l’habitation ; l’énergie que l’habitation soutire au réseau quand l’énergie produite est insuffisante ; l’énergie injectée sur le réseau quand l’énergie produite est en surplus.

Avec l’avènement des solutions de stockage, il pourra également gérer les données liées à la batterie installée dans l’habitation, sa charge et sa décharge, en fonction des besoins de l’habitation. On peut imaginer que, dans un futur proche, une borne de recharge de véhicule électrique sera ajoutée à l’habitation, ce qui ajoutera encore un lien avec le réseau.

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La mobilité électrique, une autre révolution à anticiper

Cette question de la mobilité électrique et de son avènement est également centrale pour le réseau électrique. Le véhicule électrique a encore une place minoritaire dans le secteur automobile, mais tous les indicateurs prouvent que sa croissance sera exponentielle dans les années à venir. Cela signifie un travail d’anticipation d’importance pour que les réseaux électriques puissent proposer les infrastructures et la puissance électrique nécessaire à ces véhicules.

« L’objectif du gouvernement, fixé à sept millions de bornes de recharge d’ici 2030, est très ambitieux. Imaginez ce que cela implique pour le gestionnaire du réseau : sept millions de raccordement et un chantier colossal. Il y a aussi des flottes de bus électriques qui se constituent progressivement et qui vont demander de l’apport énergétique. Cela exige un gros travail de préparation en amont pour proposer la meilleure solution. » affirme Antoine Jourdain.

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Le véhicule électrique est d’ailleurs au cœur de ces mutations en cours : le réseau électrique veut en faire un « point de consommation dynamique », dans le sens où la batterie du véhicule électrique, une fois chargée, pourra, si le véhicule est à l’arrêt, servir de réserve de puissance pour le réseau. Ce point précis illustre bien le changement de paradigme en cours : l’électricité n’est plus acheminée uniquement d’un producteur à un consommateur – elle peut être acheminée dans une batterie de véhicule électrique, puis être réinjectée sur le réseau.

« L’autoconsommation représente plus de la moitié des raccordements photovoltaïques. »

Les stratégies d’autoconsommation participent à cette même logique, dynamique, adaptée aux réalités de demain, mais qui nécessite une adaptation du réseau électrique. « Nous constatons en effet une appétence croissante pour l’autoconsommation. Cette année, plus de 8 000 clients ont fait des demandes de raccordement pour consommer leur propre électricité et, aujourd’hui, l’autoconsommation représente plus de la moitié des raccordements photovoltaïques. » précise aussi Antoine Jourdain. Fin 2017, 20 000 foyers français produisent leur propre électricité grâce à des panneaux photovoltaïques, un nombre qui va continuer de croître dans les années à venir.

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L’autoconsommation bénéficie clairement de l’apport des solutions smart grids et des compteurs communicants, qui la rendent plus simple, plus efficace – et donc plus rentable. Elle en a d’autant plus besoin qu’elle concerne un nombre important de foyers – qu’il s’agisse de son déploiement dans un quartier intelligent conçu d’emblée pour utiliser une énergie produite localement, ou dans une copropriété qui souhaite s’équiper des panneaux photovoltaïques : « Les enjeux sont également importants dans des copropriétés, très demandeuses, mais où chacun consomme différemment et où il faut développer une capacité à gérer les différents flux afin que chaque client puisse piloter son installation. » note encore Antoine Jourdain.

Le réseau électrique français est en tout cas prêt et armé pour poursuivre cette nécessaire révolution, qui est à la fois celle de la transition énergétique et celle des smart grids.

 

 

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